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Accueil | Par Loïc Le Clerc | 18 février 2021

2022 : Xavier Bertrand peut-il s’imposer à droite ?

Lui ne cache pas son plan pour l’avenir. Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, se verrait bien à l’Élysée. Et le plus tôt sera le mieux.

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Le 28 janvier, invité de l’émission C à vous, Xavier Bertrand lance au milieu d’une discussion sur la gestion du Covid-19 (qui dévie sur ses ambitions présidentielles) : « Le problème, ce n’est pas Macron-Bertrand, ça, on y reviendra plus tard. Je vous donne rendez-vous. Mais en attendant, quand il y a des moments aussi difficiles, on fait bloc. »

L’air de rien, sûr de lui.

À 55 ans, Xavier Bertrand possède déjà un CV politique complet : adhérant au RPR à 16 ans, conseiller général en 1998, député en 2002, ministre sous Chirac et Sarkozy (notamment à la Santé et au Travail), secrétaire général de l’UMP en 2008, maire de Saint-Quentin en 2010 et puis, donc, président des Hauts-de-France depuis 2016. « Depuis qu’il est tout petit, c’est un ambitieux de haut vol, analyse Gilles Richard, professeur émérite des universités en histoire contemporaine à Rennes 2, président de la Société française d’histoire politique et auteur de Histoire des droites en France : de 1815 à nos jours. Il a un parcours assez impressionnant, on a l’impression qu’il coche les cases. Il ne lui manque que l’Élysée. »

 

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Xavier Bertrand a réussi à réincarner la droite classique, celle qui pense sincèrement que droite et extrême droite sont insolubles. Sa promesse est celle d’un retour à la normalité du monde d’avant, d’un chef de l’État qui soit tout autant le chef des armées que le fin connaisseur des terroirs. Sur le papier, Xavier Bertrand, c’est l’anti-Macron. Parti d’en bas, il a respecté les échelons et la hiérarchie. Il a courbé l’échine, accepté de prendre les coups de ses camarades, sans broncher ni répondre. Si l’on voulait se moquer, on le qualifierait de « plouc de la classe ». À droite, nombreux sont à le penser. Sauf que le plouc a pris du gallon. Il l’a montré lors des régionales de 2015. Xavier Bertrand avait impressionné toute la classe politique. Alors que les autres, les Wauquiez, les Retailleau, les Bellamy, sont d’une ambiguïté redoutable à l’égard de l’extrême droite, lui, face à Marine Le Pen, était absolument impeccable. Ça, personne ne peut le lui enlever. Il a battu l’extrême droite. Mieux ! Il a battu la cheffe : Marine. Lui tout seul... Avec le désistement de la gauche qui l’a bien aidé.

Le paradoxe Bertrand

Mais Xavier Bertrand n’est pas un naïf pour autant. Une campagne présidentielle, ça se prépare. Il joue sur deux échiquiers en même temps. D’un côté, sachant qu’il s’est imposé à la tête de la région comme étant sans compromission avec l’extrême droite, il se pose en homme capable de rassembler sa famille politique, qui peut prétendre écarter la concurrence et dérouler sur le thème « Je suis le meilleur face à Le Pen ».

Et, en même temps, Xavier Bertrand est en train d’opérer un durcissement du discours sur le régalien, sorte d’entreprise de récupération des thèmes du RN, l’immigration en tête de proue. « Bertrand est très autoritaire, du genre rentre-dedans », avance Gilles Richard. Et de préciser : « Dans sa région, il gouverne avec LREM, l’UDI, le MoDem et Frédéric Nihous de Chasse, pêche, nature et traditions. Maintenant, il a l’air de se rapprocher de Retailleau. Je ne comprends pas sa stratégie politique. »

En fait, Xavier Bertrand pourrait tenter de refaire le « coup » de Macron, en mieux. Sa ligne sera celle du protectionisme-populiste, là où Sarkozy était plutôt libéral-populiste. Une ligne qu’il souhaite élargir tant sur sa droite que sur sa gauche. Sa proximité, affichée, avec des personnalités comme Arnaud Montebourg, n’est pas anodine. C’est que le bougre n’est pas mal vu à gauche. Il serait presque apprécié même, et puis il a été assez habile en 2016 pour permettre à la gauche d’être de la partie, là où en PACA on a essayé de la rayer de la carte.

Bertrand 2022, on y croit ?

« Ce n’est pas impossible, explique Gilles Richard, mais on en a vu d’autres, comme Chevènement en 2002. Néanmoins, il aura beaucoup d’obstacles à surmonter. L’affaire du Mediator lui resautera à la figure, de même que l’histoire de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin, où il avait augmenté son salaire de président de 4000 euros pour compenser la fin du cumul de ses mandats. Il y a aussi le fait qu’il a soutenu Fillon jusqu’au bout puis a démissionné de LR au moment où Wauquiez en devenait le président. Wauquiez ou Fillon, quelle différence ? Il y a là une contradiction qui va être compliquée à clarifier. »

L’engrenage mortifère a fait son chemin depuis la précédente présidentielle : la menace d’une Marine Le Pen ayant déjà son ticket pour le second tour devient pressante. La seule question qui vaille, c’est : qui pour la battre elle ? Pour l’instant, Emmanuel Macron reste le mieux placé par les instituts de sondages. Mais s’installe à bas bruit dans la société française l’idée que le Président pourrait ne pas y arriver, tant sa personne agit en repoussoir.

Xavier Bertrand alors. Peut-il battre Le Pen ? Dans un sondage Ipsos, début février, il fait figure de troisième homme, apte à déjouer le remake de 2017 tant annoncé. Il obtient un score de 14% à 16% des intentions de vote. Le match Hauts-de-France/Île-de-France des régionales pourrait peser sur cette question – Valérie Pécresse ne cache pas plus son envie d’en être. En tout état de cause, la droite dite classique est toujours distancée, mais pas tout à fait hors jeu. « Les Républicains sont en grande difficulté. Comme tous les partis, sauf le RN, ils jouent leur survie. C’est ce qui fait que Macron a ses chances », tempère Gilles Richard.

Bertrand, Pécresse ou encore l’ancien Premier ministre Philippe semblent, pour l’heure, tous bien partis pour finir candidat estampillé LR en 2022. Aucun n’est plus membre du parti.

 

Loïc Le Clerc

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  • En politique, on ne conclut pas d’alliances en suivant uniquement les penchants de son cœur. Il faut raisonner en stratège, et au besoin s’allier, pour créer les conditions de la victoire, avec des gens que l’on déteste.

    Mitterrand, anticommuniste, n’avait pas hésité à s’allier avec le parti communiste, parce que c’était à l’époque nécessaire à ses ambitions. Pourtant le communisme est un régime criminel. Mais Mitterrand était un grand politicien.

    Glycère BENOIT Le 18 février à 10:20
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