Accueil | Tribune par Marie-Pierre Vieu | 4 juillet 2019

TRIBUNE. Faisons libérer les prisonniers politiques catalans

Mardi 2 juillet avait lieu devant le Parlement européen un rassemblement où ont convergé plus de 10.000 personnes pour exiger la libération des prisonniers politiques catalans et le droit pour ceux d’entre eux qui ont été élus députés européens le 26 mai dernier de pouvoir siéger. L’ex-eurodéputée communiste Marie-Pierre Vieu lance un appel pour soutenir ces revendications.

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Au lendemain du référendum sur l’indépendance de la Catalogne du 1er octobre 2017, atterrée par les images de violence que j’avais découvert à la télévision, jʼai décidé de m’engager sur toute initiative parlementaire qui ferait valoir la voix de la souveraineté populaire face à la répression organisée. Je ne suis pas indépendantiste mais il m’est apparu impensable que la réaction de État espagnol face à la crise catalane, la violence de rue comme institutionnelle avec le recours à l’article 155 au mépris du dialogue et la démocratie, deviennent le standard européen. Cʼest pourquoi il était urgent dʼagir.

 

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La plateforme de dialogue Union européenne-Catalogne est née quelques semaines plus tard. Nous en avons présenté les objectifs à Bruxelles lors dʼune conférence de presse le 29 novembre 2017, son principal but étant de favoriser un règlement politique du différend entre Madrid et Barcelone. A sa création, nous étions vingt-six eurodéputé-es, essentiellement des indépendantistes, mais également des écologistes, des communistes et des alternatifs. Parmi eux, deux Français de la même région d’Occitanie : José Bové et moi-même. Jʼai très vite trouvé ma place dans ce groupe et en suis devenue un élément moteur.

Institutions complices

Avec le recul que jʼai aujourdʼhui, je me rends même compte que cette bataille en a été lʼun des fils conducteurs de mon action d’eurodéputée communiste. LʼEurope traverse une crise de l’Etat-nation et la question du conflit catalan est l’une des conséquences directes. Et force est de constater que l’Union européenne se révèle incapable d’y peser positivement. Au contraire, son silence signifie, de fait, un soutien au pouvoir central espagnol qui doit nous interroger sur le dysfonctionnement de nos institutions.

Ces institutions laissent de moins en moins de place à la sphère citoyenne, stigmatisent l’action et les luttes sociales et tout est fait pour confiner lʼeurodéputé-e dans un rôle de spécialiste pour en faire un quasi fonctionnaire européen tandis que les lobbies sont rois ! Ce qui se passe en Catalogne fait jurisprudence et rappelle à bien des égards lʼacharnement politique du gouvernement Macron-Philippe contre le mouvement des gilets jaunes et celui de la communauté internationale vis-à-vis des migrants et de ceux qui leur tendent la main... La question catalane est dʼabord celle de la place de la démocratie dans une Europe dévolue à la concurrence libre et non faussée.

L’Espagne, ce pays où l’on enferme une opposition politique

Jʼai participé à ma première initiative de la plateforme Catalogne en me rendant avec six autres eurodéputé-es à Madrid le 19 décembre 2017 pour rencontrer les prisonnier-ères politiques enfermé-es à Madrid. Mais lʼaccès à la prison nous a été refusé, justifié par une série dʼobstacles administratifs. Il m’a fallu attendre le 7 septembre 2018 pour les rencontrer aux centres de Lledoners et de Figueres. J’y suis retournée une deuxième fois le 30 novembre 2017 toujours à Lledoners. Je me rappelle que la première rencontre se déroulait par une journée dʼété et que les responsables catalans étaient en tee-shirt et bermuda.

Il planait dans la salle où nous nous sommes entretenus une sentiment de gaieté et de joie partagés. Eux de nous voir, de nous parler ; nous de les écouter, de tenter de saisir comment leur être utiles. Jʼai été bluffée par la gentillesse de Jordi Sanchez, président de l’Assemblée Nationale Catalane et de Jordi Cuixart, président d’Omnium Cultural ; par lʼénergie communicative de Raul Romeva ; par la retenue et la pudeur de Joaquim Form ; par la force tout en retenue dʼOriol Junqueras ; par leur réflexion à tous. Ce nʼest que lʼaprès-midi, lors de ma visite à Dolors Bassa, que jʼai entrevu la souffrance de lʼincarcération, lʼacharnement du pouvoir et sa capacité de destruction.

Contrairement aux hommes, les femmes étaient isolées : Dolors Bassa conjurait le sort en apprenant à lire à ses co-détenues. Elle nous a parlé du courage que lui donnait notre mobilisation, du mal que pouvait lui faire lʼaccusation de détournement de biens publics qui lui était faite (car elle est accusée, entre autres, d’avoir permis de tenir le référendum dans des écoles publiques)... Avec elle, jʼai pu mesurer toute la férocité et l’inhumanité de la répression du pouvoir. Je les ai revus quasiment tous ainsi que Carme Forcadell, le 28 février 2019, car j’étais présente ce jour-là, toujours avec la plateforme UE-Catalogne, à une audience de leur procès. Un procès à charge, où la justice est prétexte à une entreprise de démolition politique et humaine qui renvoie quelques décennies en arrière à l’heure du franquisme...

Ca aura pris du temps mais la mobilisation commence

Il n’empêche que la mobilisation s’ancre en Europe - et tout particulièrement en France. Je voudrais signaler ici le point d’appui que constitue pour cela le manifeste que viennent dʼadopter 41 sénateur-trices français-es réunissant des élu-es de divers bords, emmené-es entre autres, par le sénateur communiste Pierre Ouzoulias ainsi le parlementaire des Pyrénées-Orientales François Calvet relayant les prises de position du Conseil départemental de son département au sein duquel mon camarade et ami Vice-Président du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales, Nicolas Garcia. Les député-es à leur tour entrent dans le combat. Face à eux, on note la fébrilité du gouvernement espagnol sur le sujet : il nʼhésite pas à exercer des pressions personnelles et directes sur les élu-es français-es via son ambassadeur en France pour les dissuader de sʼengager.

Le pouvoir Macron est perméable à cette offensive. En témoignent les propos de Nathalie Loiseau, encore ministre française des Affaires européennes, estimant qu’aucun parlementaire français « n’avait à s’immiscer » car « cʼétait un sujet qui relevait de la responsabilité de lʼEspagne ». Déclaration on-ne-peut-plus absurde car il s’agit bien d’une atteinte à la liberté dʼopinion et aux libertés fondamentales dans une Nation avec laquelle nous partageons une frontière. « Nous dénonçons les répressions dont sont victimes des élu-es légitimes, représentant-es politiques de la Generalitat de Catalogne emprisonné-es ou forcé-es à lʼexil pour leurs opinions dans lʼexercice des mandats que leur ont confiés les électeur-trices » est-il écrit dans le texte des parlementaires français-es. Chaque minute de plus passée par ces hommes et ces femmes en prison est une atteinte supplémentaire aux droits de lʼHomme, indigne de l’Europe.

Mobilisons-nous !

Et maintenant ? Je suis bien consciente que le lendemain du scrutin européen, malgré l’élection de plusieurs prisonniers et la déferlante des 10.000 Catalan-es hier à Strasbourg devant les portes du PE, la bataille demeure ardue. D’abord parce que la situation intérieure à l’Espagne se radicalise et que la question catalane devient une arme politique dont les droites et les libéraux usent pour imposer leur compromis social. Et, de ce point de vue, je trouve dommageable, qu’à Barcelone, n’ait pas lieu la convergence des forces de la transformation sociale et des indépendantistes autour de l’exigence souveraine de l’exigence de consultation populaire, la revendication d’avancées sociales et écologiques.

Ensuite parce que le rapport de force au sein de l’Union européenne et la base d’alliances en train de s’instaurer entre droites et social-démocratie et écologistes va accentuer une pression libérale qui ne tolère pas la contestation, entendant imposer ses normes. Le futur cadre financier pluriannuel fait la part belle à la défense et à Frontex, au détriment de la démocratie alimentaire et de l’égalité territoriale. L’Europe en construction est une Europe forteresse et du dumping social qui s’accommodera de plus en plus mal avec l’exigence de souveraineté populaire et de libertés publiques. Jusqu’où ?

L’exigence de la libération des prisonniers politiques catalans doit s’imposer comme un enjeu politique bien au delà des frontières espagnoles. Durant l’été, le verdict du procès pour rébellion des neuf leaders indépendantistes catalans tombera et on sait d’avance que le pouvoir veut qu’il fasse jurisprudence. C’est pourquoi il nous faut agir. La victoire de la démocratie y sera une victoire pour toutes et tous. Soyons solidaires, demandons justice !

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  • Je suis une des 10.000 personnes de Catalogne et du reste de l, Espagne qui sont allées le 2 Juillet à Strasbourg pour éxiger que les députés catalans élus, puissent siéger su Parlement Europeen. Je vous remercie de votre travail et de votre support et je souhaite que vos iniciatives arrivent á achever que d,autres eurodiputtés se rendent conte de l,injustice envers les prisoniers polítiques catalans et la manque de démocracie en Espagne. Mille foies merçi.

    Montserrat Toll Le 4 juillet à 19:45
       
    • Il n’y a pas de prisonniers politiques en Espagne. Mais des politiques qui ont fait fi de la constitution de leur pays et qui sont jugés pour des faits gravissimes
      Réfléchissez avant de dire n’importe quoi.
      Jean Fernandez
      Homme de gauche et fils de réfugié politique espagnol

      Fernandez Le 4 juillet à 22:09
  •  
  • Être emprisonné .e. s parce que élue.e.s sur un programme on entend l’appliquer c’est être une prisonnière ou un prisonnier politique.
    Il est temps que d’autres élu.e.s s’inquiètent du respect de la liberté d’opinion...

    Thierry Le 5 juillet à 00:27
  •  
  • Ces personnes sont emprisonnées et jugées pour avoir bafouée la constitution Espagnol ( votée à 80 % par les catalans ) et le Statut de la Generalitat catalane en organisant un "référendum" unilatérale et non pacté . Ils ont déclarés " l ’indépendance" de leur région alors qu ’ils sont en minorité sociale ( 47% ) au cour de deux référendums et qu’ils ont été maint fois prévenu, par le procureur, de l’illégalité de leurs actes. Puigdemont et ses amis ont fuis pour échapper à la justice et à leurs responsabilités . Ces gens(dont beaucoup sont des opportunistes ) ont cassé en deux la société catalane et sa convivialité. De plus en Espagne il existe la séparation des pouvoirs. Je rappel que la région de Catalogne bénéficie d’une très grande autonomie et que l’ article 155 ,dont l’ équivalent existe dans beaucoups de pays européens, n’a été appliqué que très brièvement et ceci afin de faire face au coup d’état anti démocratique perpétré par Monsieur Puigdemont et ses amis et donc de maintenir l’ unité de l’Espagne. Je tiens à préciser que je suis un homme de gauche et comme tel républicain. La République dans une Espagne unie et non balkanisé. Refusant le tribalisme régional et égoïste ainsi que ses mensonges.

    Bellido Le 5 juillet à 08:05
       
    • vote en faveur de l’independance malgré la répression policière :
       participation de plus de 40%
       90% pour...

      Évoquez la constitution de 78 comme si ce n’était pas un moyen pour les gens d’acter l’entrée en démocratie après le franquisme est au pire de la mauvaise foi, au mieux un oubli bien pratique !

      carlos Le 6 juillet à 09:34
  •  
  • incroyable !!!! J’attends avec impatiente qu’on m’explique alors en quoi un vote "majoritaire" de la population concernée en faveur de l’indépendance est anti-démocratique !!!! Parce que de mon côté, je suis tout à fait capable d’argumenter sur le fait qu’une constitution pensée, écrite et instituée par un tout petit nombre d’individus est par nature fondamentale anti-democratique par contre...

    carlos Le 6 juillet à 09:22
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