Accueil | Par Loïc Le Clerc | 17 septembre 2019

Cazeneuve 2022 : et si ça n’était pas une blague ?

On dirait pas comme ça, mais au Parti socialiste, on a la super pêche. Et même si, électoralement, la crise post-Hollande se fait encore ressentir, 2022, on y croit !

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Le Parti socialiste est-il mort ? En politique, moins qu’en biologie mais plus qu’en religion, l’incarnation est vitale. Actuellement, le PS fait face à deux gros chantiers : sa propre reconstruction en tant que parti et son leadership. Les municipales et régionales à venir ces deux prochaines années seront certes décisives, mais le Graal, c’est 2022.

 

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On pourrait comparer le PS aux Républicains, tous deux vestiges du « Vieux monde ». Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est bien le PS qui a le plus à (re)gagner. Revenons aux urnes. Présidentielle 2017 : le PS version Hamon fait 6,36%. S’en suivent des législatives tout aussi catastrophiques à 7,44% et des européennes version Glucksmann à 6,19%. Pour mémoire, un PS en dessous de 20-25% des voix de gauche, c’est de l’ordre de l’erreur historique sous la Vème République. La droite, de son côté, est en chute libre depuis la présidentielle de 2012, passant de 27,18% à 8,48% aux dernières européennes. Les défaites n’ont pas toutes le même goût.

Aussi fou que cela puisse paraître, Bernard Cazeneuve est populaire. Si l’on prend les sondages Ifop, il arrive en sixième position, avec 44% de « bonnes opinions ». « Ce sondage nous dit surtout que le PS n’a personne d’autre sous la main, assène Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’Université de Lille. Olivier Faure n’est pas présidentiable. Boris Vallaud et Najat Belkacem sont peu présents. Cazeneuve profite de ce vide car il est la dernière personnalité de la période 2012/2017 qui reste sur le champs de bataille. Le problème, c’est que c’est une opération vouée à l’échec, qui ne va pas arranger l’image du PS. Il est très identifié à François Hollande, à la droite du parti et il est repoussoir pour tous les partenaires à gauche. Olivier Faure doit être très embarrassé, ce n’est pas du tout l’image qu’il souhaite envoyer du PS, de démarcation du bilan Hollande. »

Le dernier espoir du PS

Faisons-nous un peu l’avocat du diable. Et si, justement, les forces de Bernard Cazeneuve, c’était tout ce qui semble être ses défauts ? Après tout, dans un monde aussi instable, gouverné par des Trump, Bolsonaro, Johnson et autre Salvini, dans un paysage français dominé par le trio de bêtes médiatiques Le Pen-Mélenchon-Macron, un Cazeneuve avec son côté président du Conseil de la IIIème République, avec le fait qu’il « assume » le bilan du quinquennat Hollande, un homme politique sobre, rompant avec les illusions du nouveau monde, pourquoi serait-ce voué à l’échec ? Rémi Lefebvre n’y croit pas une seconde : « Je suis très sceptique sur cette opération Cazeneuve. Il incarne un espèce de vieux monde qui n’est pas forcément très porteur. Il peut avoir une forme de sagesse, de hauteur, on peut toujours dire ça… Aujourd’hui, l’heure est au tempérament. Et puis, il n’est pas très connu en dehors des électeurs de gauche politisés. A quoi peut-on associer son nom ? Les attentats ? On survalorise sa légitimité institutionnelle : concrètement il n’a été Premier ministre que très peu de temps. »

Face à la pénurie de présidentiables en puissance, les socialistes auront-ils une alternative à Bernard Cazeneuve ? Des surprises pourraient survenir, des ambitions venues sans qu’on y pense (coucou François Hollande, Anne Hidalgo et Ségolène Royal) mais en attendant d’y être, on le bichonne le Bernard. C’est qu’au PS, on veut y croire à la remontada. A l’université d’été de La Rochelle, il y avait pas mal de monde. Cela faisait tout de même trois ans que ce rendez-vous des socialistes ne s’était pas tenu ! Cazeneuve était la star du moment. A la rentrée des parlementaires socialistes aussi, début septembre, le derniers des Premiers ministres socialistes était très attendu. S’il n’est officiellement candidat à rien, il parle tout de même :

« Je ne suis pas du tout désireux de construire un destin pour moi-même, ni d’être candidat à l’élection présidentielle. […] Le fait que je vous dise ça ne signifie pas que je vous manquerai si à un moment vous avez besoin de moi. »

C’est pratique comme figure de style, les doubles négations… ça n’engage à rien et chacun y comprend ce qu’il veut. Au-delà de l’engouement (toute proportion gardée) des socialistes pour sa candidature, Cazeneuve sort un livre, publie des tribunes, fait des interviews. Tout ressemble à un programme, tout appelle au rassemblement, il évoque même la question écologique !

Quel PS en 2022 ?

C’est qu’il y a un coup à jouer, un espace à combler. Si le candidat Macron avait siphonné les voix socialistes, le Président Macron penche sérieusement à droite. « Ce qui est incroyable, c’est de voir que le déplacement à droite de Macron n’est pas mécaniquement produit d’appel d’air à gauche », constate Rémi Lefebvre. Il ajoute : « Il y a un espace à gauche, mais le risque c’est qu’il soit préempté par les Verts, qui apparaissent comme la force modérée de gauche et qui en plus ont une incarnation ».

Le problème imminent des socialistes viendra bien des écolos. Jean-Luc Mélenchon est en perte de vitesse. La présidentielle de 2017 fut un cru d’exception, incomparable aux suivants, que ce soit les législatives ou les européennes. Certes, les européennes sont le suffrage favori des Verts, mais tout de même, ils ne cachent pas leurs ambitions et l’heure est à l’écologie.

« Quel discours le PS peut-il tenir pour fixer cet espace ? », interroge alors Rémi Lefebvre. Le PS est illisible, inaudible. « Le PS est en désaccord sur deux plans : l’écologie et la stratégie. Sur la question du rapport à l’écologie, Olivier Faure est pragmatique. L’écologie peut vertébrer la gauche, il faut donc réaligner le discours socialiste autour de l’écologie en le politisant à gauche. Quant à la stratégie, pour le Premier secrétaire, il faut dépasser le PS, passer d’une position hégémonique à une posture d’ouverture, d’organisateur des conditions de l’union de la gauche. Sauf que le vieux parti résiste, comme il avait résisté à l’opération Glucksmann. Ils croient à la résilience du PS, à un discours social-démocrate rénové. Ils pensent que le parti doit garder une posture de centralité et ne pas modifier son logiciel – d’où les propos de Stéphane Le Foll qui ne veut pas aller sur le terrain de l’écologie. Le risque, c’est que le PS n’ait plus d’identité ni d’incarnation. »

En d’autres termes : la mort. Reste à savoir si Cazeneuve fera réellement consensus au sein du PS. Et qu’en fera l’électorat socialiste, lui qui n’a pas disparu... C’est loin, 2022.

 

Loïc Le Clerc

BONUS : le CV caché de Bernard Cazeneuve

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