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Accueil | Par Pablo Castaño Tierno | 17 août 2018

Manuel Valls, un candidat pour attiser le nationalisme espagnol à Barcelone

De Premier ministre socialiste en France à candidat de la droite nationaliste espagnole à la mairie de Barcelone. Ce serait la dernière transformation de Manuel Valls, qui prendra sa décision finale quelques mois avant les élections municipales de mai 2019.

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Cela fait plusieurs mois que Manuel Valls s’est engagé du côté unioniste dans le conflit territorial en Catalogne. Après son échec aux primaires présidentielles socialistes en janvier 2017 et le refus d’Emmanuel Macron de lui attribuer une place importante dans La République en marche (LREM) à son ancien chef de gouvernement, Manuel Valls a décidé de tenter sa chance de l’autre côté des Pyrénées.

Né à Barcelone en 1962, Manuel Valls n’a pourtant jamais vécu à la capitale catalane, ce qui a provoqué les critiques de ses opposants de gauche : la maire Ada Colau, qui sera candidate à sa réélection en 2019, a affirmé que Valls « ne connaît pas la ville ». Cela ne semble pas constituer un problème pour le président de Ciudadanos, Albert Rivera, qui a été témoin de l’enthousiasme soulevé par Manuel Valls lors des manifestations contre le procès indépendantiste convoquées par l’organisation nationaliste espagnole Société civile catalane, pendant les mois qui ont suivi le référendum d’autodétermination célébré en octobre 2017.

Les rumeurs sur la candidature de Manuel Valls ont commencé en avril, quand le député apparenté LREM a annoncé la proposition d’Albert Rivera. Cependant, à ce moment-là, l’ancien Premier ministre du François Hollande affirmait : « Je ne suis pas sorti d’un parti en France pour rentrer dans un autre en Espagne », refusant la possibilité d’être la tête d’une liste seulement de Ciudadanos. Il désirait à l’époque être le candidat d’une coalition « constitutionnaliste » (terme avec lequel les anti-indépendantistes se nomment eux-mêmes) qui réunisse Ciudadanos, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste (PSOE). Les socialistes ont rejeté cette possibilité alors que les mauvaises perspectives électorales du PP pourraient forcer le parti conservateur à se rallier à Ciudadanos. Aujourd’hui, Manuel Valls semble se contenter d’occuper la première place d’une liste où « la société civile sera très présente », même si elle est promue par Ciudadanos.

Ciudadanos, du nationalisme espagnol à la xénophobie à visage découvert

Ciudadanos occupe la quatrième place au Parlement espagnol depuis les élections de 2016 (après le PP, le PSOE et Podemos) et c’est le premier parti au Parlement catalan – bien que les forces indépendantistes aient la majorité. L’opposition au sécessionniste catalan a été le sujet préféré de Ciudadanos pendant les dernières années, mais l’arrivée du socialiste Pedro Sánchez à la tête du gouvernement espagnol après une motion de censure contre Mariano Rajoy en juin dernier a réduit la tension en Catalogne, forçant Albert Rivera et les siens à chercher des nouveaux terrains de chasse électorale.

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Profitant de l’absence d’un parti d’extrême droite puissant en Espagne, Ciudadanos a choisi le même fond de commerce électoral auquel ces partis ont recours dans plusieurs pays européens : l’opposition à l’immigration et la stigmatisation des minorités ethniques. Les positions de la population espagnole sur ces sujets sont plus progressistes que celle d’autres pays, comme la France ou l’Italie, comme le montre une enquête basée sur l’Eurobaromètre et l’Enquête sociale européenne élaborée par le sociologue Juan J. Fernández, de l’Université Carlos III de Madrid.

Cependant, Albert Rivera et le nouveau leader du Parti populaire, le jeune et très droitier Pablo Casado, ont profité de l’arrivée en Espagne d’un nombre d’immigrés clandestins provenant du Maroc pour dénoncer une supposée « crise migratoire » – même si le nombre réduit d’arrivées montre que cette crise n’existe pas. De plus, la décision du gouvernement socialiste d’accueillir le bateau Aquarius, qui avait sauvé des centaines de migrants dans la Méditerranée et avait été rejeté par l’Italie et Malte, a amené les leaders des deux partis de droite à dénoncer le « laxisme » du président du gouvernement Pedro Sánchez.

La vente ambulante de produits de contrefaçon dans les rues a donné une autre opportunité à Ciudadanos d’essayer d’attirer l’attention médiatique pendant l’été. Le futur parti de Manuel Valls a annoncé la présentation d’une proposition de loi contre cette pratique, connue comme "top manta". Cependant, le "top manta" est déjà considéré comme un délit, ce qui permet aux polices des grandes villes comme Madrid ou Barcelone de déclencher des rafles contre les vendeurs, dont la majorité sont des migrants sans papiers d’origine subsaharienne. En mars, un vendeur est mort après une persécution policière.

Barcelone 2019, une élection triangulaire

Manuel Valls a-t-il des chances de remporter la mairie de Barcelone ? Les élections municipales de mai 2019 à Barcelone seront un match à trois : le bloc indépendantiste (composé par ERC, Junts per Catalunya et la CUP), le bloc "constitutionnaliste" (Ciudadanos, PSC et PP) et Barcelona en Comú, la coalition de gauche de la maire Ada Colau, dont Podemos fait partie.

Le dernier sondage place Ada Colau dans la première position, suivie d’ERC (centre-gauche indépendantiste), alors que Ciudadanos occuperait la cinquième place. Cependant, le résultat des élections dépendra en grande partie du clivage politique qui articule la campagne : le conflit territorial ou les questions sociales et économiques.

Les élections régionales de décembre 2017 ont eu lieu peu après la répression violente du référendum d’autodétermination du 1er octobre, déclaré illégal par la Cour constitutionnelle espagnole. Ce contexte a provoqué une polarisation de l’électorat autour de la question territoriale, ce qui a bénéficié aux partis qui représentaient le plus clairement les positions pro-indépendance (la coalition Junts per Catalunya de l’ex-président Carles Puigdemont) et anti-indépendance (Ciudadanos, dont la candidate était Inés Arrimadas).

Ada Colau fait le pari opposé : centrer la campagne électorale sur les questions sociales, afin de mettre en valeur les avancées promues par son gouvernement dans des domaines comme l’accès au logement, les politiques sociales, l’égalité de genre ou le contrôle du tourisme. Si l’ancienne activiste pour le droit au logement réussit son pari, Manuel Valls vivra un énième échec électoral. Cependant, si les nationalistes des deux bords réussissent à faire des élections municipales un duel de drapeaux, l’ex-Premier ministre socialiste aura une opportunité de devenir maire de Barcelone ou, au moins, chef de l’opposition.

@pablocastano_

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Vos réactions

  • La fameuse gauche façon PS.
    Quand on pense à tous ces électeurs qui ont voté pour Hamon en 2017

    MarreDePerdre Le 21 août à 13:38
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