Accueil | Sélection par Caroline Châtelet | 26 octobre 2016

Moi, Daniel Blake

Avec Moi, Daniel Blake, drame social d’une criante réalité, Ken Loach a récolté une deuxième Palme d’or contestée. Au-delà de la polémique, il faut se demander pourquoi le réalisateur a choisi de forcer le trait.

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Lors de sa présentation au dernier Festival de Cannes, et surtout lors de l’annonce de son couronnement par la prestigieuse Palme d’or, Moi, Daniel Blake a soulevé des critiques. « Manichéisme », « misérabilisme », « acte d’accusation dénué d’ambitions artistiques ». Voilà, ça et là, certains commentaires lus ou entendus, reprochant une palme plus militante que cinématographique.

Alors, certes, le nouveau film de l’octogénaire Ken Loach, n’est certainement pas son plus subtil. Mais à travers le parcours de Daniel Blake, menuisier de cinquante-neuf ans en arrêt maladie, à travers la rencontre de l’homme avec Katie, jeune mère célibataire et ses deux jeunes enfants, c’est un portrait de la Grande-Bretagne actuelle que brosse Ken Loach. La lutte de Daniel Blake pour obtenir ses indemnités chômage et faire reconnaître sa situation d’invalidité, la difficulté de Katie à trouver un emploi stable pour nourrir ses enfants sont des difficultés réelles.

Quand au système bureaucratique et aux procédés kafkaïens mis en place par l’administration publique et décrits minutieusement, ils n’ont rien d’exagéré. Le film ne fait ici que rendre compte avec justesse des objectifs concrets et inavoués de ces fonctionnements : exclure des allocations les bénéficiaires, quand il ne s’agit pas aussi de les décourager de les solliciter.

Plutôt, alors, que de souligner le misérabilisme de Moi, Daniel Blake, on préfèrera retourner la critique en question : pourquoi Ken Loach conçoit-il aujourd’hui un film moins subtil que nombre de ses précédents ? Pourquoi ce réalisateur britannique connu pour son engagement politique, sa critique du néolibéralisme et dont le réalisme critique a souvent été salué frôle-t-il le manichéisme ?

Plutôt qu’un "abandon" par Loach des ambitions cinématographiques, le naturalisme de Moi, Daniel Blake se révèle une réponse à la dégradation des conditions de vie des plus précaires, soumis à une vulnérabilité grandissante. Face au durcissement des contextes sociaux et politiques, le réalisateur, à son tour, durcit le trait. Quant à la décision du jury du festival de primer ce film, elle souligne, elle, peut-être autant l’attention de ces membres à ce contexte, que la nécessité du cinéma de s’en faire l’écho.

Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, avec Dave Johns et Hayley Squires. 99 minutes, sortie le 26 octobre 2016.

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