Accueil | Par Emmanuel Riondé | 25 juin 2014

En Palestine, disparition (inexpliquée), répression (généralisée) et abandon (coutumier)

Les territoires palestiniens subissent depuis treize jours une offensive militaire israélienne. A l’origine, la disparition encore inexpliquée de trois jeunes Israéliens à proximité de colonies en Cisjordanie. Israël accuse le Hamas, qui nie, et en profite pour porter un coup au semblant d’unité nationale qui se dessinait ces dernières semaines.

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On ne sait toujours pas ce qu’il est advenu de Eyal Yifrach (19 ans), Naftali Frenkel (16 ans) et Gilad Shaer (16 ans), tous les trois disparus le 12 juin dernier alors qu’ils faisaient de l’auto-stop près de Goush Etzion, l’un des plus important bloc de colonies israéliennes implantées en Cisjordanie du côté d’Hébron. Leur "enlèvement" supposé n’a toujours pas fait l’objet d’une revendication.

On sait par contre ce qui est arrivé à Mohammed Jihad Mohammed Doudin (14 ans), Moustapha Aslan (22 ans), Ahmed Arafat Abbaran (23 ans), Ahmed Sa’id S’oud Khaled (27 ans), Mahmoud Ismael Atallah (30 ans), Ahmad Sa’id Fahmawi (35 ans) et Naji ‘Ali ‘Abed Souf (60 ans) : tous ces hommes palestiniens (dont un adolescent et un déficient mental) sont morts au cours des dix derniers jours, les six premiers tués par l’armée israélienne, le dernier victime d’un arrêt cardiaque alors que les soldats de cette même armée refusaient le passage à sa famille qui l’emmenait à l’hôpital recevoir des soins [1].

Il faut ajouter à ces morts un autre adolescent tué dans l’explosion d’une mine dans la vallée du Jourdain (Sakher Dorgham Zaamel Abu al-Hasan, 17 ans), plusieurs dizaines de blessés et plus de cinq-cents arrestations selon l’ONG Palestinian prisoners society [2] – seulement 361 selon l’armée israélienne.

Offensive militaire généralisée

Tel est le bilan provisoire que l’on pouvait dresser mardi 24 juin au soir de l’opération "Gardiens de nos frères" après douze jours d’offensive. Se déroulant de façon massive sur le terrain en Cisjordanie et par voie aérienne dans la bande de Gaza, cette opération a pour objectif avoué de retrouver les jeunes Israéliens disparus et leurs éventuels ravisseurs. "Éventuels", car rien n’est encore établi quand à cette disparition. Ont-ils été enlevés ? Si oui, par qui ? Et à quelle fin ? Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, toujours à la tête d’un gouvernement de coalition droite/extrême-droite, a aussitôt accusé le Hamas, et fait savoir dimanche que des « preuves sans équivoque » de la responsabilité de cette organisation politique seraient bientôt apportées. Mais près de deux semaines après la disparition des trois jeunes dans une zone totalement sous contrôle des forces israéliennes, ces preuves irréfutables se font toujours attendre.

En attendant qu’elles soient dévoilées, l’ensemble des territoires palestiniens occupés subit une offensive militaire généralisée qui rappelle la très dure répression, en Cisjordanie de 2000 à 2005, de la deuxième Intifada. Parmi les personnes arrêtées, au moins 250 sont membres du Hamas, dont Aziz Dweik, le président du Conseil législatif palestinien. Et plus d’une cinquantaine sont des ex-prisonniers qui avaient été libérés au moment de l’échange avec le soldat israélien Gilad Shalit, en octobre 2011.

La carte de la division

Alors que l’OLP et le Hamas s’étaient réengagés ces derniers mois sur la voie du dialogue et de l’entente, jusqu’à mettre en place un gouvernement d’unité nationale le 2 juin dernier, l’opération militaire actuelle donne très opportunément l’occasion à Israël d’affaiblir le Hamas, toujours maître de la bande de Gaza [3]. Et de jouer une fois encore la carte de la division. Avec succès : Mahmoud Abbas ayant condamné lui aussi "l’enlèvement", Benyamin Netanyahou s’est dit mardi 24 juin, satisfait de ces propos. Et il en a profité pour appeler le président de l’Autorité nationale (ANP) à rompre le processus de réconciliation en cours avec le Hamas.

Ces derniers qui nient toute implication dans l’enlèvement y voient en revanche un acte de résistance. Khaled Meshaal, chef en exil du Hamas a dit dans un entretien accordé à Al Jazeera n’avoir aucune information à propos des trois jeunes Israéliens disparus et souligné qu’il considérait la coopération des forces de police de l’ANP avec l’armée israélienne comme un « désastre » [4]. Dimanche à Ramallah, des Palestiniens dénonçant eux aussi cette « collaboration » se sont affrontés à la police de l’ANP [5].

Discrédit de l’ONU

Comme d’habitude, la "communauté internationale" brille par son silence face à la disproportion de la répression israélienne. Ce n’est pas nouveau [6], mais ce silence est cette fois d’autant plus assourdissant que l’Assemblée générale de l’ONU a élu le 18 juin un Israélien (Mordehai Amohai) à l’une des vice-présidence d’une commission de l’agence consacré à la décolonisation... Qualifié de « honte » par la Lybie, cette élection permet au représentant d’un pays dont près de 600.000 ressortissants sont installés dans des colonies, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, toutes illégales au regard du droit international, d’apparaître en haut de l’organigramme d’un comité dédié à la décolonisation.

On est au coeur du précepte de Big Brother (1984 – Georges Orwell) : « La guerre, c’est la paix. L’ignorance, c’est la force. La liberté, c’est l’esclavage ». Si l’ONU voulait ajouter à son discrédit, il ne s’y prendrait pas autrement. Et si Israël voulait la confirmation à la fois du soutien des puissances occidentales et de la défiance des autres nations, notamment arabes, il l’a : son élection s’est faite de justesse (74 voix pour et 68 abstentions), la faute à « la forte opposition du Groupe des États arabes », souligne l’ONU dans un communiqué [7].

Mise à mort du processus d’entente nationale

Mardi, en réaction à l’offensive israélienne en cours, Laurent Fabius a, dans une brève déclaration, fini par appeler « les autorités israéliennes » à « s’assurer du respect du droit international en matière d’usage proportionné de la force et faire preuve de retenue pour éviter toute nouvelle victime. »

Une prise de position a minima de la France, pays qui fait bien entendu partie de ceux qui ont approuvé l’élection de Mordehai Amohai. Mais on n’en est plus à un grand écart près : dans la "Lettre ouverte à Laurent Fabius" que le président de l’Association France Palestine solidarité a adressé hier au ministre des Affaires étrangères, il est rappelé que les opérations militaires actuellement menées en Palestine « ont clairement pour objectif politique immédiat la mise à mort du processus d’entente nationale palestinienne dont la France s’était félicitée » [8].

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  • la Palestine est en proie depuis le 14 mai 1948 ce n est pas depuis 13 jours merci

    moise Le 25 juin 2014 à 20:38
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  • on ne parle jamais des disparitions des palestiniens et encore mois des jeunes palestiniens tués depuis 15 jours

    moise Le 26 juin 2014 à 09:38
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