Accueil | Par Jérôme Latta | 19 août 2014

BD : Les Meilleurs ennemis, l’art et la matière

Avec le deuxième tome de leur "histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient", le dessinateur David B. et l’historien Jean-Pierre Filiu poursuivent une expérience qui concilie brillamment expression graphique et récit historique.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Pour comprendre l’ensemble des conflits au Moyen-Orient, et pas seulement la situation israélo-palestinienne, quelques décennies de recul ne suffisent pas tant ils prennent racine dans une histoire aussi complexe qu’ancienne. En prenant le parti de reconstituer celle des relations entre les États-Unis et cette région du monde agitée de crises multiples, la trilogie Les Meilleurs ennemis déroule, depuis les origines, un fil qui mène au présent et l’explique avec une pertinence particulière.

La première partie parue en 2011 portait sur la période 1783-1953 et relatait des épisodes méconnus comme la guerre navale contre les pirates barbaresques ou le blocus de Tripoli en 1804, avant de rappeler comment les États-Unis furent considérés comme des alliés lorsqu’ils opposaient à l’expansionnisme colonial des Européens. Ce premier tome remontait aussi à l’origine de leurs rapports particuliers avec le royaume saoudien et la manne pétrolière. Le deuxième, sortie au printemps dernier, entre pleinement dans la période contemporaine (1953-1984) pour aborder des épisodes aussi majeurs que la Guerre des six jours et celle de kippour, la révolution iranienne, l’invasion de l’Afghanistan ou les conflits au Liban.

La singularité de cette entreprise tient à la collaboration entre Jean-Pierre Filiu, historien professeur à Sciences po, auteur de Histoire de Gaza (2012) et Le printemps des Arabes (2013), et le dessinateur David B., cofondateur des éditions L’Association qui a notamment signé Le Cheval blême et L’Ascension du haut mal. Le premier assure une vision à la fois large et concise de la succession des événements sur des scènes aussi nombreuses que les pays concernés, le second propose la mise en image de ces événements en même temps que de leurs implications.

La réussite de l’ouvrage tient justement à cette confrontation entre un récit factuel, documenté, et le noir et blanc expressionniste de David B. qui parvient à restituer la force symbolique des faits. Chaque case ou presque accomplit une prouesse graphique pour lier l’idée et la forme. À ce plaisir visuel Les Meilleurs ennemis ajoute ainsi, pour le lecteur, le sentiment d’apprendre ou de réapprendre une histoire dont il est inutile de souligner l’actualité qu’elle alimente encore, à l’heure où les États-Unis maintiennent leur soutien à la guerre israélienne contre Gaza et bombardent de nouveau le territoire irakien.

Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient de David B. et Jean-Pierre Filiu, tomes 1 et 2. Éditions Futuropolis 2011 et 2014, 18 euros.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions