photo Simon Gosselin
Accueil > Culture | Sélection par Caroline Châtelet | 14 février 2015

Retour à Reims

Adaptation théâtrale de l’essai de l’enseignant et sociologue Didier Eribon, Retour à Reims interroge les mécanismes de domination sociale et le déni qui bien souvent les entoure.

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Au début, il y a un livre. Un essai, qui balance entre autobiographie et théorie critique. Signé en 2009 par Didier Eribon, Retour à Reims désigne celui du sociologue et universitaire dans la maison familiale et les retrouvailles avec sa mère. Effectuées alors que son père, atteint d’Alzheimer vit en institution spécialisée, prolongées après la mort de ce dernier, elles vont amener le fils à se pencher à travers son histoire et ses origines ouvrières sur différents mécanismes de domination.

C’est ce parcours en plusieurs étapes que Laurent Hatat transpose au théâtre avec les deux comédiens Antoine Mathieu et Sylvie Debrun. Sur un plateau occupé seulement de chaises, d’une table et de deux caisses d’où sortiront les couverts pour le repas échangé ou les photos de famille autour desquelles se noueront les conversations, la mère et le fils échangent. Dans un jeu tout en retenue et se défiant du naturalisme, les discussions se succèdent, des récits de la mère sur son enfance à ses confidences quant à l’absence d’amour pour son époux, en passant par son incompréhension du rejet de son fils.

Un dialogue intime, subtilement interprété, où les réponses de Didier Eribon sont l’occasion d’un rigoureux travail d’introspection, mettant patiemment à jour son évolution sociale et les diverses hontes qui y sont liées. Didier Eribon en vient ainsi à s’interroger « Pourquoi, moi qui ai tant écrit sur le mécanisme de la domination, n’ai-je jamais écrit sur la domination sociale ? » Cette question pivot du choix de s’intéresser à l’oppression sexuelle plutôt qu’aux luttes de classe structure tout le spectacle. C’est par elle que le fils homosexuel analyse précisément la honte sociale qui l’a miné, ainsi que le chemin parcouru par sa famille du vote communiste vers le Front national.

Mis en scène dans une forme épurée toute au service de l’examen attentif auquel se livre le narrateur, Retour à Reims nomme de façon implacable certaines raisons de ce basculement – et avec elles, des champs de luttes possibles : disparition de la classe ouvrière du radar social et donc du sentiment d’appartenance à un groupe constitué, extinction de la nécessité de l’action collective.

Retour à Reims

Maison des Métallos, 94, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris.
Jusqu’au 22 février, du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 19h, le dimanche à 16h
Tarifs : de 5 à 14 euros
Réservations : 01 48 05 88 27

Autour du spectacle un débat a lieu ce dimanche : "Réinventer la politique", avec Didier Eribon, Sergio Coronado, député EELV, Ludivine Bantigny, historienne, et Clémentine Autain, directrice de Regards et membre de Ensemble-Front de gauche. Débat animé par Laurent Hatat.
Dimanche 15 février à 17h30 - entrée libre, réservation conseillée.

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  • Un souffle vivant.

    Dans la solennité
    d’une pensée
    fugitive la fête
    du soleil retrouve
    la jeunesse et
    le chant d’un
    oiseau qui cherche
    l’harmonie.

    Francesco Sinibaldi

    Francesco Sinibaldi Le 16 mars 2015 à 17:36
       
    • En tournée quelque part ??? Paris est trop cher pour aller au théâtre en plus !!! Mais je voudrais vraiment voir un tel spectacle...qui parle enfin de ce qui dysfonctionne aujourd’hui ....

      bridget Le 7 juin 2015 à 20:46
    •  
    • bonjour
      oui ! le spectacles en tournée partout en France. Les dates sont disponibles ici : http://www.animamotrix.fr/AnimaMotrix/RETOUR_A_REIMS.html

      caroline Le 17 septembre 2015 à 20:48
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