Capture d'écran Twitter @IanBrossat
Accueil | Par Loïc Le Clerc | 30 mai 2018

Après avoir profité de Mamoudou Gassama, l’Etat reprend une activité normale

Expulsion, procès, coup de pression. Quelques jours après avoir récupéré l’acte héroïque de Mamoudou Gassama, l’Etat reprend sa politique répressive vis-à-vis des migrants et de ceux qui leur viennent en aide.

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Le 26 mai dernier, vous n’avez pas pu manquer cette vidéo montrant un homme escaladant la façade d’un immeuble pour sauver un enfant suspendu dans le vide à un balcon du 4ème étage. Les réseaux sociaux l’ont partagé des milliers de fois, les télévisions s’en sont emparés. Un tel acte, héroïque autant que médiatique, ne pouvait rester à l’écart d’une récupération politique.

Cet homme s’appelle Mamoudou Gassama. C’est un jeune Malien, sans papier. Deux jours plus tard, il était reçu à l’Elysée par Emmanuel Macron, lequel lui offrait un titre de séjour et lui promettait la nationalité française. « Un acte exceptionnel ne fait pas une politique », assénait le Président. Et comme il dit vrai !

La 34ème expulsion parisienne en trois ans

En effet, ce mercredi 30 mai, l’Etat a repris une activité normale, en expulsant les 1.024 personnes qui vivaient dans le campement du Millénaire, près de la porte d’Aubervilliers. Une opération de « mise à l’abri » manu militari à 6h du matin qui « conduira à l’hébergement temporaire des personnes concernées dans une vingtaine de sites de Paris et de la région parisienne, puis à l’examen de la situation administrative de ces personnes, en vue d’identifier le devenir de ceux qui ont été évacués », assure dans un communiqué le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

De son côté, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, jamais avare de novlangue, a tweeté :

« Comme élu parisien, j’espère que cette 34ème évacuation sera la dernière et que le sens des responsabilités à l’égard de personnes en souffrance et dans le plus grand dénuement l’emportera, à l’avenir, sur toute autre considération. »

Rappelons à toute fin utile que ce dernier lorgne sans en avoir l’air sur la mairie de Paris.

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Loi Asile et Immigration : le FN et En Marche main dans la main à l’Assemblée nationale

Délit de solidarité

Mais ce 30 mai, l’actualité sur les "migrants" se déroule aussi au tribunal correctionnel de Nice. Martine Landry, 73 ans, bénévole à Amnesty International, y est jugée pour avoir aidé deux jeunes mineurs guinéens en situation irrégulière à venir en France. Elle risque jusqu’à cinq ans de prison et 30.000 euros d’amende.

Le Gorafi (site parodique) ironisait il y a quelques jours sur la naturalisation de Mamoudou Gassama en titrant un article "Emmanuel Macron mis en examen pour délit de solidarité". Le vrai monde n’est pas ironique.

Coup de pression du préfet

En parallèle de ces histoires, et à propos de "délit de solidarité", lundi 28 mai, le maire de Grenoble, Eric Piolle, a décerné à Cédric Herrou la médaille de la ville. Et le premier citoyen de Grenoble d’ajouter la parole au geste, dans une lettre au procureur de la République :

« Monsieur le Procureur de la République, […] j’ai l’honneur de vous informer de faits dont la Ville se rend coupable et dont je me rends coupable, en tant que maire de Grenoble, chaque jour et à chaque instant. […] Va-t-on nous placer en garde à vue, voire nous trainer en correctionnelle à cause de la contrepartie matérielle indirecte que l’étranger aidé pourrait, en retour, faire à un aidant ? »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le préfet de l’Isère n’a pas apprécié l’attitude d’Eric Piolle. Il l’a rappelé à l’ordre, dénonçant des propos qui « appellent à commettre des infractions ou des actes illégaux ».

« Un acte exceptionnel ne fait pas une politique. » Emmanuel Macron n’aura jamais été aussi proche de la réalité.

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Cécile Coudriou : « La solidarité est un devoir, il faut cesser de la criminaliser »

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  • L’Afrique subsaharienne compte déjà plus d’un milliard d’habitants, dont 70% ont moins de trente ans. En 2050, vingt huit pays subsahariens verront leur population doubler et neuf autres (Angola, Burundi, Mali, Niger, Malawi, Somalie, Ouganda, Tanzanie et Zambie) la verront quintupler. En 2100, trois bébés sur quatre qui viendront au monde naîtront au sud du Sahara.

    L’aide au développement ? Trop souvent une goutte d’eau dans le désert, sans même parler des problèmes endémiques de corruption. Comment pourrait-elle suffire à créer les infrastructures nécessaires à une telle explosion démographique. La croissance économique réelle de certains pays nuance le tableau général mais ne parvient pas à renverser la donne. La natalité reste un tabou et même les bailleurs de fonds européens, principaux donateurs, sont gênés pour en parler.

    Ces centaines de millions de jeunes qui peuplent le continent subsaharien ont le sentiment d’être dépossédés et exclus par des anciens qui concentrent les pouvoirs et échouent à leur dessiner un avenir. Selon une enquête Gallup de 2016, 42% des Africains âgés de 15 à 24 ans et 32% des diplômés du supérieur disent vouloir émigrer.

    « Le danger, les trafics d’être humains, les passeurs qui volent exploitent, réduisent en esclavage, envoient leur marchandise humaine sur des canots pneumatiques surchargés sans moteur et sans eau… rien n’y fait. Les migrants retentent éternellement leur “chance”. »

    Il est Urgent d’ aider ces populations à Marxiser leurs analyses et aider ceux qui luttent sur le terrain par des manifestations des travailleurs en Europe, pratiquer l’Internationale Communiste. ....autre chose que de les adopter comme des animaux de la SPA !
    Comme on dit "ce n’est pas une distribution alimentaire dont ils ont besoin, mais de moyens de les produire. Tout le reste c’est cautère sur une jambe de bois.

    buda Le 30 mai à 21:08
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