Accueil > N°19 - Mars 2012 | Chronique par Leila Chaibi | 5 mars 2012

Enfer givré et chair de poule

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« Ça caille ! » On l’a répété en boucle au
mois de février !
Forcément, le marronnier
du manque de places des centres
d’hébergement d’urgence a refait surface.

Un soir, j’ai vu une femme accrochée à un bout
de carton, la moitié du corps recroquevillé dans
une cabine téléphonique, le visage rougi par le
froid. Une équipe du 115 était venue la chercher,
certainement pour la conduire dans un des
gymnases réquisitionnés pour l’accueil de nuit
des sans-abris. La misère est plus criante quand
il gèle dehors.

Au-dessus de cette femme allongée sur le sol,
en levant les yeux sur les façades des immeubles
on n’imaginait pas qu’il puisse s’y cacher une
précarité invisible, aux effets tout aussi glaçants.

Ici, une mère et ses trois enfants vivent dans
un studio troué comme un gruyère. L’isolation
est inexistante et les
fenêtres laissent passer
un filet d’air continu
que le convecteur électrique
tente laborieusement
de compenser.
De jour comme de nuit,
toute la famille garde
un bonnet sur la tête et
une couverture sur le
dos. On imagine avec
angoisse le montant de
la facture d’électricité…
En cas d’impayés, EDF
coupera le courant.

Ailleurs, un couple de retraités habite une charmante
maisonnette, douce à vivre au printemps,
agréable en été. Et toujours jolie durant l’hiver
aux yeux des passants qui ne voient pas l’envers
du décor. Avec sa petite retraite, ce couple
n’a pas les moyens de remplir la cuve à fuel
pour mettre en route la chaudière. Ils enfilent
plusieurs vestes, utilisent un vieux poêle pour
éviter de geler complètement, et espèrent que
l’hiver ne durera pas trop longtemps.

Ce quotidien, c’est celui de 8 millions de Français.
La Fondation Abbé Pierre a lancé cet hiver
une campagne sur la précarité énergétique
pour en finir avec cet enfer de glace.

Cet hiver, une mère et son fils ont perdu la vie,
intoxiqués au monoxyde de carbone. Par -8 °C
sur le bassin minier de Montceau-les-Mines,
suite à une coupure des fournitures par GDFSUEZ,
ils avaient utilisé un groupe électrogène
pour se chauffer. Ce fut leur dernière nuit.

Pendant ce temps, chez GDF SUEZ il fait bon
vivre. En 6 ans, le prix du gaz a grimpé de plus
de 60 %. Et pour nos étrennes, avec l’aval du
gouvernement, GDF SUEZ a augmenté de
4,4 % le prix du gaz au 1er janvier 2012. Le
groupe n’a pas froid aux yeux. Début 2012,
trois semaines après la dernière augmentation
du prix du gaz, GDF SUEZ se vantait dans la
presse boursière spécialisée d’avoir renégocié
à la baisse leur contrat d’approvisionnement…
pour augmenter leurs marges. Quelle bande de
givrés, j’en chope la chair de poule.

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29 décembre 2013
Par Leila Chaibi

Billet doux

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