Experts en médias, spécialistes en « gestion des subventions » et autres consultants pointus, à vos marques : en Tunisie et en Libye, Chemonics International recrute. Cette « firme spécialisée dans le développement international basée à Washington DC » est en effet « le grand gagnant du Printemps arabe » comme le note Maghreb Confidentiel. Selon cette lettre d’info, l’Agence états-unienne pour le développement international (USAID) a chargé Chemonics « de conduire son programme d’aide à la transition » en Tunisie et en Libye.
C’est-à-dire de coordonner et mettre en œuvre des projets « visant à renforcer l’administration publique, promouvoir la croissance économique et la création d’emplois, bâtir la capacité locale et la petite infrastructure, et activités similaires », résume le site Tunisieprojet.tn qui s’emballe carrément : « Présente dans plus de 75 pays, Chemonics International (...) aide les gouvernements, les entreprises, les groupes de la société civile et les communautés à promouvoir des changements significatifs afin que les gens puissent vivre une vie plus saine, plus productive et plus indépendante. » Diable. Que voilà donc le bonheur libéral aux portes de l’été arabe.
Sauf que Chemonics est l’un des champions de ce que l’on appelle aux États-Unis les Beltway bandits, un terme désignant les compagnies privées siégeant à proximité des centres de pouvoir US et dont l’essentiel du business consiste à fournir des services au gouvernement américain. Le plus célèbre d’entre eux est la société privée de sécurité Blackwater, toujours à l’œuvre en Irak. Les Blackwater ne représenteraient cependant que la partie émergée de l’iceberg… Bien moins visibles et identifiables sont tous ceux qui, comme Chemonics, interviennent dans le champ de l’« aide au développement ». Mais dont l’activité réelle évoque plus « l’efficacité des sociétés de capitaux d’investissement que la compassion des ONG » résumait Newsweek en 2007…
Voilà ce que font les décideurs pendant qu’on angoisse le gogo avec les barbus : ils se partagent les parts du vrai gâteau, celui des marchés et de la domination culturelle et médiatique.



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