Regards.fr : Combien reste-t-il de prisonniers aujourd’hui à Guantanamo et qui sont-ils ?
Nathalie Berger : À notre connaissance, 171 personnes sont aujourd’hui détenues à Guantanamo, majoritairement des Yéménites. Parmi eux, 48 ont été déclarés comme non jugeables et non libérables et sont donc censés demeurer en détention toute leur existence. Et 36 doivent être traduits devant des commissions militaires, en sachant que, même si le jugement de ces commissions est en leur faveur, l’administration Obama se réserve le droit de les conserver en détention.
Regards.fr : Barack Obama avait fait de la fermeture de Guantanamo une promesse emblématique de sa campagne en 2008. Pourquoi ne l’a-t-il pas honorée ?
Nathalie Berger : Guantanamo est une zone de non-droit. Les détenus qui y ont été transférés sont des « ennemis combattants », un terme inventé de toutes pièces pour arrêter n’importe quelle personne suspectée de terrorisme. Et il y a eu de la torture dans ce lieu. Les conditions de détention et les méthodes utilisées étant illégales, les Cours ne pourraient donc retenir aucune charge contre les détenus. C’est un serpent qui se mord la queue… Par ailleurs, le Congrès a voté contre cette fermeture, parce qu’il refusait le plan de financement d’Obama mais aussi par crainte de voir ces « terroristes » venir sur le territoire des États-Unis. Car la possibilité de les transférer dans l’Illinois a été envisagée. Mais cela n’aurait été qu’un simple changement de code postal : les conditions de détention prévues étaient les mêmes qu’à Guantanamo.
Regards.fr : La fermeture de Guantanamo, est-ce suffisant ?
Nathalie Berger : Non. Nous demandons la suppression du régime des commissions militaires, qui est illégal. Quant aux personnes qui y sont détenues, si elles ont commis des crimes, elles doivent être jugées et avoir des procès équitables ; et si elles n’ont rien fait, être libérées et obtenir des réparations pour les mauvais traitements subis. Nous demandons aussi que les enquêtes menées sur les programmes de détention secrets de la CIA aillent à leur terme et que les responsables soient traduits en justice. Nous allons utiliser cette date du 11 janvier pour mobiliser et sensibiliser : Guantanamo, ce n’est pas fini.



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