Accueil | Par Emmanuel Riondé | 8 mars 2013

40 acres et une mule

Louis-Georges Tin

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Esclavage et colonisation, abolition et décolonisation. Ce bref ouvrage présenté par le président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), Louis-Georges Tin, aborde ces questions par un biais rarement exploré, en tout cas en France, celui des réparations. Que réparer et pourquoi réparer ? « Les réparations liées à l’esclavage ou à la colonisation ne sont pas seulement un moyen de rendre justice aux victimes en raison de méfaits passés ; elles sont aussi un moyen de remettre en cause les déséquilibres économiques d’aujourd’hui entre les anciennes colonies et les anciennes puissances coloniales car, à l’évidence, la richesse des uns s’est constituée en bonne partie grâce à l’exploitation des autres », résume Louis-Georges Tin dans son texte d’introduction, intéressant au point que l’on aurait aimé qu’il soit plus long et fouillé.

Il y a eu des réparations dans l’histoire : par exemple en 1825 à Haïti, les anciens colons français ont été indemnisés par les anciens esclaves ! 150 millions de franc-or extorqués sous la contrainte pour réparer le préjudice causé aux ex-colons par l’abolition de l’esclavage... Cas extrême et unique dans l’histoire, il est vrai, mais qui dit bien combien « l’attribution des réparations n’est pas seulement une mesure de justice [mais] aussi un rapport de force ».

La deuxième partie de l’ouvrage propose une quarantaine de textes importants sinon essentiels sur cette question des réparations, en France, en Haïti, aux Etats-Unis et au niveau international. On y retrouve les incontournables Fanon, Césaire, Luther King, Malcom X ou Victor Schoelcher mais aussi Marcus Garvey et Jean-Bertrand Aristide. Et, plus inattendu mais tout aussi pertinent, des contributions de dirigeants africains, parlementaires américains, diplomates français. Et la loi Taubira du 10 mai 2001 dont l’article favorable aux réparations fut finalement écarté.

En 1865, aux Etats-Unis où se déroulait la guerre civile, le général Sherman promulgua une ordonnance promettant 40 acres de terre arable et une mule aux nouveaux affranchis. Quelques mois après, c’était aboli par le Président Johnson. Cent cinquante ans plus tard, ce petit ouvrage - dont l’un des mérites est aussi de bien distinguer les réparations des "repentances" -, vient nous rappeler que le débat reste ouvert.

De l’esclavage aux réparations, les textes clés d’hier et d’aujourd’hui ,

textes réunis et présentés par Louis-Georges Tin.

Ed. Les petits matins, 190 p. 5 €.

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