Accueil > N°16 - Décembre 2011 | Par Leila Chaibi | 28 décembre 2011

Perdre sa vie à la gagner

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Maçon-coffreur, 58 ans. A chuté de
huit mètres après s’être appuyé sur
un garde-corps de l’échafaudage qui
a cédé. Agent de service, 53 ans. Est tombé
à l’eau lors du nettoyage d’un bateau à quai.
Agent de prévention et de sécurité dans un magasin
de bricolage, 36 ans. À la suite d’un différent
avec un client, a été victime d’un assassinat
à sa sortie du magasin et a été retrouvé dans
un canal. Soudeur, 36 ans. La victime soudait
une plaque métallique lorsqu’un panneau lui est
tombé dessus. Ouvrier terrassier, 19 ans. A été
écrasé par une tractopelle. Ripeur, 31 ans. Était
le passager d’une balayeuse dont le conducteur
a perdu le contrôle.

Ces travailleurs étaient intérimaires. Ils sont
tous décédés. Cette liste funeste est extraite du
rapport d’un comité technique paritaire sur les
accidents du travail dans le secteur du travail
temporaire.

En France, 2 millions de travailleurs sont embauchés
par des boîtes
d’intérim, qui les mettent
à disposition d’une « entreprise
utilisatrice ».
Quand un accident du
travail survient, il est pris
en charge aux deux tiers
par la boîte d’intérim, et
au tiers seulement par
l’entreprise utilisatrice.
L’intérimaire exerce
donc physiquement son
activité dans une entreprise
qui n’est officiellement
pas responsable
des risques d’accident auxquels il fait face tout
au long de sa journée de travail.

Dans ces conditions, pourquoi perdre du temps
à former les intérimaires aux questions de sécurité
 ? Pourquoi se soucier des conditions de
travail d’un intérimaire jetable et échangeable
contre un autre en toute occasion ? Si un accident
survient, il reviendra de toute manière à
la boîte d’intérim de payer la plus grande part
des indemnités.

Par ailleurs, soumis en permanence au chantage
du non renouvellement de leur mission, les
travailleurs intérimaires doivent être rentables
et productifs dans l’heure qui suit leur prise de
poste. Les entreprises utilisatrices abusent de
cette précarité, qui leur permet de s’asseoir sur
le code du travail sans craindre que le salarié ne
se rebiffe. Une infime proportion des intérimaires
prendra le temps de se lancer dans un recours
aux prud’hommes, par exemple pour requalifier
un contrat en CDI parce que le délai de carence
entre deux embauches n’a pas été respecté.

Depuis plusieurs années, la CGT du groupe
Randstad, le géant de l’intérim, tire la sonnette
d’alarme sur le taux très élevé d’accidents du
travail. Face au silence des médias et des politiques
sur ces questions, et conséquemment
aux décès de plusieurs de leurs collègues pendant
leurs heures de travail, ces travailleurs syndiqués
ont décidé d’occuper, début novembre,
le siège de l’entreprise à Saint-Denis, et ont
démarré une grève de la faim.

Quand les syndicalistes ne peuvent plus recourir
au droit du travail, ils sont forcés de
mettre leur vie en danger, pour empêcher que
d’autres ne la perdent.

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