Accueil | Editorial par Pierre Jacquemain | 13 janvier 2020

ÉDITO. Âge pipeau et dés pipés

Vous en connaissez, vous, des gens qui sont sincèrement satisfaits du projet de loi sur la réforme des retraites et de sa gestion par le gouvernement ?

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Si je me mets dans la peau d’un électeur LREM, je pourrais me dire qu’avoir attendu près de 40 jours pour faire croire à recul sur cette histoire d’âge pivot n’était peut-être pas la bonne méthode. Que mon camp y aura perdu des plumes. Si je prends les habits d’un électeur de droite, je dénoncerais volontiers la marche arrière du gouvernement qui a vidé de son contenu la réforme : « Il n’y a plus de réforme des retraites », a même lâché le président du Sénat, Gérard Larcher. Si je m’infiltrais parmi les électeurs du Rassemblement national, j’y verrai sans doute des visages souriant l’air de dire : « À la fin, c’est nous qu’on va gagner ». Enfin, si je me mets dans la peau d’un électeur de gauche, j’ai de quoi ne pas être content et je poursuivrais la mobilisation, voire la radicaliserais, jusqu’au retrait du texte. Bref, sur l’ensemble de l’échiquier politique, personne n’est satisfait – loin s’en faut – du fond comme de la forme de cette réforme.

 

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Rien ne va dans cette réforme. Les dés sont pipés depuis le départ. On nous rabâche qu’il y a eu plusieurs centaines de réunions depuis deux ans. Pas une seule de ces réunions n’était une réunion de négociation. Ensuite il aura fallu près de 40 jours de mobilisation et de grèves pour que le gouvernement annonce un faux recul – suffisamment faux pour que Laurent Berger le trouve extraordinaire. Depuis le départ, cette histoire d’âge pivot est une mascarade. Déjà avec la loi Touraine, l’âge légal de départ à la retraite est reporté à 64 ans d’ici 2027. Par ailleurs, le retrait de cet âge pivot n’est que provisoire – pour sans doute mieux le remettre après. Pis, ce caractère provisoire ne concerne en réalité que ceux qui partent à la retraite entre 2022 et 2027. Dès 2027, l’âge pivot sera généralisé. Esbroufe !

Emmanuel Macron voulait du « ni droite, ni gauche » pour rassembler la droite et la gauche. Au final, avec cette réforme, il mécontente tout le monde. À part peut-être le Medef et Laurent Berger. Et je dis bien Laurent Berger, pas la CFDT. Pourtant, le président de la République semble obsédé à l’idée de bousculer et d’aspirer l’ensemble du champ politique. Comme l’analyse très justement Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble, dans une vidéo : « La première OPA de Macron a été sur tous les gens qui étaient de gauche mais qui n’avaient plus aucune volonté de transformer le système [...] puis il a fait l’OPA sur la droite ». Et d’ajouter : « Après, il tentera de faire une OPA sur les écolos ».

Et à la fin, il ne reste que Marine Le Pen. L’objectif pour le président, d’ici à 2022, est d’empêcher toute alternative politique de s’imposer. La montée en puissance des écologistes dans de nombreuses municipalités, sondages à l’appui, semble inquiéter l’actuelle majorité.

Macronisme à haut risque

Et ce week-end, Emmanuel Macron n’a pas fait les choses à moitié. En participant à la conférence citoyenne pour le climat, le président de la République a tenté de se donner une crédibilité écologiste. Nul doute que le signal de cette présence valait moins pour les 150 citoyens tirés au sort de la conférence climat que pour les électeurs des écologistes. À quelques semaines des élections municipales, il ne faudrait surtout pas se gêner. Et l’annonce d’un possible référendum sur les propositions de la conférence citoyenne devrait permettre d’offrir au président sortant, un calendrier parfait. Comme le dit Eric Piolle : « En balançant un petit référendum à l’issue de la conférence sur le climat qu’il va laisser traîner un peu pour que ça sorte en 2021 et que ça lui fasse un grand tremplin écolo jusqu’à la présidentielle ». Et de conclure : « Mais c’est une logique de business ».

Une logique de business qui prend des allures de jeu à haut risque. Ce week-end, Marine Le Pen lançait la campagne du rassemblement national dans le très chic 6ème arrondissement. Elle jubile. Quasi-triomphante même si, à l’instar d’En Marche, le RN n’est pas très présent ni véritablement installé dans les communes. Mais comme je l’indiquais dans un précédent éditorial, plusieurs discrets sondages donnent le RN en bonne position dans près de 150 villes de France, dont des villes de plus de 100.000 habitants, à l’instar de Perpignan qui pourrait tomber dans l’escarcelle de l’extrême droite, à la faveur d’une quadrangulaire – comme ça risque d’être le cas dans de très nombreuses communes. Marine Le Pen a prévenu : elle veut être l’alternative à Emmanuel Macron. Et pour elle, avant la conquête – qui devient de plus en plus probable ou possible – ça commence par l’ancrage local.

 

Pierre Jacquemain

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