Accueil | Par Pablo Vivien-Pillaud | 27 janvier 2021

Comment faire pour que les hommes cessent de violer ?

La question a été posée sur Twitter par de nombreuses féministes qui se sont vues parfois censurer leur compte par le réseau social. Une problématique d’autant plus pertinente qu’elle inscrit les hommes dans le faisceau des dominations dont ils sont les creusets.

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Il y a quelque chose de pourri au royaume du politique. Les « affaires sexuelles » s’enchaînent : des positions de relatif pouvoir provoquent, chez certains, des ivresses de supériorité mais surtout d’impunité qui viennent percoler leur sexualité. Les inégalités de classes, de genres voire de races accentuent encore le vertige : harcèlement et viol deviennent les appendices monstrueux d’une pseudo liberté sexuelle.

Le pouvoir attise le désir sexuel. Et ceux qui détiennent ce pouvoir font partie de ceux qui l’ont désiré. La mécanique devient imparable : ayant accédé à des postes de pouvoir, ils projettent sur ceux qui les entourent les mêmes désirs, s’imaginant irrésistibles du simple fait de leur positionnement. Seulement, c’est loin d’être toujours le cas mais la réalité de l’existence d’une altérité fait souvent mauvais ménage avec la fatuité de la domination.

 

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Qu’on se le dise aussi : il ne s’agit pas, comme certains essaient de le faire croire, de juger des moeurs sexuelles à l’aune d’on-ne-saurait quelle norme. Chacun est libre, il faut le rappeler sans cesse, d’avoir la sexualité qu’il entend, entre adultes et dans le cadre d’un consentement mutuel : de la partouze au BDSM, du polyamour sincère à l’adultère secret, la pluralité des formes de sexualité et de désirs est une richesse sur laquelle il est hors de question de faire une croix.

Renversement du regard

De l’écologiste Denis Baupin, au ministre de l’intérieur Gérald Darmanin (dont Mediapart révèle de nouveaux éléments de son enquête pour viol) en passant par le socialiste Dominique Strauss-Kahn dont l’affaire, avec celle d’Harvey Weinstein, a permis la libération de la parole des femmes via #Metoo, le politologue Olivier Duhamel dont la dénonciation est à l’origine du mouvement #MetooInceste, et le communiste Maxime Cochard, qui, par les accusations dont il est objet, a fait émerger les témoignages au nom de #MeTooGay : voilà qui révèle bien l’efficacité du lien entre pouvoir et domination. La vague de dénonciations de violences sexuelles n’est évidemment pas circonscrite au monde politique ou à celui du pouvoir. Néanmoins, il y a quelque chose de spécifique à beaucoup de ceux qui occupent ces lieux-là : la conscience d’une solidarité de caste.

Ils ont d’ailleurs raison puisque les condamnations par la justice sont exceptionnelles. Pis, alors que, parfois, les comportements étaient connus des entourages, les « carrières » se poursuivent comme si de rien n’était. À ce compte-là, le réseau est envisagé comme un filet de sécurité, les amitiés deviennent des sauf-conduits. Plus on tape haut, plus on est persuadé de ne jamais pouvoir chuter.

Mais, ces dernières années, un renversement du regard s’est opéré : jusqu’alors, l’inceste, les tournantes, les viols étaient renvoyés aux classes laborieuses que l’on présumait avoir des mœurs brutales et non-sophistiquées. Et tout d’un coup, il y a eu une prise de conscience : ce n’est pas une question d’éducation mais de sentiment profond de domination et de supériorité. Le virilisme, très partagé, en fait partie. Mais il peut catalyser et devenir une puissance agissante quand il se combine à la domination de classe.

Solidarité de caste

Mieux, les puissants n’ont pas vraiment conscience, lorsqu’ils commettent un viol ou inceste, qu’il s’agit d’une agression : leur domination sexuelle va de pair avec une assurance personnelle, la conviction de sa séduction et de son irrésistibilité. Dans un documentaire diffusé par Netflix [1], Élisabeth Guigou ne dit pas autre chose à propos de Dominique Strauss-Kahn.

Et quand la caste prend conscience de la mise à nue de ses pratiques, elle se solidarise. Quand Elisabeth Guigou ou Anne Hidalgo défendent, de façon plus ou moins intentionnelle, Christophe Girard ou Dominique Strauss-Kahn, elles tombent elles-mêmes dans ce système d’échelle de valeurs.

« Comment faire pour que les hommes cessent de violer ? » : c’est la question posée par de nombreux comptes féministes sur Twitter ces derniers jours. Une question nécessaire et urgente que le réseau social a jugé bon de censurer à plusieurs reprises. Preuve supplémentaire s’il en est, que le combat (ou même seulement le débat), encore aujourd’hui, est compliqué à mener.

 

Pablo Pillaud-Vivien

Notes

[1Chambre 2806 : L’Affaire DSK

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