Accueil | Par Fabien Perrier | 10 septembre 2018

La Grèce hors des mémorandums... mais sous tutelle américaine ?

Alors qu’Athènes vient de sortir officiellement de huit ans de purges économiques, le Premier ministre promet une réorientation politique... tout en se lançant dans la conquête de nouveaux investisseurs, américains notamment.

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Ce samedi 8 septembre, le Premier ministre grec Alexis Tsipras est apparu tout sourire à l’ouverture de la 83ème Foire Internationale de Thessalonique (FIT), passage obligé pour les Premiers ministres grecs. Tous les ans, leur discours marque traditionnellement la rentrée politique, économique et sociale du pays. Mais comme l’a souligné d’emblée Alexis Tsipras, « pour la première fois depuis 8 ans, la Foire Internationale de Thessalonique s’ouvre sans l’ombre des mémorandums », ces accords de prêts qui, depuis 2010, conditionnaient les politiques à appliquer dans le pays. Et si Alexis Tsipras était en train de réussir son pari de l’été 2015, composé par la signature d’un troisième mémorandum, sa ratification par le Parlement et des élections législatives dans la foulée, menant à la division de Syriza ? C’est, en tout cas, ce qu’il a voulu indiquer à Thessalonique, pendant plus d’une heure, devant un parterre de personnalités dont le secrétaire au commerce américain, Wilbur Ross, les Etats-Unis étant l’invité d’honneur.

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A Thessalonique, le Premier ministre a défendu son bilan, celui d’une Grèce qui se redresse : croissance positive, baisse du chômage, création d’emplois ou encore hausse des investissements directs à l’étranger. Il a déroulé son « plan de croissance holistique » qui repose sur deux piliers : d’une part, le soutien à l’investissement et aux réformes pour la modernisation de l’Etat et des secteurs d’activité stratégiques ; d’autre part, la protection des travailleurs et de l’emploi en réintroduisant les conventions collectives.

Beaucoup d’annonces

Le quadragénaire à la tête de la Grèce a donc déroulé toute une batterie de promesses : soutien à l’innovation, lutte contre la fuite des cerveaux et le chômage des jeunes, réduction des cotisations sociales pour les travailleurs indépendants et les agriculteurs, diminution de la fiscalité des entreprises, réduction de la taxe foncière pour les petites et les moyennes exploitations, restauration des conventions collectives supprimées en 2012, augmentation du salaire minimum en 2019, embauche de 3.000 auxiliaires de vie pour aider les personnes âgées et de 4.500 personnes dans l’éducation, soutien de la recherche avec un fonds de 410 millions d’euros, ou encore suspension d’une énième coupe des retraites exigée par les créanciers pour janvier 2019. Si certaines mesures doivent entrer en vigueur en janvier 2019, d’autres, comme la baisse de la TVA, sont annoncées mais ne seront appliquées qu’à partir du 1er janvier 2021. Des promesses qu’il ne pourra donc tenir que s’il est réélu...

Or, les prochaines élections législatives auront lieu, normalement, en septembre 2019. Pour l’instant, les sondages indiquent Syriza loin derrière son concurrent Nouvelle Démocratie. Certains commentateurs estiment donc que ce discours avait d’abord une visée électoraliste. Et le fait que de vastes catégories de population soient concernées par le programme déroulé semble le confirmer. Un autre facteur doit en outre être pris en compte : économique et fiscal. Dans son discours, Alexis Tsipras fait valoir un espace fiscal supplémentaire de 3,5 milliards d’euros entre 2019 et 2022 qu’il souhaite utiliser pour stimuler l’économie. Car la reprise est impérative : il faudrait 25 ans avec une croissance annuelle de 1,5% en moyenne pour que le pays retrouve son PIB de 2009 selon Savas Robolis, professeur d’économie à l’Université Panteion à Athènes. « Le seul moteur de la croissance est la demande intérieure », explique-t-il. Car aujourd’hui, les investissements étrangers, qui constituent actuellement la base de la reprise, sont tournés essentiellement vers le tourisme.

A la recherche de nouveaux investisseurs

A Thessalonique, Alexis Tsipras a donc voulu s’adresser aussi aux investisseurs étrangers... et Wilbur Ross l’a bien compris. Lorsqu’il a pris la parole, il a souligné que les Etats-Unis occupaient 55 stands sur la foire internationale, et que les investissements américains directs en Grèce qui s’élèvent déjà à 1,224 milliards de dollars, peuvent encore être accrus.

Ceci n’est pas sans suscité des craintes à l’heure où Athènes négocie avec Skopje un accord permettant de régler le conflit sur le nom de la Macédoine. L’ex-République yougoslave pourrait s’appeler, si l’accord est ratifié, République de Macédoine du Nord. La Grèce dénie à son voisin l’usage du simple nom de Macédoine, craignant des visées territoriales sur sa province septentrionale du même nom, patrie d’Alexandre le Grand. Et dans le même temps, si l’accord est ratifié par les deux pays, la République de Macédoine du Nord pourrait devenir membre à part entière de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

La présence des Américains fait grincer des dents. En 2014 et début 2015, le slogan de Syriza était « Pour la première fois à gauche ». Sur le réseau social Facebook, Yannis Albanis, un ancien cadre de Syriza, ironise : « Pour la première fois américaine »... Sur le plan économique et politique, la FIT est toujours un événement de première importance. Elle l’est cette année aussi sur le plan géopolitique.

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