Accueil > N°11 - Juin 2011 | Chronique par Leila Chaibi | 10 juin 2011

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Marion, 24 ans, bac + 5, diplômée
d’un Institut d’études
politiques, travaille vingt six
heures par semaine
dans une association, pour
540 euros par mois.
Marion fait de l’aide aux
devoirs en semaine et des extras dans des bars
le week-end, le tout au black, pour compléter sa
maigre indemnité. Marion est en service civique.
Inventé en mars 2010 par Martin Hirsch, à
l’époque haut commissaire à la Jeunesse, le service
civique est une aubaine pour les associations
et collectivités. Pour 100 euros par mois, le
reste étant à la charge de l’Etat, il donne accès
à une nouvelle forme de travailleurs gratuits officiellement
« volontaires ».

Le service civique, ça ressemble à du scoutisme.
Le site internet [1] de ce nouveau dispositif dégouline
de bons sentiments. Le service civique
permettrait au jeune de «  transmettre les valeurs
républicaines
 », de « contribuer au renforcement
du lien social
 », de «  vivre de nouvelles expériences
 », de « s’ouvrir à de nouveaux horizons »,
d’effectuer une mission d’intérêt général au service
de la collectivité.

Pendant six à neuf mois,
les moins de 25 ans sont
ainsi invités à mener des
actions de sensibilisation
au respect de l’environnement,
à monter
des actions de solidarité
internationales, restaurer
des monuments
historiques, accompagner
des collégiens en
difficultés, ou encore,
faire les courses et le
ménage des personnes
âgés. Le tout, pour largement moins que le Smic
horaire, et sans cotisations retraites, chômage
où maladie.

Dans le monde des bisounours où les loyers seraient
gratuits et où les supermarchés offriraient
gratuitement aux jeunes de quoi remplir leurs
frigos, on n’aurait aucune raison de critiquer le
service civique.

Seulement, dans la France de 2011 où un jeune
sur quatre est au chômage, la première préoccupation
des jeunes, diplômés ou non, c’est de
trouver un emploi. Alors, six mois de service civique,
c’est moins bien qu’un emploi, mais c’est
toujours mieux qu’un stage, ou, pire encore,
qu’un trou au milieu du CV. L’« employabilité »
vaut bien quelques mois de travail gratuit.

Après avoir enchaîné stages et service civique,
le jeune espère avoir accumulé suffisamment
d’expérience pour être embauché dans une association
ou une collectivité. Hélas, à la mission
locale, à Pôle Emploi ou sur les sites internet de
recrutement, il se retrouve face à des offres de
services civiques.

Ainsi, la généralisation de toutes ces formes de
sous-salariat détruit l’emploi. Et pas seulement
l’emploi des jeunes : pourquoi employer un salarié
avec un contrat de travail normal alors qu’on
a la possibilité d’avoir pour peanuts des jeunes
prêts à faire le job ?

Le 17 mai, Jean-François Copé, a proposé d’imposer
à tous les jeunes de moins de 25 ans un
service civique de quatre mois, payé 350 euros.
L’UMP, qui rêve de transformer le salariat en une
armée de travailleurs au rabais, a ainsi décidé
de surfer sur ce formidable outil que constitue
le service civique volontaire en le transformant
en service civique obligatoire… Pourquoi pas en
esclave, tant qu’à faire ?

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29 décembre 2013
Par Leila Chaibi

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