Illustration Alexandra Compain-Tissier
Accueil | Portrait par Loïc Le Clerc | 31 juillet 2018

Aurore Bergé, l’importuniste

À seulement trente ans, Aurore Bergé est devenue la porte-parole des députés de La République en marche. Après quinze années d’acharnement et de louvoiements, son opportunisme a fait mouche. Au point d’en importuner plus d’un.

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

.Article extrait du numéro d’été de Regards

De qui, de quoi, Aurore Bergé est-elle la voix ? Son père, Alain Dorval, est la doublure française de Sylvester Stallone. Sa mère, Dominique Dumont, est celle de Katherine Kelly Lang dans la série Amour, gloire et beauté. Mais en ce qui la concerne, difficile à dire. Elle est du genre à parier sur un cheval différent à chaque course, jusqu’à ce que ça paye.

Sur les réseaux sociaux, elle se définit volontiers comme « libérale, féministe, européenne ». Sa carrière politique débute en 2002, juste après la présidentielle qui aura vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour. Aurore Bergé souhaite faire de son engagement un rempart face à la menace du Front national. Elle sera finalement de ces politiques qui doivent leurs mandats aux "castors" – ceux qui ne mettent un bulletin dans l’urne que pour faire barrage à l’extrême droite, quel que soit le candidat qu’ils élisent.

Équilibrisme et communication

Aurore Bergé débute donc à l’UMP, tout juste créée pour rassembler la droite et le centre. Entre 2005 et 2008, elle sera responsable des Jeunes populaires des Yvelines. Mais aujourd’hui, dans ce département, le nom d’Aurore Bergé laisse un goût amer à ses anciens camarades. « Nous ne souhaitons pas nous prononcer sur ce sujet. Merci de votre compréhension. » Voilà la seule réponse à nos sollicitations que nous obtiendrons de la part des Jeunes républicains du 78.

À droite de l’échiquier politique, Aurore Bergé perturbe et agace. D’abord par sa personnalité, sa manière de faire de la politique. Nous y reviendrons. À trente ans, elle est élue députée sous la bannière de La République en marche (LREM) dans la 10e circonscription des Yvelines où elle déloge le candidat sortant du Parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson, qu’elle avait pourtant soutenu un temps. Après avoir tracté pour l’ancien candidat à la primaire de Les Républicains, elle est devenue porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée. Un exercice d’équilibriste, accompagné d’une communication redoutable, dans lequel elle excelle. Et il faut dire que la communication, elle connaît. Après Sciences-Po Paris, elle travaille pour l’agence qui organise les meetings de Nicolas Sarkozy, en 2012. Et si, officiellement, elle quitte la com pour les bancs du Palais-Bourbon, dans les faits, ça n’est que pour mieux servir à la presse la doxa macroniste – qu’elle a désormais fait sienne.

De 2012 à 2017, elle vit avec le député socialiste Nicolas Bays. Pour l’anecdote, leurs témoins de mariage furent Pierre Moscovici et Roselyne Bachelot. Un détail qui en dit long sur sa faculté à brouiller les pistes politiques. Mais, fort heureusement, ce n’est pas sa vie privée qui dérange.

Trop à gauche pour la droite, et vice versa

À droite, nombreux sont ceux qui lui ont reproché ses positions en faveur du "mariage pour tous". « Je me fous complètement d’avoir accrédité la thèse “UMPS” en soutenant cette loi », déclare-t-elle à L’Obs en 2016. Elle milite également pour le droit du sol ou l’égalité entre les femmes et les hommes, le genre de combat qui attire les "grands esprits" : en 2016, un de ses collègues LR du conseil de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines lui lance : « J’ai envie de te faire une Baupin ».

Un des déclics de son ralliement à Emmanuel Macron aurait été la proposition du candidat François Fillon de revenir sur le mariage homosexuel, mais aussi le fait d’avoir « prétendu à l’exemplarité, s’être revendiqué de l’exemple du général de Gaulle pour finir aujourd’hui par se justifier de pratiques indéfendables d’un point de vue moral et éthique », écrit-elle dans une tribune publiée par L’Obs. Elle qui incarnait la relève de la droite finira donc à LREM. Les centristes ont retrouvé un bercail, "l’UMPS" est devenu une réalité. La droite 2017/2018, elle, dérive trop à droite pour eux. Aurore Bergé est libérale avant tout. Un député LREM nous raconte, en off, une anecdote à propos de sa porte-parole : « J’ai croisé Brice Hortefeux, il m’a dit de Rachida Dati – c’était amusant – qu’il avait du respect pour elle, mais il m’a fait comprendre qu’il y a une seule personne dans toute sa carrière politique qui le met hors de lui, c’est Aurore Bergé ».

Pour autant, Aurore Bergé n’aurait jamais pu trouver refuge à gauche. Elle qui reproche à Lionel Jospin les 35 heures, une réforme trop « clivante ». Et puis, comment plaire à la gauche quand on a pour « source d’inspiration » Margaret Thatcher, qui « incarne le courage politique et de méritocratie », comme elle le déclarait à BFMTV en 2014 ?

Saute-mouton électoral

« Tout le monde connaît son parcours politique, dont on cherche un peu la colonne vertébrale », continue notre député en off. Il est vrai qu’Aurore Bergé est très régulièrement raillée pour ses infidélités politiques. La plupart du temps, elle fera de mauvais paris qui lui vaudront l’étiquette de chat noir. Et l’experte en grand écart n’en est pas à son premier essai.

À la présidentielle de 2007, elle soutient Nicolas Sarkozy. Aux régionales de 2010, elle soutient Valérie Pécresse. À la présidentielle de 2012, elle soutient Nicolas Sarkozy. Pour la présidence de l’UMP de 2012, elle soutient François Fillon, ce qui ne l’empêchera pas d’être conseillère politique au parti dès janvier 2013, sous la présidence de Jean-François Copé. Pour la présidence de l’UMP de 2014, elle soutient Nicolas Sarkozy. Aux municipales de 2014, elle soutient Nathalie Kosciusko-Morizet. Aux régionales de 2015, elle soutient à nouveau Valérie Pécresse. Pour la primaire de la droite et du centre de 2016, elle soutient NKM au premier tour, puis Alain Juppé au second. En janvier 2017, elle participe au lancement de "Droite-lib", « un mouvement pro-Fillon et anti-Macron » fondé par Virginie Calmels, ralliement qu’elle niera par la suite. Enfin, à la présidentielle de 2017, la "juppéiste" soutient Emmanuel Macron à partir du mois de février. Mais ce n’est pas la girouette qui tourne…

Dans les pages de Libération, en février dernier, Aurore Bergé ose : « Je n’ai jamais prêté allégeance à personne, et ce n’est pas prévu. J’essaye d’être cohérente par rapport aux idées que je défends ». Elle est comme ça depuis Sciences-Po, Aurore Bergé : elle aime se montrer entourée d’hommes et de femmes politiques qui comptent, à la manière de ces fans qui courent les selfies avec leurs idoles. « Je ne suis pas sûr qu’elle serve tant les intérêts de la majorité, déplore un de ses camarades LREM. Bien au contraire, elle incarne l’image de ce que les gens ne comprennent pas, ne veulent pas voir, quelqu’un hors-sol, trop propre sur elle dans son attitude, qui ânonne et répète sans prise de distance. Dans ma circonscription, ça ne me sert absolument pas. C’est un peu l’antithèse de LREM, l’ancien monde, ces gens opportunistes, qui tournent en boucle sur les médias, qui ne créent pas de résonnance avec la France. »

Acharnée de la politique

Il serait aisé de tirer le portrait d’Aurore Bergé en ne retenant que son sens de l’ambition. Si elle n’a ni la stature d’une Simone Veil ou d’une Christiane Taubira, elle a la politique dans le sang. Depuis ses débuts à l’UMP, elle tracte, elle colle des affiches, elle va de meeting en réunion. Elle aime le débat, la confrontation d’idées. Elle ne vit que pour la politique. « Quand on a rendez-vous à sept heures dans une gare pour interpeller les gens, si on n’a pas envie de se retrouver, on ne tient pas. La notion de plaisir est importante », raconte-t-elle au Figaro, en 2012. À l’instar de son premier mentor, Nicolas Sarkozy, elle n’est pas là pour se faire des amis. Ainsi, il n’est pas étonnant de la voir appeler des journalistes pour les aider à creuser une polémique qui s’empare d’un de ses concurrents au parti.

Aurore Bergé, c’est aussi un mental à toute épreuve. Sa petite carrière politique n’a pas été souvent couronnée de succès. Et c’est peu dire qu’elle a connu des revers et des échecs. En 2008, elle se présente à la présidence des Jeunes populaires, faisant figure de favorite face au président sortant, Benjamin Lancar. Elle finit par retirer sa candidature pour le rallier, sous pression de l’UMP. Quelques semaines plus tard, aux municipales à Versailles, elle est sur la liste UMP. Ils perdent. En 2010, rebelote à la présidence des Jeunes populaires, défaite par Benjamin Lancar. Puis, aux régionales de la même année, elle figure sur la liste de Valérie Pécresse, trop loin pour obtenir un siège.

Enfin, en 2014, lors des municipales à Magny-les-Hameaux (Yvelines), Aurore Bergé, la candidate UMP-UDI, perd face au maire socialiste sortant mais siège dans l’opposition. Elle devient également conseillère de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Première victoire, dans la défaite. Ce n’est qu’aux législatives de 2017 qu’elle gagne face à Jean-Frédéric Poisson. Elle aura obtenu le soutien d’Alain Juppé et de Nicolas Hulot, entre autres. Ce qui ne te tue pas te rend plus fort : Aurore Bergé a fait sien cet adage.

Trolling parlementaire

Sur les réseaux sociaux, Aurore Bergé est une "killeuse". Auprès de ses 37 000 followers sur Twitter, elle n’hésite jamais à régler ses comptes en temps réel. Sa cible favorite ? La France insoumise. Durant l’été 2017, Alexis Corbière nous confiera : « Qu’elle arrête de nous harceler ! » À cette époque, Aurore Bergé n’a qu’un mot à la bouche : Venezuela. Dès qu’un article de presse en parle, elle demande des comptes aux députés LFI, comme s’ils étaient des élus chavistes. Et quand Alexis Corbière la renvoie à ses expériences professionnelles passées auprès du Qatar, la macroniste hurle à la diffamation.

Autre fait d’armes via Twitter, en novembre 2017. Gérard Filoche vient d’être exclu du PS pour un retweet jugé antisémite. Aurore Bergé déterre alors un tweet de 2014 où Jean-Luc Mélenchon propose « l’asile politique » au socialiste, et le commente comme si le chef de file des Insoumis venait juste de le poster. Prise en flagrant délit de fake news, Aurore Bergé s’excusera en ces termes : « La difficulté c’est que la France insoumise, par certaines amitiés ou accointances, par exemple avec le Parti des Indigènes de la République, eh bien à un moment, ça m’a paru crédible ».

Aurore Bergé se présente comme une politique moderne, experte en matière de com, de com, et de com. En avril dernier, alors que certains députés LREM annoncent leurs désaccords avec le projet de loi Asile et immigration, Aurore Bergé déclare au JDD : « Ce texte a révélé des fragilités dans la majorité, des gens émotionnellement fragiles qui manquent de maturité politique ». D’autant plus osé que sur ce texte de loi, Aurore Bergé s’amusait à faire l’amalgame entre gauche radicale et extrême droite, là où Marine Le Pen et ses sbires applaudissaient la majorité, lui demandant simplement d’aller plus loin. Depuis, la députée LREM a démenti ces propos, enfin, presque tous.

« Elle a juste assumé que nous étions en mal d’hypermédiatisation, tient à souligner son collègue député LREM François-Michel Lambert. C’est un peu l’alcoolique qui se moque du buveur mondain. » De son côté, Jean-Michel Clément, le seul député de la majorité à avoir voté contre ce texte de loi (ce qui l’a conduit à quitter le groupe LREM), a vivement réagi via Twitter : « L’immaturité érigée en porte-parolat. C’est pas l’Aurore, c’est le crépuscule. » Belle définition.

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • En voila un sujet qui apporte un peu de fraîcheur dans l’atmosphère étouffante de cet été benallien. En même temps la nomination de cette députée au porte-parolat du groupe de La Régression En Marche démontre bien la pauvreté du mouvement macroniste.

    choucroute Le 31 juillet à 13:41
  •  
  • En même temps quel plaisir & quelle satisfaction peut-on gagner en menant une politique aussi inefficace qu’injuste ;quand on est honni par une majorité de Français ?Allez les macronistes,patience,encore presque 4 ans à tirer,après c’est la quille !

    3bilanpitoyable Le 1er août à 11:58
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.