Accueil | Par Loïc Le Clerc | 30 octobre 2019

Au Sénat, la gauche s’affiche unie face à l’islamophobie

La droite, l’extrême droite et même l’exécutif sont en roue libre sur le voile. Un jeu dangereux, sous couvert de défense de la laïcité. Pour faire face, la gauche se serre les coudes.

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Ils sont réunis à l’initiative de la sénatrice Sophie Taillé-Polian (Génération.s), au Sénat ce mardi 29 octobre pour une conférence de presse. Autour de la table, on trouve les sénateurs Sylvie Robert (PS), Ronan Dantec (EELV, venu « à titre personnel »), Esther Benbassa (EELV), Laurence Cohen (PCF) et la députée Clémentine Autain (LFI). Olivier Besancenot, du NPA, est excusé.

 

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Le voile... de la laïcité

 

Pourquoi une telle tribune ? « Pour dire ça suffit au délire sur le voile », explique Clémentine Autain. Parce que ce mardi même, les sénateurs ont débattu pendant quatre heures et demi durant, à coup de burkini, halal, terrorisme, islamisme – tout y passait – et ont fini par voter la proposition de loi déposée par Les Républicains visant à interdire aux femmes voilées d’accompagner les enfants en sortie scolaire. 163 voix pour, 114 voix contre. Contre l’avis du président du Sénat Gérard Larcher, contre l’avis du gouvernement, contre l’avis même de Jean-Michel Blanquer. Il fait peu de doute que cette loi ne passera jamais à l’Assemblée nationale...

Qu’importe ! Le timing est à peine croyable. De quoi indigner d’autant plus les parlementaires. Mais ni l’agression d’une femme voilée par un élu régional RN ni l’attentat de Bayonne n’aura ramener la droite à un peu de dignité. Au contraire, la surenchère continue.

La haine sans voile

Alors, Sophie Taillé-Polian a souhaité apporter une réponse « unitaire » face à ce « climat intolérable » de libération du discours haineux. Laurence Cohen parle de « positions haineuses décomplexées qu’une partie de la société cautionne », et de remarquer que, « une fois de plus, on utilise le corps des femmes ». Une fibre féministe – et laïque – de la part de la droite qui n’est pas sans étonner la députée insoumise.

« Il y a une instrumentalisation des enjeux de la laïcité à des fins électoralistes, aux relents racistes », assène la sénatrice Génération.s. De son côté, Sylvie Robert rappelle qu’en ce qui concerne le droit, cette proposition de loi est un non sens absolue : « Les accompagnatrices scolaires sont des usagers du service public, pas des agents ».

En ligne de mire, aussi, l’exécutif, accusé d’« alimenter le feu » – même si la sénatrice socialiste admet que les mots du Premier ministre ont été les bienvenus. Et le fait « qu’Emmanuel Macron se mette en rempart à l’extrême droite est quelque chose de dangereux », précise la sénatrice communiste.

1905, toujours aujourd’hui

Ronan Dantec estime qu’il est « temps de retrouver l’esprit de la loi de 1905, cette grande loi d’apaisement ». C’est l’un des paradoxes de notre temps : alors que plusieurs forces nous poussent à la guerre civile, il faudrait réformer la loi de 1905, écrite justement pour éviter une guerre civile. « Pas besoin de légiférer à nouveau, poursuit Laurence Cohen, contrairement à ce que disent certains politiciens de droite (mais pas que). » Tous sont de cet avis : il ne faut pas toucher à cette loi.

C’est que bientôt 115 ans après, nous tolérons l’intolérable, juge le sénateur écolo, faisant notamment référence à Eric Zemmour. « Rien n’a changé depuis 2004, développe par la suite sa collègue d’EELV. Le voile est une passion qui ne passe pas en France. »

Esther Benbassa rappelle que, outre lors de la loi Blanquer, déjà en 2012 le ministre de l’Éducation Luc Chatel avait essayé d’interdire les accompagnatrices scolaires voilées. Elle y voit les « restes de la décolonisation », quand les colons émancipaient les musulmanes en enlevant leur voile… « La stigmatisation est une béquille donnée aux islamistes », lance-t-elle. N’en déplaise à certains, ces parlementaires ne sont ni naïfs, ni complaisants. « Nous sommes particulièrement engagés contre l’islam radical », martèle Ronan Dantec. Clémentine Autain ajoute d’ailleurs que ce genre de débat « nous éloigne de la justesse d’un combat contre Daech. On met à mal notre société », voilà tout.

Voilà surtout pourquoi cette dernière appelle les forces de gauche à prendre leurs responsabilités, à « faire force commune ». Cette conférence de presse n’est qu’un début. Tous ont en tête une action pour le 10 novembre. Pour se faire entendre d’une même voix, loin des « débats de mots ». Pour rappeler que « la laïcité du petit père Combes n’a pas gagné ! », dixit Esther Benbassa.

 

Loïc Le Clerc

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  • Quand même, pas un mot dans regards sur l appel des 100 Musulman (e)s
    Sur ce que représente le voile.
    Digne de la Pravda des grandes années.
    Même silence sur les médias chiens de gardes.
    Comme dirait Desproges
    " étonnant non ? "

    dan93 Le 4 novembre à 20:20
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