Ils sont quatre, anciens des Brigades rouges, encore en liberté conditionnelle ou ayant achevé des peines de 15 à 32 ans. Dans l’Italie des années de plomb, ils étaient aux premières loges, tous membres du commando qui a enlevé, séquestré et tué le chef des Chrétiens-démocrates, Aldo Moro, à l’issue de 55 jours de détention. Plus de trente ans après, devant la caméra de Mosco Lévi Boucault, ils témoignent. Ce documentaire, diffusé en DVD et sur Arte fin septembre, raconte la genèse, l’effervescence de la fin des années 1960, le besoin de renouveau face à « une politique étriquée en costume croisé ». Il y a bien sûr le mouvement étudiant, mais aussi les mouvements sociaux dans les quartiers… Un processus de rupture est en route, mais quel chemin employer ? Le fossé se creuse alors, entre un Parti communiste installé dans l’adaptation et la médiation et des groupes en cours de constitution, qui pensent inévitable le conflit et l’affrontement. A l’automne 1970, les Brigades rouges sont nées et se veulent « l’étincelle qui embrase les prairies » : les usines Pirelli, Siemens, Breda et bientôt, souhaitent-ils, toute l’Italie… Les quelques deux heures d’interviews abondamment illustrées d’images d’archive, au-delà des qualités historiques et pédagogiques, ont une puissante capacité réconciliatrice, alors que les questions d’extradition vers l’Italie des anciens de la lutte armée sont encore brûlantes. Les quatre hommes ne justifient pas, ils éclairent, conscients d’avoir « noyé dans le sang » le besoin de changement d’une génération. En bonus, des interviews inédites de Daniel Cohn-Bendit, Serge July, Alain Krivine…



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