Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 30 mars 2020

ÉDITO. Emmanuel Macron, hors sujet

Guerre, première ligne, opération « Résilience »... Le Président se croit dans les tranchées, quand nos soignants résistent. Résistent à la logique politique comptable qui a amené l’hôpital à la situation actuelle.

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« Le premier soignant est tombé. » Ainsi a commencé l’allocution du président de la République, mercredi dernier. Le tout dans une mise en scène soignée avec l’hôpital militaire de Mulhouse en toile de fond. Nous sommes en guerre. C’est le leitmotiv d’Emmanuel Macron depuis le début de la crise sanitaire. Quelques jours plus tôt, l’éditorialiste Arlette Chabot avait utilisé la rhétorique guerrière pour la renvoyer à la figure de celle qui était encore ministre de la Santé, lorsque tout a commencé. « En temps de guerre, il y a les traîtres et les déserteurs. On peut se demander si Agnès Buzyn n’est pas un peu des deux », avait-elle lancé sur le plateau de LCI. C’est l’effet boomerang. Et ça fait mal. Si les mots sont importants, si les mots ont encore un sens, un Président ne devrait pas dire ça.

 

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Samedi soir, le Premier ministre s’est livré à un exercice surprenant. Le ton et la voix graves. Édouard Philippe marche sur des œufs. Il est prudent. La démonstration est implacable, graphiques et chiffres précis à l’appui. Entouré de son ministre de la Santé, Olivier Véran, du directeur de la Santé, Jérôme Salomon, et du professeur Karine Lacombe, il se veut transparent : « Je veux vous dire les choses avec clarté et franchise », lance-t-il d’entrée. Même Jean-Luc Mélenchon a salué « l’effort d’information du Premier ministre. Moins orienté vers le spectacle que la com’ du Président ». Pour Édouard Philippe, l’heure n’est pas à la guerre mais au combat. « Et le combat ne fait que commencer », admet-il. Tout en ajoutant : « Les 15 premiers jours d’avril seront encore plus difficiles que les 15 jours qui viennent de s’écouler ».

Le Covid-19 tue. Et le Covid-19 n’en est qu’à ses débuts. Il nous menace toutes et tous. Mais face au danger sanitaire, nul besoin de l’arsenal militaire. C’est pourtant l’une des principales annonces du président de la République mercredi dernier : l’opération « Résilience ». Deux porte-hélicoptères vont être envoyés dans les territoires d’Outre-mer. Alors que l’on parle d’une possible hécatombe dans les outremers, principalement par manque de places en services de réanimation, Résilience « sera entièrement consacrée à l’aide et au soutien aux populations, ainsi qu’à l’appui aux services publics pour faire face à l’épidémie, en métropole et en Outre-mer ». La belle affaire. Ça ne manque pas de cohérence cela dit. Le Président est en guerre. Alors il déploie ses armées.

Le Président est à l’Ouest. Parce que nous ne sommes pas en guerre. Nous résistons. Ou plutôt nos soignants résistent. Ils résistent à un virus. Ils résistent à une pénurie. Ils résistent à une faillite de l’hôpital public. Un hôpital qui a été paupérisé. Et dont on découvre les dégâts aujourd’hui. Ça n’est pas une guerre, c’est un combat pour la santé. En 2017, le Président Macron, fraîchement élu l’affirmait : « Je ne laisserai personne dire que des choix budgétaires se font aux dépens de votre sécurité. C’est faux. J’en serai le garant. » Et pourtant, c’est leur logique comptable – celle de ce gouvernement et des précédents – qui nous ont conduit à réduire le nombre de lits. À fermer des hôpitaux. À précariser toujours plus les personnels soignants. À ne pas renouveler le stock de masques. À refuser d’organiser maintenant un plan massif de dépistage, à l’instar des Allemands.

Ce jour viendra où ils seront comptables de leurs hésitations, leurs imprudences et autres incohérences, des contre-vérités de Sibeth Ndiaye à la sortie au théâtre des Macron en passant par le maintien du premier tour des municipales.

La guerre, ça n’est pas ça. Nous ne sommes pas en guerre. Pour les enfants d’Idlib, pour les familles du Yémen, pour les confinés de Gaza, un Président ne devrait pas dire ça. C’est immoral. C’est indécent. « On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur », a lancé Emmanuel Macron. Il est hors sujet. Il n’est pas à la hauteur. Ce jour viendra où, comme le dit le Premier ministre lui-même, « le moment venu, nous tirerons les leçons de la crise. Le Premier ministre que je suis répondra à toutes les questions. Je ne suis pas de ceux qui se défaussent de leurs responsabilités. » Ce jour viendra où ils seront comptables de leurs hésitations, leurs imprudences et autres incohérences, des contre-vérités de Sibeth Ndiaye à la sortie au théâtre des Macron en passant par le maintien du premier tour des municipales.

« Je ne suis pas responsable de la situation que j’ai trouvée, mais je serai responsable de celle que je laisserai », a déclaré Olivier Véran ce dimanche, dans le JDD. Restera à lever le voile sur l’état réel de la situation au moment de sa prise de fonction.

 

Pierre Jacquemain

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  • De F Cocq parlant de Macron ..." il était « en première ligne » aux côtés de ses prédécesseurs pour initier le saccage. Et ceux qui l’accompagnent organisaient le tir d’artillerie : Jérôme Salomon était conseiller à la sécurité sanitaire au cabinet Touraine, celle qui a bazardé les stocks de masques. Olivier Véran, « premier des macronistes », a voté comme député tous les taux d’augmentation de l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance-maladie) inférieurs à 2% et mis l’hôpital à la diète. Les mêmes prétendent endosser le masque de Zorro ? Sans honte ? " Macron ment , Salomon ment Veran ment ...E Philippe ment ...

    jaime Le 30 mars à 12:53
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