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Accueil | Par Pablo Castaño Tierno | 19 juin 2019

L’étrange réélection d’Ada Colau

Arrivée deuxième lors des élections municipales de samedi dernier, derrière les indépendantistes de gauche, Ada Colau restera finalement maire de Barcelone, grâce aux voix des socialistes et de Manuel Valls.

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Chacune de ses élections aura donc été une surprise. Surprise en 2015, quand l’ancienne activiste pour le droit au logement arrive à la tête du gouvernement municipal de la capitale catalane, dépassant de quelques milliers de voix le parti nationaliste de centre-droit Convergència i Unió et déclenchant une vague d’espoir parmi les mouvements sociaux et la gauche barcelonaise. Surprise samedi 15 juin, quand Ada Colau est réélue maire de Barcelone, alors que c’est la formation indépendantiste de centre-gauche Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) qui était arrivée en tête du suffrage du 26 mai.

 

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Il aura fallu un accord entre la formation de « l’indignée », Barcelona en Comú, le Parti socialiste catalan (PSC) et les voix favorables de Manuel Valls et deux de ses élus pour permettre à Ada Colau de conserver la municipalité.

Sans surprise, le soutien inattendu de l’ex-Premier ministre français a déclenché la colère des indépendantistes, qui considèrent qu’on leur a volé un gouvernement municipal auquel ils avaient droit – et qui aurait été une première dans l’histoire politique de Barcelone. Comme l’a exprimé le candidat d’ERC, Ernest Maragall, la mouvance indépendantiste considère que Ada Colau « s’est laissé acheter » par les socialistes et Manuel Valls.

Gagner n’est pas gouverner

Il est vrai que la situation est pour le moins surprenante. Avant les élections du 26 mai, un accord post-électoral entre ERC et Ada Colau pour gouverner Barcelone semblait l’option la plus probable. Bien que le parti d’Ada Colau ne soit pas indépendantiste, il défend le droit à l’autodétermination de la Catalogne et la libération des prisonniers politiques indépendantistes accusés de sédition et rébellion par la justice espagnole. De plus, les deux formations partagent un discours de gauche – même si le bilan politique d’ERC est confus : ils sont alliés au parti indépendantiste de droite Junts per Catalunya au gouvernement régional.

Pourquoi donc l’accord ERC-Colau n’a pas eu lieu ?

D’abord, à cause des méfiances entre les deux partis. Pendant tout le mandat municipal de 2015-2019, ERC a fait opposition au gouvernement d’Ada Colau, votant systématiquement contre les propositions de la maire, allant même jusqu’à s’opposer à des politiques qui étaient dans son programme électoral, comme l’extension du tramway qui devrait traverser Barcelone.

Par contre, Ada Colau a co-gouverné avec les socialistes pendant un an et demi. Une expérience globalement positive avec pour conséquence le fait que bien des leaders de Barcelona en Comú préfèrent finalement un accord avec le PSC plutôt qu’avec ERC. Et cela malgré le fait que le parti d’Ada Colau est plus proche des républicains que des socialistes dans l’axe nationale de la politique catalane – le parti de Pedro Sánchez refuse de reconnaître le droit d’autodétermination de la Catalogne et son gouvernement fait partie de l’accusation dans le procès contre les leaders indépendantistes pour l’organisation du référendum de 2017.

Le facteur Valls

Cependant, la raison principale de l’échec d’un accord ERC-Colau est tout autre : la proposition de Manuel Valls de voter pour l’investiture de la maire-sortante. Une main tendue qui a déterminé les négociations au sein de tous les partis après le scrutin du 26 mai dernier.

Obsédé par l’arrivée au pouvoir de l’indépendantiste Ernest Maragall, dès le lendemain de l’élection, Manuel Valls s’est dit prêt à voter pour Ada Colau – le « moindre mal » – si elle faisait un accord de gouvernement avec le PSC, ce qui entrait tout à fait dans les plans de la maire.

Pendant deux semaines, Ada Colau a tenté de former un gouvernement avec les trois partis « progressistes » (Barcelona en Comú, ERC et le PSC) mais aucun des deux n’a accepté sa proposition : la division entre indépendantistes et unionistes est toujours trop forte à Barcelone.

Dans ce contexte, Ada Colau n’avait que deux options : 1/ faire de Ernest Maragall le nouveau maire. 2/ gouverner avec le PSC grâce au soutien de Valls pour l’investiture (l’addition Barcelona en Comú+PSC n’étant pas suffisante pour obtenir la majorité).

La deuxième option présentait l’avantage incontestable de conserver la mairie, un poste clé dans la structure locale espagnole, assez présidentialiste. Dans une consultation en ligne, 70% des membres de Barcelona en Comú ont choisi l’accord avec le PSC, option explicitement soutenue par Ada Colau.

Choisir, c’est renoncer

Samedi, lors de la séance d’investiture, l’ambiance n’était pas au rendez-vous. La cérémonie a été marquée par la présence de Quim Forn, conseiller municipal indépendantiste qui avait été relâché de prison pour la journée, et par les applaudissements de Manuel Valls à Ada Colau.

La maire réélue a dit son « inconfort » par rapport au soutien de l’ex-Premier ministre français, régulièrement traité de raciste pendant la campagne et détesté par la gauche barcelonaise. Elle a aussi confirmé son soutien aux prisonniers politiques indépendantistes et a affirmé que les voix de Manuel Valls ne conditionneront nullement ses politiques, proposant à ERC d’arriver à des accords pour promouvoir des politiques sociales et féministes ambitieuses. Néanmoins, la tête de liste d’ERC ne semble pas prête à faire des concessions... au moins pendant les premiers mois de mandat, les républicains céderont très probablement à la tentation de torpiller le gouvernement Colau. Seul le temps dira si Ada Colau et les siens ont pris la bonne décision.

Pour l’instant, la décision de Manuel Valls a provoqué une rupture entre lui et Ciudadanos, le parti qui l’avait soutenu pour ces élections municipales – parti qui préfère s’allier avec l’extrême droite pour gouverner, comme à Madrid. L’ancien Premier ministre français perd ainsi quatre des six élus qui composaient son groupe municipal. Par conséquent, le spectre d’une alliance Barcelona en Comú-PSC-Valls agité par les indépendantistes n’aura pas lieu, puisqu’ils n’ont plus la majorité au conseil municipal.

Finalement, comme pendant le mandat précédent, Ada Colau et ses alliés socialistes seront obligés de trouver des accords avec ERC, dépassant l’axe national qui divise les gauches catalanes depuis trop longtemps.

 

Pablo Castaño Tierno

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Vos réactions

  • Alors là

    Comme dit JLM , c’ est la méga-tambouille

    Valls se voit il avoir une deuxième carrière à gauche ...?

    PIERRE STORA Le 22 juin à 11:59
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