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Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 24 janvier 2019

Venezuela : « On est face au risque d’une situation de guerre civile »

Mercredi, le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne s’est auto-proclamé président du Venezuela. Juan Guaido, principal opposant à Nicolas Maduro, a rapidement reçu le soutien de Donald Trump et d’Emmanuel Macron. Une tentative de coup d’Etat que nous explique Janette Habel.

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Janette Habel est chercheur à l’Institut des Hautes études de l’Amérique latine.

 

Regards. Que s’est-il passé ce mercredi 23 janvier au Venezuela ?

Janette Habel. C’est l’aboutissement d’une situation compliquée, tant du point de vue économique, social et politique que géopolitique. Ce qu’il s’est passé hier est extrêmement grave. On est maintenant face au risque d’une situation de guerre civile. Une partie de la population appuie Juan Guaido et une autre partie soutient le gouvernement de Maduro. Il est difficile de mesurer l’importance réciproque des deux camps.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à la crise de 2016. La politique de Maduro n’a pas été exactement la même que celle de Chavez – sans parler de sa légitimité et de sa popularité. Le problème de Maduro, c’est qu’il est l’héritier d’une stratégie économique qui avait bénéficié d’une conjoncture extrêmement favorable. 90% des ressources du Venezuela dépendent des exportations pétrolières. Chavez a utilisé la rente pétrolière – avec un baril à 130/140 dollars – pour mener une politique très importante de transformations sociales. Le revers de la médaille, c’est que cette politique a maintenu le pays dans une dépendance au pétrole et aux importations alimentaires, de produits de première nécessité, etc. Chavez, mais surtout Maduro, aurait dû engager une politique de diversification économique. Il ne faut pas penser que ça se fait en un claquement de doigts ! Puis le pétrole est passé à 30/40 dollars le baril. La crise a été gravissime, des milliers de gens ont été obligés de quitter le pays.

 

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Peut-on parler de tentative de coup d’Etat ?

Oui, bien sûr. On a quelqu’un qui s’auto-proclame président par intérim. D’ailleurs, le président mexicain Andrés Manuel López Obrador qualifie la manœuvre de Juan Guaido de coup d’Etat. Et c’est une tentative de coup d’Etat préparée de longue date – il y a eu des tests auparavant –, profitant de l’affaiblissement et des erreurs de Nicolas Maduro, et qui est appuyé par de nombreux gouvernements, dont Bolsonaro et Trump.

Justement, quel est le rôle des Etats-Unis et du Brésil dans cette histoire ?

Le gouvernement d’extrême droite de Jair Bolsonaro est un gouvernement qui est lui-même le produit de la politique nord-américaine de déstabilisation des gouvernements progressistes. Au Brésil, on a eu un coup d’Etat institutionnel avec la destitution de Dilma Roussef, présidente démocratiquement élue, via des mécanismes institutionnels hallucinants et une instrumentalisation de la corruption. Cela a permis de destituer Dilma Roussef, de mettre Lula en prison et de les remplacer par des gens qui sont infiniment plus corrompus. Ce qui s’est engagé, c’est une offensive – plus habile que par le passé – pour faire tomber ces gouvernements qui ont mené des politiques sociales importantes et reconquérir une hégémonie menacée par ces gouvernements et par la Chine.

« On pourrait parler du Brésil, de l’Argentine, de l’Equateur. C’est tout l’échiquier latino-américain qui est en proie à des manœuvres politiques pour faire tomber ces gouvernements. »

Emmanuel Macron, dans un tweet, qualifie l’élection de Nicolas Maduro d’« illégitime » et annonce que « l’Europe soutient la restauration de la démocratie ». Qu’en pensez-vous ?

Comment peut-on appuyer quelqu’un qui s’auto-proclame président par intérim ? Ou alors, demain, n’importe qui peut se déclarer président dans n’importe quel pays ? De plus, à l’époque, l’élection de Maduro n’avait pas été beaucoup contestée par les ONG. Ce serait beaucoup plus crédible si Emmanuel Macron et l’UE avaient pris la même position lors de l’élection de Bolsonaro. On pourrait parler du Brésil, de l’Argentine, de l’Equateur. C’est tout l’échiquier latino-américain qui est en proie à des manœuvres politiques pour faire tomber ces gouvernements. Pour le moment, c’est une réussite. C’est comme les dominos, ils tombent les uns après les autres.

Nicolas Maduro peut-il se sortir de cette situation ? Ou bien est-ce la fin du chavisme ?

L’issue sera très compliquée. Le gouvernement de Maduro bénéficie encore de l’appui de l’armée et des catégories les plus pauvres. L’élément clé de cette affaire, c’est la division ou pas de l’armée et jusqu’où l’appui populaire va se maintenir. Il y a une menace d’intervention directe – peut-être même militaire – par le biais de l’OEA (organisation des Etats américains), présidée par Luis Almagro qui est un personnage absolument réactionnaire. Et la Chine et la Russie n’ont pas encore réagi, et ils ont des investissements très importants au Venezuela. Il faut comprendre que ce n’est pas simplement une crise régionale, mais bien internationale.

 

Loïc Le Clerc

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  • Que Maduro soit de gauche n’en fait pas nécessairement le titulaire d’un brevet de vertu. Lui en accorder un est hasardeux. Sa réélection n’a été due qu’à la manipulation et la violence. Elle ne fut pas régulière, correspondant à l’expression de la volonté du peuple. L’ayant contournée, donc bafouée, Maduro n’est pas légitime, en regard même des institutions qu’il prétend défendre. En cas de vacance du pouvoir, c’est le président du parlement qui assure l’intérim jusqu’à de nouvelles élections. C’est ainsi que se conçoit la mission de Guaido, président par intérim. Certes autoproclamé, sur la base d’une interprétation de la constitution. Cela laisse de la place à un aspect aventureux, sans en faire pour autant un putsch. Certes le soutien de Trump, qui lui non plus n’est pas titulaire d’un brevet de vertu, est discutable. Mais en face celui de Poutine et de Xi ?

    Maduro imposteur, manipulateur, ne tient que par l’armée. C’est lui le putschiste. Une fois de plus en Amérique du Sud, s’est installée une dictature militaire. Ici elle est de gauche. Est-ce mieux que quand elle est de droite ?

    Glycère Benoît Le 25 janvier à 06:11
       
    • Commentaire partisan de la dérive fasciste et à côté de la plaque !
      Il s’agit ni plus ni moins d’un coup d’Etat orchestré par les Etats Unis et la complicité de la droite et extrême droite locale ! Annoncé il y plusieurs mois par Trump , Pompeo , Bolton Spencer qui ont lancé plusieurs appels à la population à se soulever ..... L’enjeu étant de mettre la main sur les richesses de ce pays . Comme l’attentat commis l’été dernier contre N Maduro n’ a pas eu la conclusion attendue , comme la population ne reconnait pas l’opposition et son appel à renverser le gouvernement , comme l’opération" faire crier " l’économie en organisant un blocus financier et économique ne fonctionne pas (blocus qualifiés de crime de lèse-humanité par Alfred De Zayas expert mandaté par l’ONU dans son rapport remis l’été dernier) seule reste l’option militaire avec des forces paramilitaires surentraînées basées en Colombie .Honte à Trump et son gouvernement qui bafoue les droits internationaux et l’UE qui est complice ...Maduro a été élu avec 67 % des voix dont 30% des inscrits , pour rappel Macron c’est 18% , Trump c’est 27% , Macri 26% , le président colombien 21% ...Sont-ils légitimes ?De quel droit comme le précise l’auteure de l’article ces pays osent s’ingérer dans les affaires internes qui ne regardent que la population concernée , ici vénézuélienne .C’est une violation de la Charte des Nations Unies .Pour rappel plus de 150 pays ont reconnu l’élection de N Maduro , envoyant leurs délégations pour son investiture . J’invite les lecteur de regards à lire les articles de M Lemoine , Romain Migus , T Deronne ; M Terruggy , B Guigue sur le site le Grand soir , venezuela infos , la chaine telesur pour connaitre précisément les enjeux en cours .L’auteur qualifie le gouvernement d’autoritaire mais face à un attentat , à des déstabilisations criminelles de la droite et extrême droite locale ,sous la férule des Etats Unis avec pour finalité faire crier l’économie et ainsi faire tomber N Maduro, que reste t-il au pouvoir légitime en place pour éviter de sombrer dans le chaos ? Je constate qu’en France Macron se permet de donner des leçons de démocratie au reste du monde mais qu’il n’est pas capable d’écouter les 82 % de ses concitoyens qui refusent sa politique et utilise la répression meurtrière et criminelle à son encontre ....

      jaime Le 29 janvier à 18:30
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    • benoit
      non non et non voir le site agora vox ou de gerruryer

      ouvrierpcf Le 1er février à 17:44
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    • Gerruyer ? Une plaisanterie ! Vous proposez un seul nom et aucune argumentation en face pour contredire les faits présentés . ! je vous invite aussi à voir la video de la chaîne RT où Taddei reçoit Romain Migus et M Lemoine face à 2 détracteurs dont la pensée atteint la caricature et le vide sidéral . Ils sont très embarrassés face aux éléments factuels des 2 journalistes dont je vous ai déjà conseillé de lire les articles et le livre de M Lemoine : les enfants cachés du général Pinochet . Pour la petite histoire Marco Terruggy vit depuis 10 ans au Vénézuela , T Deronne depuis 20 ans , R Migus y a vécu 10 ans ...Maurice lemoine y va régulièrement chaque année comme B Guigue qui aussi y a vécu quelques années .SVP ARGUMENTER pour être crédible ....

      jaime Le 1er février à 18:27
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  • Rajoût : lire l’article de Max Blumenthal et de Dan Carter sur la genèse de l’autoproclamé Juan Guaido !!! sur le site le Grand Soir ! Une ascension fabriquée de toute pièce par le soutien appuyé des Etats Unis et de l’extrême droite à l’instar de Macron 1er que dénonce avec truculence et argumentation Juan Branco dans son livre CREPUSCULE en accès gratuit sur internet !!!

    jaime Le 1er février à 18:41
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  • Bonjour
    Le Venezuela, subit , ce que j’appel le "complexe Allendé"
    Tout régime politique qui s’oppose aux USA est déstabilisé, surtout en Amérique du sud, les tentatives de démocratisation, ne sont pas soutenue , si elle ne vont pas dans le sens des intérêts US, le Brésil en est l’exemple. Lulla en Prison, pourtant il a fait "copains" avec les USA, respecter la démocratie....mais il n’allait pas assez dans le sens de l’oligarchie mondiale , trop socialiste encore, trop pour les pauvres....
    Pinochet aux Chili , a beaucoup plus été respecté , courtisé et protégé , mêmes vers la fin, par l’oligarchie. Protégé parce qu’il a sut , préservé les intérêts de cette oligarchie, jusqu’au bout.
    alors que Allendé, Lulla , étaient soupçonner de marxisme, de socialisme, mêmes s ’ils respecter la démocratie. Infamie inadmissible et plus importante , que ne pas respecter la démocratie, être du coté des pauvres.
    Voila pourquoi Maduro, Chavez, doivent être renversé , peut importe, qu’ils soit démocrate et respectueux des droits de l’homme. le libéralisme, les multinationales doivent pouvoir s’implanter partout, et on doit effacer de la conscience populaire toute idée de socialisme, d’égalitarisme, de justice sociale.
    je vous invite a voir sur investing’action l, michel collon :Véne zuela, les cinq gros mensonges de Macron, médias et cie

    Bob Le 27 février à 12:21
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  • un risque de guerre civile ? ce niveau d’analyse digne du Figaro :rire :

    Le Vénézuela est dans un processus Révolutionnaire depuis l’élection de Chavez : il est donc en Guerre Civile, et en Guerre contre les puissances impérialistes environnantes.

    Maduro doit envoyer les tanks écraser la réaction bourgeoise, comme à Tiananmen.

    pwetpwet Le 1er mars à 14:36
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