Accueil | Par Marie-Pierre Vieu | 9 février 2018

Listes transnationales européennes : le faux débat des néolibéraux

Marie-Pierre Vieu, députée européenne membre de la Gauche unie européenne et du Parti communiste français, revient sur le débat européen de la semaine : les listes transnationales. Que l’on soit pour ou contre, c’est avant tout un rideau de fumée derrière lequel se cache, une fois n’est pas coutume, le néolibéralisme le plus agressif.

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Mercredi 7 février, le Parlement européen a rejeté le projet de listes transnationales. Pour Emmanuel Macron qui a porté cette proposition à bout de bras, c’est son premier revers politique européen et déjà fleurit sur les réseaux sociaux cette idée que nous aurions manqué là l’occasion de s’affranchir des égoïsmes nationaux et d’avancer vers un intérêt général européen.

Si l’objectif avait été celui ci, j’aurais soutenu et milité sans réserve pour cette proposition. Sauf que dans la dernière version du texte, je n’ai trouvé que de quoi satisfaire les besoins privés des marchés financiers et de tenter de quasi « institutionnaliser » au sein du Parlement Européen une alternance molle pour sanctifier les règles de la libre concurrence.

Mais comme toujours dans un débat européen, il faut commencer par expliquer de quoi l’on parle, ou plutôt de quoi l’on parlait. Commençons donc par le début. A été décidé, suite au Brexit, et à la faveur du départ des 73 eurodéputés britanniques, de redéfinir les règles du scrutin de 2019 dans chacun des 27 pays membres restants de l’UE.

Listes transnationales : de quoi parle-t-on ?

Dans le texte qui a été soumis au vote, chaque citoyen disposerait de deux voix : la première pour l’élection des eurodéputés dans un cadre national, ce qui conduirait en France à une modification de circonscription puisque depuis 2009, nous votions par grandes régions ; une modification somme toute légitime car, dans les faits, l’eurodéputé est bien plus porteur du débat national et européen que de celui d’eurorégions qui ont été découpées pour l’occasion sans aucune réalité de terrain politique ou même administrative. Ajoutons au passage que le seuil minimum pour avoir un-e élu-e serait de 5% contre 3 ou sans seuil dans l’ensemble des autres pays.

La seconde voix serait utilisée à l’élection de 27 députés dans le cadre d’une circonscription européenne. Une nouveauté donc ! Les listes émaneraient des grandes tendances européennes ; si on en juge par le Parlement actuel, les conservateurs du PPE, l’extrême droite, les libéraux de l’ADLE , les sociaux-démocrates du S&D, les écologistes de l’ALE, la gauche alternative de la GUE… alternant les nationalités.

Où serait puisé ce quota de 27 eurodéputés des listes transnationales ? Sur les 73 rendus disponibles par le départ de la Grande Bretagne. Où passeraient les 46 sièges restants ? Une partie, 27 au total, viendrait majorer les représentations nationales pour rééquilibrer les représentations ; c’est ainsi que la France gagnerait 5 eurodéputés et passerait donc de 74 à 79 députés nationaux. Les 19 restant issus des 73 sièges britanniques, seraient fléchés vers des nouveaux entrants possibles dans l’UE à commencer par des pays des Balkans.

Offensive néolibérale

Interrogation de plus, pourquoi 27 postes réservés pour un scrutin transnational et pas 15, 30, 45 ou autre ? Aucune explication n’est fournie sauf à supputer que cela correspond au nombre de nations. Circule encore la rumeur persistante que dans certains milieux avertis néo libéraux, ces places pourraient favoriser la mise sur orbite parlementaire de commissaires européens qui pourraient ainsi donner une légitimité d’élus à leur engagement européen. A l’arrivée, un ballon d’essai avant de poser les bases d’un projet de plus grande envergure qui conduirait à élire la totalité des eurodéputés sur des listes transnationales au mépris de l’échelon national.

Ça ne vous rappelle rien ? Régler les problèmes démocratiques par le haut et par une opération de passe-passe électoral qui éloigne toujours plus les élus de leur base populaire et les transforme en gestionnaires des affaires politiques, tenter de marginaliser les forces de progrès pour imposer dans la durée les défenseurs du libre échange : c’est déjà le cœur de la réforme institutionnelle de Macron discutée aujourd’hui en France.

Alors certes, sur le papier, cela eut avoir l’air d’être une bonne chose et les arguments pour porter, in abstracto, ces listes transnationales européennes ne manquent pas. A commencer par renforcer l’Europe citoyenne favorisant l’émergence d’une opinion et d’une représentation vraiment européenne, mais cela appelle à aborder les questions dans leur globalité en affrontant, et non en contournant la crise existentielle que traverse l’UE.

Retrouver le chemin d’une autre Europe

Au stade actuel de la (dé)construction européenne, vouloir imposer aux forceps des listes transnationales européennes avant même d’avoir débattu, défini et tranché dans un grand débat citoyen les bases d’une relance européenne peut s’avérer être le faux pas politique de trop. Depuis le Brexit, nombre d’élections ont vu l’émergence voire la consécration de forces europhobes. La montée des séparatismes devient également une question importante qui ne peut pas se régler, comme en Espagne, ni dans le déni démocratique, ni dans la répression d’Etat ou encore la défiance populaire vis-à-vis de l’UE et de ses institutions. D’où l’urgence de changements structurels profonds : renégociation du détestable Traité de Lisbonne par le biais d’assemblée(s) conventionnelle(s) associée(s) à un ou des référendums ; démocratisation de la zone euro ; renforcement des pouvoirs des Parlements nationaux et européen (et non, ce n’est pas incompatible !), fiscalité européenne contraignante à l’égard des marchés financiers.

En 2000, lorsqu’a été adopté le passage du septennat au quinquennat présidentiel et l’inversion du calendrier électoral, il ne faut pas oublier qu’il a été sous-estimé dans notre pays, et singulièrement par le camp de transformation, ce que cela incluait de rupture démocratique dans le contrat social et accélérait de recomposition libérale de notre société. Il nous faut prendre avec sérieux et cohérence le débat qui s’engage ici en Europe. La construction d’une citoyenneté véritable doit être première et indissociable du combat pour la redistribution sociale et fiscale, la justice, la paix et l’écologie. A nous de savoir en faire une confrontation publique, populaire, génératrice de sens et porteuses de convergences sociales et politiques.

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Vos réactions

  • C’est toujours la même chose avec Marie-Pierre Vieu, quand elle s’exprime on peine à discerner le contenu.

    ARDUS Le 10 février à 13:23
  •  
  • Article recommandé aux insomniaques...ils ronfleront à la moitié !

    René-Michel Le 11 février à 11:22
  •  
  • C’est un texte ’ gag ’ ?

    Maurice Le 12 février à 03:55
  •  
  • Il faut changer l’UE !
    Il faut changer l’UE !
    Il faut changer l’UE !
    Il faut changer l’UE !
    Blabla , blabla , blabla......

    Gege Le 12 février à 08:08
  •  
  • Décidément les commu tristes sont impayables !

    Georges MARRAIS
    André LA JOIE RIT
    Charles RIGOLEMAN
    Olivier TARTIGNOLE
    Marie DANSE AUTOUR DU BUFFET ( 1,92%)
    Jean Pierre MA RRANT
    et
    Marie Pierre ( endort les) VIEUX

    buenaventura Le 12 février à 19:13
       
    • On t’a connu en meilleure forme...

      René-Michel Le 12 février à 19:57
  •  
  • Les Communistes, les alliés de Tsipras au Parlement europeen au sein de la GUE !

    Voilà où en est le PCF !
    Pour Vieux, beaucoup de bla bla !
    Sans doute pour finir d’ endormir ses électeurs !

    Le plus grand ennemi actuel du PCF ? Pas la droite, mais La France insoumise !
    Ce qui fait d’eux les mercenaires de la droite. Quelle pitié !

    Pierre Magne Le 13 février à 13:02
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