Accueil | Sélection par Gildas Le Dem | 24 mai 2015

Qu’est-ce que la politique ?

Les éditions du Seuil ont eu l’heureuse idée de publier une édition revue et augmentée de Qu’est-ce que la politique ? de Hannah Arendt.

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De fait, si l’opuscule de Arendt s’interroge sur la politique, c’est pour mieux répondre à la question : pourquoi nous défions-nous de la politique ? Qu’est devenue la politique, pour qu’elle soit à ce point considérée comme un objet d’opprobre, ou même perçue comme une menace pour la vie et l’existence des hommes ? Bien sûr, Hannah Arendt prend pour point de départ l’expérience de son temps : l’expérience des régimes totalitaires (qui ruine les espérances placées dans une idéologie politique), la menace de l’anéantissement atomique (l’antagonisme des grandes puissances qui menace jusqu’à l’existence de la planète, comme, aujourd’hui, les désastres écologiques).

Mais plus profondément – Arendt remonte jusqu’à l’expérience de la démocratie en Grèce ancienne –, la philosophe dresse un diagnostic sévère : la politique n’est plus rien, dès lors que la parole politique n’engage plus à rien, et ne suscite plus de promesse de nouveauté. Car la politique, pour Arendt qui refuse de séparer pensée et action, est d’abord affaire de langage. Est politique toute parole qui nous engage à faire quelque chose de ce monde, et quelque chose de nouveau. Bien sûr, Arendt rappelle que la politique est toujours promesse de justice, et même d’égalité sociale. Mais précisément, cette promesse n’est rien, si elle n’engage pas à agir, et susciter de nouvelles expériences.

De l’enthousiasme

Car la liberté politique, selon Arendt, n’est pas la liberté de choisir entre les termes d’une alternative donnée, mais la liberté de faire advenir quelque chose de nouveau en ce monde. Elle est pouvoir de commencer, le « droit de commencer quelque chose de nouveau », qui revient en partage à chaque génération. Est donc véritablement politique la parole qui inspire confiance, nous fait faire quelque chose ; et qui suscite l’inventivité, nous fait faire quelque d’inédit.

On comprend mieux, dès lors, pourquoi Arendt célèbre l’ « enthousiasme », dont Kant avait déjà fait l’affect révolutionnaire par excellence : c’est qu’en lui se conjoignent confiance et création, promesse et inventivité. Et c’est bien d’abord d’enthousiasme, de parole politique enthousiaste, susceptible de créer de l’enthousiasme (une foi dans ce monde, aurait dit Gilles Deleuze) dont, sans doute, nous manquons cruellement aujourd’hui.

Qu’est-ce que la politique ? , de Hannah Arendt, Le Seuil, 22 euros.

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