Accueil | Par Loïc Le Clerc | 12 juin 2018

Aquarius : le gouvernement et sa majorité font un concours de justifications indignes

La France n’accueillera pas l’Aquarius et ses 629 personnes à bord. De la voix de plusieurs de ses membres, le gouvernement a dit niet. Avec des explications de texte toutes plus indignes les unes que les autres.

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Qui va donc "oser" venir en aide à l’Aquarius ? Ce bateau humanitaire est coincé depuis plusieurs jours au beau milieu de la Méditerranée avec à son bord 629 réfugiés dont 123 mineurs et sept femmes enceintes. Lundi 11 juin, l’Italie et Malte ont refusé de l’accueillir. L’Espagne s’est proposée, mais de l’avis de l’ONG SOS Méditerranée qui gère le navire, ses côtes sont trop éloignées.

Alors, si les regards se sont tournés un temps vers la Grèce, la France, par la voix de l’exécutif corse, a relancé l’idée d’un accueil. Sauf que, quand on demande à l’exécutif et aux membres de sa majorité ce qu’ils attendent pour lever le petit doigt, les réponses sont toutes plus fébriles les unes que les autres.

La palme de l’ignominie revient sans hésiter au porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, lequel déclare ce mardi 12 juin sur CNews : « La France a pris sa part ».

Pour le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, invité de Sud Radio ce mardi, la France « agit » et n’est « pas inerte ». Il ose même :

« La France prend plus que sa part, au sens où elle est engagée sur le théâtre libyen pour stabiliser la situation, au sens où nous sommes engagés pour accueillir sur trois ans 10.000 personnes éligibles au droit d’asile [...] pour leur éviter cette traversée de la mort. »

Il faudra donc que le secrétaire d’Etat se mette d’accord avec Benjamin Griveaux quant à savoir si la France a « pris sa part » ou bien si elle prend « plus que sa part ».

La leçon corse

Finalement, c’est le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, qui a donné de quoi réfléchir aux "marcheurs". Il propose simplement d’accueillir l’Aquarius dans un port de l’île, assurant à Libération : « La compétence, je la prends ».

Ce à quoi Jean-Baptiste Lemoyne rétorquera : « Que dit le droit international ? Il faut aller vers le port le plus sûr et le plus proche. Et on voit bien que la Corse n’est pas le port le plus sûr et le plus proche. Vu la situation du bateau, c’est entre l’Italie et Malte. »

De son côté, la ministre chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau a commenté sur LCP :

« Nous n’avons pas été saisis d’une demande de la part de l’ONG SOS Méditerranée, pour une raison simple, c’est que pour se rendre en France c’est plusieurs jours de mer. [...] On n’est pas là pour faire la compétition des belles âmes, on est là pour essayer d’être les plus efficaces possibles parce que ces gens sont en danger. »

Précisons que l’Espagne n’a pas attendu d’être "saisie" pour offrir son aide, bien que ses côtes soient à plusieurs jours de mer. Pour rappel, c’est à cette même Nathalie Loiseau que l’on doit l’expression « shopping de l’asile » pour parler des réfugiés. Faut-il alors s’étonner à chacune de ses sorties ?

La France aphone

Mais alors, que propose la France pour se sortir de cette situation dramatique ? Marc Fesneau, chef de file des députés MoDem, s’interroge ce mardi à L’Opinion : « Il y a une question européenne d’abord, on laisse les Italiens affronter cette question, on a eu un égoïsme européen […] Il y a une question qu’on se pose : "Quelle est la part que prend la France dans cette misère qui arrive ?" […] Il ne faut pas qu’on ouvre une porte, il ne faut pas qu’on dise le nouveau chemin, c’est la Corse. » Nous voilà bien avancés...

Gabriel Attal, porte-parole du parti LREM, considère lui que « la ligne du gouvernement italien est à vomir », dit-il sur Public Sénat. Et la ligne du gouvernement français ? « Je n’imagine pas que la France ne participe pas à trouver une solution humanitaire pour ce bateau », dit-il. On y croit !

Pourtant, plusieurs députés LREM commencent à faire entendre leurs inquiétudes – la fameuse "aile gauche" – comme on peut le voir dans le tweet ci-dessous :

Mais le gouvernement renvoie toujours la balle dans le camp de l’Union européenne. Car rappelons-le, avec l’accord de Dublin, c’est le premier pays de l’UE où un "migrant" pose le pied qui doit le prendre en charge.

Une fois n’est pas coutume, citons ce tweet de Jean Quatremer, qui rappelle une déclaration d’Emmanuel Macron le 23 juin 2017 à Bruxelles : « Nous devons accueillir des réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur ».

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Aquarius : une bulle d’humanité entre deux rives méditerranéennes peu accueillantes

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  • Sebastian Kurz, le chef de gouvernement autrichien de 31 ans, dont le pays prend la présidence tournante de l’Union européenne le 1er juillet, a fait de la lutte contre l’immigration illégale son cheval de bataille, une thématique qui l’a conduit au pouvoir fin 2017, à la tête d’une coalition avec l’extrême droite.

    Il a aussi rappelé que "notre principal objectif, c’est d’avancer sur la protection des frontières extérieures" de l’Union européenne.

    M. Kurz planche également avec d’autres pays sur la création de centres d’accueil de migrants hors de l’UE et a revendiqué le soutien des Pays-Bas et du Danemark. De quoi miner le projet d’Angela Merkel de créer un système d’asile communautaire, un sujet qui doit être débattu au sommet de l’UE de la fin juin.

    Ajoutant à la confusion, l’Italie et la Grèce, en première ligne de l’afflux, réclament une répartition des migrants dans l’UE. Mme Merkel y est favorable mais la farouche opposition des pays de l’Est de l’Europe semble a priori avoir eu raison du projet.

    A ces divers désaccords européens s’ajoute la dispute qui a éclaté entre l’Italie, désormais gouvernée par les populistes et l’extrême droite, et la France.

    Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a ainsi exigé des "excuses officielles" de la France après des propos d’Emmanuel Macron dénonçant le "cynisme" et "l’irresponsabilité" des Italiens qui ont refusé de laisser accoster un navire avec à son bord des centaines de migrants secourus en mer.

    Pourtant ce n’est pas Paris qui a décidé d’accueillir ces naufragés, mais l’Espagne où la gauche vient d’arriver au pouvoir.

    "L’immigration met en péril la survie même de l’Union européenne", a à cet égard averti le président du Parlement européen, l’Italien Antonio Tajani, dans un message posté sur son compte twitter

    buda Le 13 juin à 21:05
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