Capture d'écran Twitter @luigidimaio
Accueil | Par Guillaume Liégard | 4 octobre 2018

Italie : un « budget du peuple » en trompe-l’oeil

Le gouvernement italien s’est targué la semaine dernière d’avoir présenté un « budget du peuple » qui allait redonner espoir aux Italiens et faire rugir l’Union européenne. Si l’Europe fait bien les gros yeux, les Italiens les plus démunis ne seront pas les grands gagnants.

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Les élections générales italiennes de mars 2018 ont abouti, le 1er juin et dans la douleur, à la formation d’une coalition inattendue entre le Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste) de Luigi di Maio et la Lega (extrême-droite) de Matteo Salvini. Depuis, ce dernier occupait tout l’espace, alternant propos martiaux anti-migrants et dérapages verbaux plus ou moins contrôlés.

L’annonce le 27 septembre du projet de budget italien pour 2019 a suscité un certain émoi et déjà des remontrances du commissaire européen Pierre Moscovici. Alors que le précédent gouvernement s’était engagé à maintenir un déficit public de l’ordre de 0,8% du PIB, le nouveau gouvernement fait le choix de laisser filer ce déficit à 2,4% déclenchant l’ire de Bruxelles, mais aussi certaines contorsions. Il n’est en effet pas si simple d’expliquer pourquoi 2,4% pour l’Italie serait désastreux quand les 2,8 ou 2,9% du gouvernement Macron iraient quasiment dans le bon sens. Certes la dette publique de l’Italie et plus élevée que celle de la France, 132% du PIB contre 97%, mais d’où vient cette idée que c’est surtout la nature redistributive de certaines mesures qui pose problème à la Commission européenne gardienne du temple de l’orthodoxie libérale.

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Un budget anti-austérité ?

S’agit-il pour autant d’un « budget du peuple » comme l’affirme fièrement Luigi di Maio, chef de file du M5S et vice-Premier ministre italien, fort discret depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition ? C’est en réalité fort contestable.

A l’évidence certaines mesures vont à rebours du credo en place à Bruxelles : abaissement à 62 ans, sous conditions, de l’âge de la retraite, plan d’investissement public en particulier pour les écoles et les routes et surtout mise en place d’un "revenu de citoyenneté" de 780€ – proposition qui était au cœur de la campagne du M5S.

Les dépenses pour les infrastructures routières sont en réalité incontournables, les années d’entretien a minima, de coupes sombres dans les budgets publics, sans parler des détournements mafieux ayant atteint leurs limites. Une chose est de laisser fleurir les nids de poules un peu partout – cela devient une autre affaire quand un pont s’effondre comme à Gênes faisant plus de 40 morts. La France est en réalité dans la même situation, l’affaissement de l’autoroute A15 au niveau du viaduc de Gennevilliers a été un avertissement sans frais. Déjà en 2015 une étude de Coe-Rexecode, un institut proche du Medef, estimait que la France devrait investir en infrastructure de réseaux 50 milliards d’euros de plus que ce qui est prévu.

Joue-la comme Trump

Mais à côté de mesures qui sont effectivement des avancées – le revenu de citoyenneté pourrait concerner près de 6,5 millions d’italiens – d’autres mesures relèveraient plutôt d’une vision à la Donald Trump. Ainsi la réforme fiscale envisagée ne profitera pas aux plus démunis, bien au contraire : la progressivité de l’impôt sur le revenu devient quasi inexistante puisque le système passera de cinq tranches d’imposition (comme en France) à deux – 23% et 33% – d’ici 2021. De même on chercherait en vain des mesures fortes pour lutter contre l’évasion fiscale et la corruption pourtant endémique dans bien des régions italiennes.

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L’Italie n’est pas la Grèce, troisième économie de la zone euro, un traitement trop brutal aurait des conséquences en chaîne difficilement prévisibles. Elle dispose donc de quelques marges de manœuvre mais il est peu probable que le M5S ou la Lega cherchent l’affrontement.

La semaine dernière Luigi Di Maio a assuré que Rome « n’avait pas l’intention d’aller au conflit » avec la Commission européenne : « Nous voulons rembourser la dette et je peux vous assurer que la dette baissera ». Moins d’une semaine après les premières annonces, le chef du gouvernement italien a déjà entamé une forme de rétropédalage, fini le déficit à 2,4% pour les 3 années à venir mais « le rapport déficit/PIB sera l’année prochaine de 2,4% mais baissera les années suivantes à 2,1% en 2020 et en 2021 il sera de 1,8% », a ainsi déclaré Guiseppe Conte le 3 octobre.

D’ici le vote du budget, il peut y avoir encore beaucoup d’évaporation et de reculade.

 

Guillaume Liégard

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  • Alors que Tsipras lui a fait une vraie... ah.. non rien désolé :)

    MonKheymrad Le 4 octobre à 15:25
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  • Enfin, cet article permet de montrer encore une fois en quoi consiste l’arnaque Benoit Hamon :)

    MonKheymrad Le 4 octobre à 15:26
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