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Accueil | Par Pierre Jacquemain | 3 septembre 2021

2022 : Montebourg candidat pour qui, pour quoi ?

Ce samedi 4 septembre, Arnaud Montebourg doit officialiser sa candidature à l’élection présidentielle. C’est sur ses terres natales, à Clamecy dans la Nièvre, qu’il doit prononcer un long discours qui s’annonce particulièrement virulent à l’endroit d’Emmanuel Macron et qui, dans le même temps, devrait esquisser les grandes orientations de son projet politique.

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Il le dit à qui veut bien l’entendre, ça sera président de la République ou rien. Ancien député socialiste, président du conseil général de Saône-et-Loire, ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique sous François Hollande, il estime avoir franchi toutes les étapes pour ne pas avoir à lorgner sur un ministère, voire Matignon. « Il voit grand, il vise haut », dit-on dans son entourage. C’est l’Élysée ou rien. Il y va pour gagner. Et si d’ici novembre, les sondages le laissent planer autour des 5% ou 6%, il abandonnera les siens et retournera à ses abeilles. Il est ce soir, crédité de 2% dans un sondage d’IPSOS-Sopra Steria, publié pour France Info.

 

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Depuis qu’il a quitté la politique, Arnaud Montebourg s’est construit une image d’entrepreneur modèle vantant tout à la fois le « made in France » et l’agriculture biologique. Il a bousculé la gauche en reprenant à son compte la nécessité de retrouver les frontières nationales : « Je crois qu’un État ne peut pas faire l’économie de contrôler ses propres frontières, à la fois sur les entrées de biens et services ou pour toute personne qui cogne à sa porte. Pour moi, c’est la base de la reconstitution de notre indépendance : des frontières nationales », avait-il lancé sur Europe 1 en novembre dernier. Montebourg surprend aussi lorsqu’il voit dans la politique de Donald Trump, quelques vertus : « Certains éléments de sa politique devaient être considérés comme ceux que l’Europe aurait dû mettre en œuvre », a-t-il déclaré. Mais c’est surtout sur le thème de la démondialisation qu’il entend asseoir sa légitimité et en tirer les bénéfices politiques. Il estime avoir été précurseur sur ce terrain-là.

Leçons retenues de la crise sanitaire, c’est aussi plus récemment autour de la question de la souveraineté, savant mélange de souveraineté populaire et de souveraineté économique – « indépendance économique », préfère-t-il –, qu’on l’a beaucoup entendu, alors que nous nous apprêtions à déconfiner le pays. Un concept et une définition qui flirtent parfois avec la souveraineté nationale. Récemment, il s’est illustré dans la presse en plaidant pour une politique de « fermeté » s’agissant de nos politiques en matière d’accueil et d’immigration. Au final, on ne sait plus très bien où habite Arnaud Montebourg, qui pourrait dépasser les clivages politiques traditionnels en assumant l’idée d’un rassemblement des souverainistes des deux rives. Un rassemblement qui a d’ailleurs pris corps dans une tribune co-signée entre autres par Julien Aubert (député LR) ou Jean-Pierre Chevènement, pour défendre « le patrimoine nucléaire français ». Pas franchement dans l’air du temps. Peu importe, il cherche avant tout à se distinguer à gauche.

« Arnaud Montebourg souffre d’inconstance politique », assurait déjà le politologue Rémi Lefebvre en 2013 dans les colonnes de Regards. « Montebourg est une entreprise individuelle, poursuivait-il. Comme Manuel Valls, qu’il déteste, il se construit hors courants et parti, à coup de primaire et de coups médiatiques, comme lorsqu’il pose en marinière pour défendre les produits français. Il est fasciné par sa propre image ». Reste à savoir s’il sera en capacité de fasciner au-delà de ses propres épaules. Sans troupes ni structures organisés, Montebourg peut-il obtenir les fonds suffisants pour conduire une campagne présidentielle ? Peut-il obtenir les cinq cents parrainages nécessaires pour concourir à l’Élysée ? Est-il réellement en capacité de jouer les troubles fêtes de la présidentielle ? Sans doute espère-t-il préempter l’espace de ce que fut jadis la gauche souverainiste de Chevènement puis de Mélenchon – dont ce dernier s’est éloigné. Il pense ainsi pouvoir récupérer l’espace et les voix acquises par celui qui portait, en 2017, le programme de l’Avenir en commun, aux côtés de communistes. Un espace que veut aussi occuper l’ex-compagnon de route des insoumis, le souverainiste Djordje Kuzmanovic, qui a annoncé aujourd’hui sa candidature à l’élection présidentielle dans le non moins souverainiste hebdomadaire Marianne.

Philippot, Dupont-Aignan, Asselineau, Kuzmanovic : il y a embouteillage de candidatures chez les souverainistes. Il en va de même à gauche. À droite. Et même à l’extrême droite. Preuve, sans doute, que le scrutin de l’année prochaine reste bien incertain. Et que chacun veut croire en sa bonne étoile. À commencer par Montebourg qui déclare ce soir dans les colonnes du Figaro : « Je ne vais pas aller cueillir les champignons alors que Le Pen peut gagner et que je peux faire quelque chose ». Reste à savoir quoi et avec qui.

 

Pierre Jacquemain

N.B. : Dès dimanche soir, retrouvez le débrief de la rédaction sur les annonces d’Arnaud Montebourg sur la page Youtube de Regards. Catherine Tricot, Pierre Jacquemain et Pablo Pillaud-Vivien reviendront à cette occasion sur le premier débat de la primaire des écologistes qui aura lieu ce dimanche sur France Inter, dès 12h.

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Vos réactions

  • Poser la question c’est y répondre. Tous les candidats sont dans la logique du plébiscite. Ils concourent pour eux-mêmes.

    Glycère BENOIT Le 4 septembre à 09:09
  •  
  • Ce que je crois surtout c’est que Regards devra se mettre au service de la campagne JLM au lieu de se masturber l’intellect avec des gens sans importance ou marginaux. Je rappelle que 7 millions de voix ce n’est pas pareil ....

    Dominique FILIPPI Le 6 septembre à 12:17
  •  
  • Combien de divisions !!
    On s’en sort pas

    Dropsit Jean Pierre Le 6 septembre à 22:00
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