Accueil | Par Aline Pénitot | 15 septembre 2014

Le théâtre, une arme capitale

Sylvain Creuzevault porte à la scène le Capital de Karl Marx. Pour réussir brillamment ce tour de force, il fallait l’audace d’un metteur en scène trentenaire et d’une troupe de théâtre heureuse de se coltiner cette ambition démesurée.

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Au beau milieu d’une rentrée politique pétrifiante, le théâtre de Sylvain Creuzevault réveille ce qui nous meut. Ou ce qui nous mouvait. À nous de voir. À la manière de ce qui pourrait être une "réu" avinée du Front de gauche, il met en scène le Capital de Karl Marx. Rien d’autre qu’une « comédie pure et dure » selon Creuzevault, rien d’autre qu’une écriture théâtrale ultramoderne où les concepts politiques deviennent des tirades burlesques.

Profondément habités par un esprit de révolte, les comédiens de la troupe D’ores et déjà, nous plongent dans la révolution de 1848. Tout le monde est là : Blanqui, Engles, Raspail, Louis Blanc, Barbès, Albert l’ouvrier, Ledru-Rolin et même Rosa Luxemburg, Foucault, Freud, et bien sûr Marx. Ils dissèquent le Capital, ils se prennent à partis, ils se déstabilisent, ils se fâchent, ils se roulent des pelles, ils se violentent. Leur amitié grandit à mesure qu’ils apprennent à se connaître ; ils consolident un corps social réveillé, alerte, prompt à la révolution. Et ils avancent si vite qu’ils nous perdent parfois dans un épais brouillard conceptuel pour mieux nous retrouver par la suite. Là est toute la magie du théâtre : nous faire rire, nous éveiller, mais aussi nous préparer à l’expérience intime et trouble que serait réellement une entrée en révolution.

« Au commencement était l’action »

Et nous, de jalouser l’enthousiasme des personnages, de désirer descendre sur scène pour partager un plat de lentilles et d’entrer dans les débats sur le déroulement des luttes à mener. Comment impliquer les paysans ? Quel pourrait être le meilleur parcours de la manif pour arriver en force à l’Assemblée nationale ? Faut-il utiliser la violence ? Pourra-t-on compter sur la complicité d’une poignée de députés socialistes ? Comment mener à son terme l’élaboration d’une nouvelle constitution ? Par quoi commencer ? Justement, « Au commencement était l’action. » conclut Sylvain Creuzevault.

Alors rien d’autre qu’une « comédie pure et dure » ? Sans doute. Sur la période, il n’est pas inutile de desserrer les dents et de rire un bon coup, au moins le temps d’une pièce de théâtre. Mais impossible de ressortir de cette performance, sans avoir envie de « mettre de l’huile là où est le feu », de raviver la section de son quartier, d’appeler à la grève générale reconductible, de prendre les armes ou… d’aller coller des affiches sur les murs pour appeler le peuple à la création d’une assemblée constituante. Les résonances avec les derniers soubresauts de notre république grabataire sont criantes. Une pièce tonifiante.

Le Capital et son singe , à partir du Capital de Karl Marx, mise en scène Sylvain Creuzevault, au Théâtre de la Colline jusqu’au 12 octobre et dans de nombreuses villes en France cet automne.

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