Accueil > N°21 - Mai 2012 | Chronique par Leila Chaibi | 5 juin 2012

Starting-blocks

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Hé ! Dites-moi ! J’ai
rêvé, quand on attendait
50 000 personnes
à la Bastille
et qu’on s’est retrouvé
à 120 000 ?

Je les ai rêvés tous
ces gens qui ont débarqué
à l’Usine, le local de campagne du Front
de gauche, pour écrire des slogans sur des pancartes
en carton ? J’ai rêvé quand notre candidat
a fait baisser les yeux à un Front national à court
d’arguments sur un plateau télé ? Était-ce une
hallucination ces jeunes et ces moins jeunes
qui n’avaient jamais distribué un tract de leur vie
et qui, de 6 heures du matin à 23 heures, ont
enchaîné les collages, boîtages, porte-à-porte,
tractages, le visage toujours barré d’une grosse
banane ? A-t-on mis de la drogue dans mon café
pendant tous ces mois pour que j’aie cette sensation
d’une montée d’adrénaline généralisée ?
Nous étions montés au combat sur un canoëkayak,
il s’était peu à peu transformé en gros
cuirassé. On sentait
qu’on pouvait renverser
l’ordre établi avec cette
campagne politique.

Le quotidien m’envoyait
des signaux en permanence.
À la station-service,
le mec à la caisse
en voyant mon badge
« Front de gauche »
me lance « pourvu que
ce soit lui, on n’a pas
le choix
 ». En taxi, le
chauffeur me dit qu’il
votera Mélenchon. En
écoutant mon cœur au
stéthoscope, le médecin me dit qu’il va glisser
dans l’urne le même bulletin que moi. Et puis,
je m’aperçois que mon oncle, ma cousine, mes
parents, mon frère, ma copine d’enfance… Des
gens qui votaient PS, Bayrou, Verts, et même
UMP, me disent aussi qu’ils voteront Mélenchon.
Ça aussi, je l’ai rêvé ?

Non, je n’ai pas rêvé, tout cela est bien réel. Le
lendemain du premier tour de l’élection présidentielle,
j’ai retrouvé mes compagnons de route.
On ne se connaissait pas avant cette grande
aventure. Et désormais, on parle la même langue.
On s’est tous mis à porter des fringues rouges
et à manger des tartines de confiture de cerise.
On a nos blagues, nos références, nos réflexes.
Et on ne peut plus se quitter. Dès qu’on se retrouve
dans la même pièce, dans la même rue,
sur la même place, le courant de l’insurrection
citoyenne continue de circuler entre nous. Une
énergie est née, et ce n’est pas demain la veille
qu’elle ira s’affaler sur un canapé pour regarder
la télé. La révolution, c’est quand même vachement
plus excitant que Top Chef ou Derrick.

En fin de compte, cette campagne aura été un entraînement.
Une répétition générale. On est dans
les starting-blocks, prêt à repartir au combat.
Les quatre millions d’électeurs du Front de
gauche valent bien plus que les six millions de
connards qui ont honteusement choisi dans
l’isoloir un papier avec le nom de la riche
héritière pleine de venin. Le nombre de bulletins
de haine qui ont atterri dans les urnes
le 22 avril ne pourra jamais égaler notre force
joyeuse, visible, déterminée et unie comme
les cinq doigts du poing dans les luttes. Les
choses ne font que commencer. Et comme
le dit un célèbre Fakir, « à la fin c’est nous
qu’on va gagner
 ».

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29 décembre 2013
Par Leila Chaibi

Billet doux

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