photo Nadia Lauro
Accueil | Sélection par Caroline Châtelet | 26 mars 2016

Pourvu qu’on ait l’ivresse

Le Théâtre Nanterre-Amandiers accueille Pourvu qu’on ait l’ivresse, nouvelle création de l’Oiseau-mouche, compagnie hors-normes.

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Il y a des compagnies dont le projet et les enjeux artistiques se révèlent si puissants qu’ils dépassent parfois le propos de certains spectacles. C’est le cas de L’Oiseau-mouche, compagnie théâtrale dont la particularité est d’être constituée de comédiens en situation de handicap. Née en 1978 à Roubaix, l’Oiseau-mouche devient en 1981 compagnie professionnelle, et obtient parallèlement son agrément de Centre d’aide par le travail (CAT) artistique – une première alors en France.

Depuis ses débuts, le projet de l’Oiseau-mouche n’a guère été modifié dans ses fondements, se structurant plutôt patiemment au fil des ans. Ainsi perdure ce fonctionnement atypique dans le champ théâtral français : au sein de la troupe, seuls les comédiens sont permanents. À rebours de la majorité des compagnies théâtrales, où un metteur en scène (ou chorégraphe) / directeur réunit selon les créations des collaborateurs et comédiens différents, à l’Oiseau-mouche, ce sont les metteurs en scène et chorégraphes qui se succèdent au gré des spectacles.

Cela amène naturellement une diversité esthétique, formelle et de propos, qui enrichit le travail des comédiens comme de ses intervenants ponctuels. Et si à ses débuts la compagnie était relativement frileuse par rapport aux textes, elle compte désormais nombre de classiques dans ses répertoires.

Le luxe du temps

La permanence artistique permet aussi un travail de fond, patient et rigoureux. À l’heure des baisses de financement amenant de fait une contraction des périodes de répétition, l’Oiseau-mouche défend la possibilité de donner aux artistes invités comme aux comédiens de la troupe du temps. Celui de se rencontrer, d’échanger et de concevoir des formes artistiques abouties. Un luxe nécessaire, dont les bienfaits visibles au plateau participent du succès de la compagnie, et des qualités de jeu parfois totalement inouïes de ses interprètes.

En ce premier semestre 2016, trois créations de la compagnie sont en tournée. Outre C.O.R.P.U.S., bestiaire imaginaire et dansé conçu par la danseuse et chorégraphe Sarah Nouveau, et le conte Un Stoïque soldat de plomb d’après Andersen mis en scène par Florence Lavaud, l’Oiseau-mouche joue actuellement Pourvu qu’on ait l’ivresse.

Conçu par la chorégraphe Latifa Laâbissi et la plasticienne et scénographe Nadia Lauro, Pourvu qu’on ait l’ivresse réunit cinq comédiens de la compagnie rejoints par deux danseuses pour un opus en trois parties. Au sein de chacune d’elles, les interprètes réalisent des actions, entre jeux d’enfants et gestes dérisoires, ponctués de sons et de paroles. Refusant la littéralité au risque d’une certaine légèreté et composant des images insaisissables, Pourvu qu’on ait l’ivresse n’est pas la plus puissante création de l’Oiseau-mouche. Pour autant, elle offre un espace de jeu à des comédiens tout-terrains, qui loin du handicap auquel la société tend souvent à les assigner, n’hésitent pas à arpenter les multiples territoires du théâtre et de la danse.

Pourvu qu’on ait l’ivresse
Compagnie de l’Oiseau-mouche, conception Latifa Laâbissi et Nadia Lauro, au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, du jeudi 24 au dimanche 27 avril.

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