Accueil > N°20 - Avril 2012 | Chronique par Leila Chaibi | 15 avril 2012

Sur un air mélenchanteur

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Un jour du mois de mars, Pascal, 29 ans,
a débarqué à l’Usine, le local de campagne
du Front de gauche
 :

– Bonjour, je voudrais participer à la campagne
de Jean-Luc Mélenchon !

– Tu as des envies, des compétences
particulières ?

– Je sais jouer de la guitare et j’aime bien
composer des chansons.

– Bah, fais-nous des chansons sur le Front de
gauche et on ira les chanter dans le métro en
distribuant des tracts.

Ainsi sont nés les Mélenchanteurs.

Vêtus de perruques multicolores et de costumes
d’hommes-sandwichs aux couleurs du Front de
gauche, nous avons suivi Pascal et sa guitare
dans les rames du métro parisien. Sur des airs
de chansons connues et de comptines enfantines,
nous invitions les parisiens à rejoindre le
Front de gauche.

En dehors de Pascal, personne ne savait vraiment
bien chanter. Mais
notre bonne humeur
était communicative.
Les gens nous souriaient
et nos paquets
de tracts s’écoulaient
sans effort.

Depuis, on se retrouve
tous les deux jours pour
« mélenchanter ». Bien
qu’il soit interdit de distribuer
des tracts dans
le métro, la plupart du
temps, les agents de
la RATP nous laissent
faire. Ils ont été contaminés par notre insurrection
joyeuse. Souvent, les musiciens que l’on
croise dans les couloirs du métro tapent le boeuf
avec nous. Ces moments-là sont magiques, on
se croirait dans une comédie musicale.

Je me souviendrai toujours de cet accordéoniste,
qui, la veille de la reprise de la Bastille,
s’est mis à accompagner notre version de « Bella
Ciao ». De chaque côté du quai, les gens avaient
la banane et tapaient dans leurs mains.

Une autre fois, à un carrefour du souterrain de
la station République, un groupe de jazz s’est
installé à côté de nous. Pour les laisser bosser
on allait leur laisser la place. Mais ils nous ont
demandé de rester et ont repris les airs de nos
« mélenchansons ». Les cuivres jouaient tellement
fort qu’on n’entendait plus les paroles
de nos chansons. Les hommes et femmes sandwichs
Front de gauche se dandinaient en
rythme. Une jeune inconnue a improvisé une
danse. Puis un groupe entier s’est mis à danser.
La station s’est transformée en fête pendant un
bon quart d’heure.

Un jour, un couple d’aveugles nous a demandé
de lire notre tract à voix haute. On s’est juré ensuite
de passer commande auprès de l’équipe
de campagne pour quelques versions en braille.
Je me souviens aussi de ce vieil homme qui
nous a lancé «  Ah ! Si la politique ça pouvait être
comme ça tous les jours !
 ».

Les Mélenchanteurs n’ont pas la prétention de
rivaliser avec un discours de meeting ou un
pamphlet idéologique. Juste une manière chaleureuse
de rencontrer les gens. Et de faire de la
politique en diffusant du bonheur.

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29 décembre 2013
Par Leila Chaibi

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