Accueil > N°17 - Janvier 2012 | Par Leila Chaibi | 14 janvier 2012

Double casquette et triple A

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Marc Ladreit de Lacharrière (MLL),
propriétaire de l’agence de notation
Fitch Ratings est un milliardaire
social.
Tous ses amis le disent, de L’Expansion à
Challenges, en passant par Alain Minc : c’est un
« mécène au grand coeur », un « financier humaniste
 », un « profond républicain », un « artisan
d’un monde plus juste
 ».

Comme dans la chanson de Balavoine, Marc
Ladreit de Lacharrière a du succès dans ses
affaires et il aurait voulu être un artiste. Alors
avec sa société, Fimalac, il rachète des salles
de spectacles et des boîtes de production pour
y faire tourner les fleurons de la chanson française
 : Patrick Bruel, Michel Polnareff ou encore
Johnny Halliday. Mais sa passion des arts et
de la culture française ne s’arrête pas là. Pour
preuve, il est également le principal promoteur
du Louvre d’Abou Dabi.

Ah, Abou Dabi… Cette magnifique contrée des
Émirats arabes, où, comme le faisait remarquer
MLL il y a quelques
mois sur Europe 1 avec
des trémolos dans la
voix, les gens travaillent
54 heures par semaines.
Ces tire-au-flanc de Français
qui s’accrochent
à leurs 35 heures feraient
bien d’en prendre
de la graine.

Sans quoi, ils subiront le
même sort que celui que
MLL a fait subir aux salariés
de la société d’outillage
Facom en 2007 :
virés ! Trois ans après avoir racheté cette boîte,
le financier décide de délocaliser la production à
Taïwan, se débarrasse sans états d’âme des 203
employés – en classe affaires on voyage léger –
et empoche au passage 20 millions d’euros. De
quoi réconforter le « blues du businessman ».

Lacharrière, qui rappelons-le a du succès dans
ses affaires, est aussi membre des conseils d’administration
de l’Oréal, Casino, et Renault. Pour
inciter ces entreprises à licencier leurs salariés
français – trop coûteux – afin d’aller s’implanter
ailleurs, il possède le « thermomètre magique » :
l’agence de notation Fitch Ratings.

Pratique. Plus besoin d’argumenter pendant
des heures dans les assemblées générales sur
l’intérêt d’une délocalisation pour augmenter la
rémunération des actionnaires. Il lui suffit d’enfiler
sa casquette de patron de Fitch Ratings et de
menacer de baisser la note.

Ainsi, en juin dernier, Fitch Ratings émet un avis
positif sur le groupe Renault, qui a su prendre
des « mesures de réduction des coûts et de
délocalisation de la production à l’extérieur de
l’Europe de l’Ouest
 ». Et quand la délocalisation
a lieu, le patron de Fitch Ratings remet sa casquette
d’actionnaire de Renault et ramasse le
pactole. L’air de rien ce petit jeu de passe-passe
rapporte gros : fin 2011, la société Fimalac a
annoncé une augmentation de 40 % de son
bénéfice net annuel.

À bien y regarder, Marc Ladreit de Lacharrière
a tout à fait le profil d’un chef de « gouvernement
technique » à la mode italo-grecque. Avis
à Sarkozy, Hollande, Bayrou et compagnie : laissez
tomber votre candidature et faites place à
Lacharrière, le candidat du AAA !

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29 décembre 2013
Par Leila Chaibi

Billet doux

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