Capture d'écran Twitter @seawatch_intl
Accueil | Par Loïc Le Clerc | 9 janvier 2019

Une nouvelle fois, l’UE est incapable de venir au secours d’une cinquantaine de réfugiés

Avec l’Aquarius, on avait bien senti qu’accueillir quelques dizaines de réfugiés était un effort trop grand pour l’UE. Alors quand deux nouveaux navires approchent avec 49 personnes, la crise se répète, sans la moindre surprise.

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[Maj. 09/01/2019] Lors d’une conférence de presse, ce mercredi, le Premier ministre maltais Joseph Muscat a annoncé qu’un accord avait été enfin trouvé pour ces 49 réfugiés. « Sur les 249 [migrants, NDLR] présents à Malte et les 49 à bord [des deux navires humanitaires, NDLR], 220 personnes seront redistribuées dans d’autres pays membres ou rentreront dans leur pays d’origine », a ainsi déclaré le chef du gouvernement maltais. L’UE est sauvée jusqu’à la prochaine crise de "redistribution" de migrants.

 

Vous vous souvenez de l’Aquarius ? Au printemps 2018, ce bateau humanitaire transportant 629 personnes s’était fait rejeter par Malte, l’Italie et la France avant que l’Espagne n’accepte qu’il accoste sur ses côtes. A l’époque, l’Union européenne avait fait montre de son incapacité à mettre en œuvre une politique commune en matière d’accueil des réfugiés.

 

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Après un bras-de-fer entre la France et l’Italie – sur fond de duel entre libéraux et nationalistes –, après avoir justifié par l’indigne le non-accueil de la France, la Macronie s’était pavanée que l’héxagone "prenne sa part" en "accueillant" 78 de ces réfugiés. A en croire les ministres et les députés de la majorité, Emmanuel Macron méritait presque le prix Nobel de la paix. Et d’accuser ces méchants Italiens d’avoir failli au devoir d’humanité – il est vrai que quand nos voisins éructaient "jamais de la vie", la France se contentait d’un "non merci". Nuance.

Mais à force de se voir refuser l’accostage un peu partout en Europe, l’Aquarius a fini par perdre son pavillon et jeter l’éponge. La pression politique était trop forte. Sauf que…

L’histoire sans fin

Le 22 décembre 2018, le navire allemand Sea-Watch-3 a sauvé 32 personnes en Méditerranée. Un deuxième appareil, le Sea-Eye, en abrite 17 autres depuis le 29 décembre. Et depuis, c’est la même galère que l’Aquarius, personne n’en veut. Comme s’il s’agissait de marchandises défectueuses, de déchets.

A nouveau, Malte et l’Italie refusent de voir ces réfugiés fouler leur sol, par crainte de créer un « précédent ». La France se dit, encore, prête à en accueillir une partie « dans le cadre d’un effort collectif de répartition ». L’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg ou le Portugal y sont aussi favorables. La Roumanie s’est même proposée d’en accueillir cinq.

Cinq personnes pour un pays de près de 20 millions d’habitants.

Sur Twitter, Sea-Watch International pose la question : « Combien de jours de réflexion faut-il à Emmanuel Macron pour accueillir ces quelques survivants ? »

Au-delà de l’aberration des chiffres, c’est toute la politique européenne qui est à pleurer. Sur Twitter, les députées de gauche Elsa Faucillon et Clémentine Autain ont posté une vidéo pour alerter sur le « grand cimetière » que devient la Méditerranée :

Clémentine Autain : « La France n’est pas capable de tendre la main et l’Union européenne continue de se désintéresser. C’est pourquoi nous voulons rappeler urgemment le devoir d’humanité qui est le nôtre. »

Elsa Faucillon : « Se taire, c’est être complice. C’est ce qu’il se passe avec la France aujourd’hui qui est complice des politiques les plus répressives envers les migrants. C’est celles qui produisent le plus de morts. […] ça suffit de s’aligner sur les pays les plus sécuritaires en termes de migration. »

 

Pas de politique, des milliers de morts

L’Union européenne n’est-elle pas censée être un cadre de politique commune, partagée par ses Etats-membres ? Quand bien même quelques-uns rechigneraient à "prendre leur part", en quoi est-ce suffisant pour que personne n’agisse ?

C’est que l’UE fonctionne quasi exclusivement sur le modèle de la répartition selon le nombre d’habitants. Ainsi, tant que le marché n’est pas clos, rien ne se passe. Migrants ou boîtes de conserve, c’est la même chanson.

Pour l’heure, le silence de l’exécutif français et de sa majorité est total. On gage qu’ils ne tarderont pas à se faire passer pour les sauveurs de l’humanité, à côté des Italiens. Heureusement qu’ils sont là pour la comparaison. On en parle de la loi Asile et Immigration ? Salvini en rêve sûrement toute les nuits.

Face à l’hypocrisie de nos dirigeants, Clémentine Autain évoque une « crise de l’accueil et non une crise des migrants » pour analyser cette situation catastrophique. D’ailleurs, pour ceux qui craignent qu’une cinquantaine de réfugiés "grand-remplace" toute une civilisation, la réalité est toute autre : le nombre de personnes émigrants vers l’Europe ne cesse de diminuer, année après année. L’Europe ne fait plus rêver grand monde. Par contre, le taux de mortalité de la traversée de la mer Méditerranée augmente, lui. En 2018, plus de 2260 personnes y sont mortes noyées. L’Europe n’a plus de quoi faire rêver personne.

 

Loïc Le Clerc

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  • ...et la caravane passe...
    L’inhumanité gagne du terrain...

    carlos Le 10 janvier à 10:31
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