Accueil > N°12 - juillet-août 2011 | Chronique par Leila Chaibi | 11 août 2011

Carrefour racket

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Deux ans après les derniers
pique-niques en supermarché
de l’Appel et la pioche,
l’appétit commençait à nous
tarauder l’estomac.
Après un
savant jeu de cache-cache promotionnel sur les
prix des produits de consommation courante,
au début de l’année 2011, les enseignes de la
grande distribution avaient remis le couvert en
augmentant de façon gargantuesque le prix de
la farine, des pâtes et du café. Mais comme les
ogres ne sont jamais rassasiés, les supermarchés
ont continué de s’empiffrer sur le dos de
leurs employés, en refusant ne serait-ce que
quelques miettes d’augmentation sur des salaires
déjà bien bas.

Tellement bas que Carrefour a été condamné
pour non-respect du Smic, alors même que le
mois précédent l’enseigne fanfaronnait sur ses
283 millions d’euros de bénéfices nets, en augmentation
de 11 % par rapport à l’année précédente.
Qu’on fasse nos courses ou qu’on
soit derrière la caisse, des deux côtés du tapis
roulant, la grande distribution se gave sur nos
« faims » de mois. Il était
temps d’unir nos forces
pour stopper ce festin
indécent.

Alors cette fois, on a
choisi de faire coïncider
nos pique-niques
sauvages avec le mouvement
de grève des
employés de Carrefour
Market, démarré courant
mai, et revendiquant notamment
des augmentations
de salaire. Vous
vous en doutez, la précarité
règne en maître chez Carrefour Market.
Alors, pour ne pas perdre une journée entière de
travail, les employés étaient appelés à débrayer
quelques heures, lors des périodes de pointe
des magasins.

Le 11 juin, dans un supermarché du 9e arrondissement
de Paris, les salariés levaient leur
piquet de grève à 13 heures. Au même moment,
une quarantaine de « faux clients » ont déballé la
nourriture piquée dans les rayons. Aux cris de
« Carrefour se gave, gavez-vous », nous avons
invité les « vrais clients » à partager notre piquenique.
Fromages, jus de fruits, tomates cerises,
fraises Tagada, nous avons récupéré un peu
de notre pouvoir d’achat. Pendant ce temps,
les salariés reprenaient tranquillement le travail,
un sourire en coin, en nous lançant quelques
clins d’oeil.

Une demi-heure plus tard, l’arrivée de la police a
mis un terme à notre petite fête. Carrefour Market
avait déposé plainte. Une façon d’intimider
les pique-niqueurs et de décourager de nouvelles
initiatives de ce type ? Au contraire, des
poursuites judiciaires effectives fourniraient une
superbe occasion d’ouvrir le procès public de la
grande distribution. Aucun risque de pressions
sur les employés en grève : n’ayant pas participé
à cette action aux frontières de la légalité, ils
sont protégés.

Il est de bon ton d’opposer les leviers traditionnels
d’organisation militante, tels que la grève,
aux actions coups de poing symboliques et
médiatiques. Notre virée chez Carrefour nous
a prouvé qu’au contraire, en construisant des
solidarités, ici entre clients et salariés, et en
combinant des formes de mobilisations très différentes,
on redoublait d’efficacité. La prochaine
fois, pour être au complet, on invitera les producteurs
de lait.

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29 décembre 2013
Par Leila Chaibi

Billet doux

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