Accueil > N°18 - Février 2012 | Chronique par Raphäl Yem | 5 février 2012

« Quand je vois les schmits je cours. Et tout le monde aussi » Tony, 13 ans, La Courneuve.

QUARTIERS LIBRES, la chronique de Raphäl Yem.

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« Police ! Personne ne bouge !  » En effet,
pas grand monde n’a bougé.
À part
les collectifs d’habitants des quartiers
concernés par la mort de l’un des leurs. Wissam
El Yamni, 30 ans, du quartier de La Gauthière
à Clermont-Ferrand, est décédé une semaine
après son interpellation policière lors du
réveillon. Dix jours plus tard, à Aulnay-sous-Bois,
c’était le tour d’Abdelilah, 25 ans, victime d’une
crise cardiaque lors d’un contrôle de police,
alors qu’il se trouvait dans le hall d’un immeuble
de la cité Balagny avec deux potes. Des événements
tragiques qui sont en fait devenus
banals, comme les chiens écrasés. Ali Ziri à Argenteuil,
Abdelhakim Ajimi à Grasse, Abou Bakari
Tandia arrêté dans un foyer de Courbevoie,
Mamadou Marega à Colombes, Lamine Dieng
dans le 20e arrondissement de Paris, sans
oublier les gamins qui tracent pour semer les
policiers : Moushin et Laramy à Villiers-le-Bel,
Zyed et Bouna à Clichy-sous-bois. Les dossiers
traînent depuis des années, la justice n’est pas
rendue, le deuil des familles et des amis est
impossible. Bien fait pour eux, ils n’avaient qu’à
pas être « de banlieue ». Dans tous ces cas,
des habitants qui ont assisté à ces dérapages
dénoncent des violences contre les personnes.
Dans nos quartiers, la police fait peur. Sa mission
de protection, on l’a oubliée. La police de
proximité n’existerait plus, remplacée par une
police de propagande. À croire qu’elle n’est là
que pour provoquer, humilier, pour contrôler à
répétition, au faciès, des contrôles de « soumission », comme les appelle le rappeur Sefyu…
Selon une étude du CNRS, ces contrôles
abusifs sont subis prioritairement par ceux qui
sont perçus comme « jeunes » (onze fois plus),
« noirs » (six fois plus que les « blancs »), ou
« arabes » (huit fois plus). Et ce n’est pas ça, le
contrat républicain, garant d’égalité.

Nous aussi nous avons le droit à une police
aux côtés des habitants, pas contre les habitants.
Pour que les Bleus ne nous en donnent
pas : nous voulons des agents expérimentés,
de terrain, qui ne sont pas là pour régler des
comptes personnels, qui travaillent de concert
avec le reste du tissu social local et qui s’investissent
dans la vie de la cité. Une police
qui ne soit pas le bras armé de la communication
gouvernementale ! Ok, ce n’est pas la
définition sarkozyste de la police qui, rappelez-
vous, avait remis dans le rang le commissariat
du quartier de Bellefontaine à Toulouse
qui avait pris l’initiative d’organiser un tournoi
de foot avec les jeunes du coin. Pourtant, à
cette époque, dans ce quartier, aucune bavure
policière n’est à regretter… Pour que tout cela
ne recommence pas. Je demande à notre ministre
de l’Intérieur de lire et de comprendre
ce qu’il y avait sur cette banderole tenue par
des mères de familles le jour de la marche en
souvenir de Wissam : « Guéant, reconnais que
la police a tué.
 »

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