Accueil | Chronique par Clémentine Autain | 23 mars 2020

Et si on avait une stratégie industrielle ?

Pour faire face au coronavirus et répondre, dans la durée, aux besoins essentiels. Les manquements frappent aujourd’hui là où nous avons alerté maintes fois. Clémentine Autain chronique la crise du Covid-19.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Comment est-il possible, à l’heure de la crise sanitaire, que nous n’ayons pas les moyens, dans la VIe puissance économique mondiale, de produire autant de masques, de gants ou de gel hydroalcoolique que de besoins ? Pourquoi en décembre 2018 avons-nous laissé l’entreprise Luxfer être délocalisée, cette usine qui produisait des bouteilles à oxygène dans le Puy-de-Dôme qui font maintenant cruellement défaut dans les hôpitaux ? Comment se fait-il que 100% du paracétamol disponible en France soit importé d’Asie, nous mettant face à une potentielle pénurie alors que nous luttons contre le Covid19 ? Quelle improbable stratégie de court terme a pu conduire l’État, il y a dix ans, à détruire les stocks de masques chirurgicaux et FFP2 ? Nous réalisons à quel point les choix d’hier nous mettent dans le mur en pleine crise sanitaire. Ce ne sont pas des questions de spécialistes mais bel et bien des enjeux majeurs de souveraineté et d’anticipation, qui nous concerne toutes et tous.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
Crise sanitaire : « On a un petit aperçu de la médiocrité de l’État à faire face »

 

À plusieurs reprises depuis le début du quinquennat, insoumis ou communistes, nous avons interrogé le gouvernement sur sa stratégie industrielle, en regrettant que, comme leurs prédécesseurs, les macronistes dilapident des entreprises détenues par l’État, soient incapables d’empêcher des délocalisations ou dérégulent l’économie réelle avec de nouvelles batteries de traités commerciaux internationaux. Le défaut de perspective industrielle digne de ce nom est notamment criminel du point de vue de la lutte contre le réchauffement climatique. Comment assurer la transition écologique indispensable si la puissance publique se dépossède de ses leviers industriels, ne sait pas intervenir intelligemment sur ce que l’on produit et comment on le produit ?

Parfois, j’ai eu l’impression de prêcher dans le désert. J’ai regretté, par exemple, que nous n’ayons pas réussi à enclencher une campagne de masse contre le CETA. Ce traité de libre-échange, sur lequel je m’étais engagé pour mon groupe à l’Assemblée nationale, inaugurait l’ère de textes bilatéraux signés à tout va, qui lamine notre souveraineté et, à la faveur de barrières douanières modifiées, organise une jungle de concurrence libre et non faussée. Autant de chèques en blanc signés aux multinationales. Sans grand débat public, ces textes comportant des milliers de pages touchent à notre vie quotidienne, de la santé aux services publics, en passant par la culture. Effrayant.

Le moment est venu de changer de stratégie. Le laisser-faire est une catastrophe. L’intérêt des grands groupes qui cherchent à dégager du profit n’est pas le bon guide pour satisfaire les besoins. En urgence, la France aurait déjà dû réquisitionner des usines pour produire ce dont les hôpitaux ont besoin pour soigner et abaisser rapidement le taux de mortalité. A moyen terme, il faut organiser la relocalisation de l’économie, en commençant par cesser de recourir à la production à l’autre bout du monde de produits que l‘on peut produire en France. Le temps est venu d’ouvrir le débat public sur nos besoins et de chercher à prévoir dans le temps le développement des moyens industriels pour y répondre. C’est un enjeu de santé publique, de responsabilité écologique, de souveraineté et donc de démocratie, de soutien à l’emploi dans notre pays. Nous ne pouvons pas laisser nos vies dans les mains des marchés financiers. Si nous continuons à mettre à mal tous nos moyens d’intervenir dans les choix de production, où allons-nous ? Nous irons de désastre en désastre. La crise du coronavirus pourrait être l’occasion de prendre la mesure des choix à opérer et d’engager une grande bifurcation de modèle économique et industriel.

Au moment où je termine ces lignes, je vois qu’Airbus a décidé de rouvrir partiellement ses usines…. L’urgence ? L’Airbus A320. L’entreprise aurait reçu 20.000 masques. Notre société ne tourne vraiment pas rond…

 

Clémentine Autain

Les précédentes chroniques

>> C’est aujourd’hui dimanche (chronique du 22 mars 2020)

>> « Plus rien ne sera comme avant » ? (chronique du 21 mars 2020)

>> Le Covid met à nu le capitalisme (chronique du 20 mars 2020)

>> De l’inégalité devant le confinement (chronique du 19 mars 2020)

>> Les cadres en télétravail, les prolos au charbon ? (chronique du 18 mars 2020)

>> L’intérêt humain, résolument (chronique du 17 mars 2020)

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Pas une voix ne s’élève .

    Je tends l’oreille , je n’entends pas les autorités religieuses , politiques , médiatiques , philosophiques de ce pays . Tous comme encalminés dans la peur . Depuis des jours , en un réflexe judéo-chrétien , on stigmatise le pêcheur , on le montre du doigt , on l’accuse d’être le principal vecteur du poison. Petit citoyen français , tout cela est de ta faute , ta plus grande faute . On inocule à petites doses la culpabilisation afin de bien confiner en résidence surveillée . On stigmatise des populations ( les obèses , les diabétiques , les vieux etc... ) comme aux heures les plus sombres de notre histoire . Hier soir encore , au journal télévisé , la voix de ses maîtres , un spécialiste en réanimation nous expliquait que le tri était une pratique courante dans cette discipline mais attention tout ceci se faisait après décision d’un comité médical . il n’y a pas plus grand totalitarisme que celui d’une corporation ! D’humanité dans le geste solidaire d’un homme seul envers un autre homme seul . Que faire du psychotique adulte trentenaire , diabétique de plus , qui ne rapporte rien à cette société d’économie libérale financière ? Et de ce trader quarantenaire , en pleine forme avant d’être covidisé ? Qui faire passer avant ? Ce diabétique aurait dû faire attention à ce qu’il avait mangé et bu , pensée réflexive pouvant s’insinuer dans l’esprit fatigué d’un médecin épuisé . Mais si c’était un diabète provoqué par son traitement à la cortisone prescrit par un médecin depuis de longes années ? Cet obèse aurait du se bouger ? Mais s’ il s’était agi d’une obésité avec déterminisme génétique ? Les médecins sont certainement très doués , mais ils ne sont pas devins et affirmer tranquillement qu’ils peuvent à l’avance prévoir qui pourra bénéficier de façon efficiente d’une réanimation , me laisse perplexe et fait froid dans le dos . Une espèce d’utilitarisme appliqué à la santé où on ne va plus maximiser le bien être mais la survie seulement .

    Le problème , ce n’est pas les personnes concernées mais bien le manque de lits ,de moyens , cette économie libérale financière qui nous pousse à pratiquer une médecine eugéniste , un darwinisme sanitaire où seul le plus apte à pouvoir bénéficier d’une réanimation s’en sortira . Puisque mal nommer les choses , c’est rajouter au malheur du monde , nommons les coupables de suffisance , de non remise en question , de non prévention et de principe de précaution , et leurs petits soldat . Ils sont déjà dans nos têtes de citoyens habitués à libre penser ( il nous reste encore cela ) , réfractaires aux bêlements et applaudissements télévisés . Les coupables , sont bien ceux qui ont choisi sciemment ce capitalisme d’économie financière qui fait passer le rendement , les actions et le profit avant la santé des hommes .

    Qu’ils échappent une nouvelle fois à la justice des hommes serait un nouveau crime .

    saxifrage Le 25 mars à 10:05
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.