Accueil | Chronique par Clémentine Autain | 12 avril 2020

Des masques, pas des bâillons

En cette fin de quatrième semaine de confinement, ressentir le tragique sans percevoir d’issue produit un effet terriblement asphyxiant. Compter les morts n’est pas une perspective.

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Rester confinés depuis des semaines sans le moindre scénario de sortie de cet état de privation de liberté et de peur des autres, c’est insupportable.

 

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Pour le monde post-Covid-19, la Macronie distille ses idées (et ça n’est pas le grand soir !)

 

Emmanuel Macron doit s’adresser aux Français lundi soir. Sa parole, comme celle du gouvernement, s’est déjà fracassée sur le mur du réel. Les masques promis ne sont pas là. Pour comprendre un tel fiasco, il faut lire les deux enquêtes de Mediapart sur la succession de négligences et l’impréparation criminelle du gouvernement. Elles sont accablantes.

Les messages contradictoires et le défaut de projection ont créé une situation d’immense défiance à l’égard du pouvoir en place. Seuls 38% des Français font confiance au gouvernement. C’est un lourd handicap pour faire face à la pandémie.

Je le répète et le répète encore, ce qu’il nous faut, c’est un plan précis, organisé, anticipé dans le temps, de production du matériel nécessaire pour soigner, prévenir et envisager une sortie du confinement. Sans masques, sans tests, en quantité massive, comment s’en sortir ?

Ce n’est pas avec un discours martial, guerrier, viril que nous avancerons. Nous avons besoin de nous défendre contre un virus agressif, de protéger les populations les plus vulnérables, de prendre soin de nous.

Nous avons aussi besoin de changer d’imaginaire, de normes, d’horizon.

Ayons conscience que si les femmes sont largement absentes du monde des experts, des dirigeants, des décideurs, elles sont les premières à faire tenir la société dans ce moment de chaos. Aides-soignantes ou caissières, au charbon dans les Ehpad ou les services publics, les femmes occupent massivement les postes clés pour soigner, panser, parer à l’indispensable. Mais leur voix reste globalement introuvable dès que l’on grimpe dans l’échelle du visible et du décisionnel. C’est fou ! Ou plus exactement, c’est le produit de la domination masculine. J’aimerais que nous prenions conscience que les femmes ont une histoire et une expertise liée à leur quotidien très précieux pour façonner une société de progrès humain. Leur rapport au pouvoir et aux soins est culturellement différent, et nous en aurions franchement besoin pour sortir de normes traditionnelles masculines qui nous conduisent à bien des égards dans l’impasse aujourd’hui.

Il faut bien avoir en tête les conséquences sociales et psychologiques du confinement. À la clé, c’est la récession, la paupérisation, la violence qui s’annoncent. Je le répète et le répète encore, il faut penser les bifurcations, le changement de modèle de développement pour que l’après soit mieux que l’avant, et non une dose toujours plus vertigineuse de potions néolibérales et productivistes. Et ce d’autant que, les catastrophes climatiques de demain, avec leur lot d’injustices, ne pourront être ignorées comme on l’a fait avec le coronavirus.

Pendant tout ce temps qui défile, je suis frappée par le confinement du débat démocratique. Comme si face au tragique, il ne fallait pas discuter, se disputer, permettre la confrontation des issues possibles. On ne compte plus les grandes émissions et les journaux télévisés où seuls les ministres donnent la réplique. Les éditorialistes les moins mainstream semblent avoir disparu. Bien sûr, nous ne sommes pas en Chine, les réseaux sociaux ou les médias en ligne abondent d’informations et de points de vue divers. Mais les voix d’opposition sont marginalisées sur les grandes chaines.

Nous voulons des masques, pas des bâillons.

 

Clémentine Autain

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Vos réactions

  • Non seulement la dictature politico-médicale NE VEUT PAS fournir de masque à la population, mais de plus cette dictature NE VEUT RIEN FAIRE pour inciter les individus à se fabriquer un masque avec un morceau de tissu, alors que pourtant il n’y a rien de plus facile.!....

    C’est comme les histoires belges, c’est facile à comprendre :
    si chaque individu dispose d’une protection individuelle, le confinement devient caduc et n’a plus de raison d’être.!...

    HORS CETTE EPIDEMIE EST LE PRETEXTE À CETTE DICTATURE, ET LE CONFINEMENT EN EST LE SOCLE….

    Par ailleurs, selon certaines publications, les chiffres des victimes serait largement et délibérément gonflés, dans les pays d’Europe, et en particuliers en Italie….
    Selon ces publications, les autorités mettraient en fait dans le bilan des décès par coronavirus, tous les morts en tous genres qu’elles peuvent trouver (je résume).!....

    Il s’agit bien sur de terroriser les populations, afin qu’elles n’osent pas mettre en cause le bien fondé des dictatures.!...

    Aucun député NE VEUT piper mot sur ces sujets ci-dessus, même ceux qui disent ne pas avoir voté cet "état d’urgence"....
    Eloquent…….

    xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

    Bernard Décombe Le 13 avril à 00:30
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  • merci pour vos analyses , vos mots sont forts,

    cependant je voudrais faire part de ma réaction après avoir cliqué sur le lien des enquêtes de Mediapart : cet article est "réservé aux abonnés" ; comme presque la totalité de ce que publie Mediapart ;

    donc, puisque vous regrettez sans doute à juste titre la médiocre qualité des infos et la totale inanité du débat sur les grands chaînes d’info, pourriez-vous tenter d’obtenir que vos citations donnent accès de façon libre à ces infos de qualité, tellement utiles, que publient des sites "libres", qui ne peuvent vivre que par "la contribution de tous"...etc... Mediapart, mais bien d’autres et il est finalement assez cher de contribuer ainsi, à Le Media, QG, Regards, ASI, Investig’action, ...En ces temps de disette de l’info et de la lumière, vos sites n’auraient-ils pas intérêt à ouvrir leur accès à tous ? Trouver des formules permettant de mutualiser ces accès, s’ils doivent être rétribués ?

    sylvie arondel Le 20 avril à 10:50
       
    • Médiapart, n’est qu’un valet de l’appareil d’Etat comme tous les médias virtuels ou papiers …

      Et lui aussi étouffe allègrement toutes les affaires qui "dérangent" l’appareil d’Etat …

      Comme cette affaire par exemple :
      " Conspiration d’assassinat et d’empilement de crimes de forfaitures par les rouages de l’Etat "
      http://www.assassinat-karine-decombe-annonay.legal

      Bernard Décombe Le 27 avril à 01:25
  •  
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