Mélanie Luce, présidente de l'Unef, le 26 octobre 2020 dans #LaMidinale
Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 21 mars 2021

ÉDITO. Faire bloc derrière l’Unef

Depuis plusieurs jours, le syndicat étudiant Unef – et notamment sa présidente Mélanie Luce – encaisse les violentes attaques d’une grande partie de la classe politique et médiatique. En cause : les réunions non-mixtes. La gauche se doit de réagir.

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Marine Le Pen caracole en tête des sondages mais l’urgence du moment, le problème du moment, ce sont les réunions non-mixtes. Les étudiants crèvent la dalle et le mal à abattre, c’est un syndicat étudiant qui œuvre au quotidien contre la précarité étudiante. Les Français subissent chaque jour toujours plus l’incompétence politique de leurs gouvernants dans une crise sanitaire sans précédent – dans laquelle on s’abstient désormais de compter les morts –, mais l’ennemi numéro un, c’est l’islamo-gauchiste.

Que se passe-t-il dans leur tête ? Quel est le dessein de ces vaines polémiques ? Qu’est-ce qui se joue à travers ces artifices politiques dans lesquels s’engouffrent une bien trop large partie de la classe politique et médiatique ? En fin de semaine dernière, un déferlement de haine s’est abattu sur Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant Unef pour avoir défendu le principe des réunions non-mixtes. Des élus, des représentations de la nation de gauche et de de droite, jusqu’à la maire de Paris, s’en sont violemment pris à cette jeune syndicaliste qu’ils ont délibérément mise en danger, faisant depuis quelques jours l’objet de menaces de mort.

 

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Il est des espaces de non-mixité qui, visiblement, seraient plus contestables que d’autres. A-t-on déjà entendu les Jean-Michel Blanquer, Christophe Castaner et autres Rachid Temal – qui s’en sont pris violemment aux propos de Mélanie Luce allant jusqu’à parler de dissolution du syndicat étudiant – contester ou s’indigner de l’interdiction faite aux femmes d’adhérer au très pompeux Automobile Club de France ou encore le Travellers Club et le Jockey Club ? Jamais. Ils ne s’indigent pas plus d’ailleurs des réunions très testostéronées au sommet de l’État, qu’il s’agisse du conseil de défense, ou plus largement des lieux de pouvoir et d’argent – à l’instar des entreprises du CAC 40. Si les réunions non-mixtes revendiquées aujourd’hui par des personnes racisées dérangent, la question du « qui ça dérange » devient hautement intéressante.

Qui est-ce que ça dérange ?

Observez-les ces indignés à géométrie variable : tous dans des positions de dominants. Tous dans des positions où les portes s’ouvrent à eux, partout. Ils ne connaissent ni ne subissent le racisme, le sexisme, la discrimination à l’emploi ou encore n’ont jamais fait l’expérience des arrestations au faciès. En réalité, l’organisation des personnes racisées touche un point sensible : la remise en cause de leur position de pouvoir, celle de leur domination structurelle mais aussi leur/notre racisme inconscient. Ce racisme systémique.

Comme le rappelle très justement Caroline De Haas sur Twitter : « Les réunions non-mixtes, qu’elles soient féministes ou anti-racistes sont des outils indispensables, notamment pour parler des violences subies. Vouloir les interdire, c’est mépriser les victimes. Et méconnaître l’ampleur des violences et des discriminations ». Ces réunions non-mixtes ne datent pas d’hier. Le sociologue Kevin Vacher rappelle quelques dates clefs : « 1833, 1884, 1895, 1899, ces grandes dates de la non mixité », écrit-il sur Twitter. En 1833, rappelle-t-il, « bravant l’interdiction des #Blanquer de l’époque, des ouvriers typographes s’organisent eux-mêmes en association ». Autre exemple, en 1899, Marie-Louise Rochebillard, une militante catholique crée un syndicat de femme, doublement non mixte, chez les ouvrières de la soie. « Ces syndicats ont donc pratiqué les premières formes de non mixité, d’autonomie. Non pas qu’ils voulaient absolument préparer un complot meurtrier contre leurs patrons, mais parce qu’ils ne pouvaient pas se défendre autrement, en leur présence au sein des corporations », conclue le sociologue.

Ainsi, la dissolution du syndicat étudiant, l’Unef, serait en débat. C’est extrêmement grave. La mobilisation doit être totale. Et la gauche, après avoir disparu lors de la dissolution du CCIF, doit réagir. Faire bloc derrière ce syndicat et sa présidente, visiblement très esseulée aujourd’hui. Cette affaire n’est pas une petite affaire. Le moment est grave alors que la haine apparaît comme un moteur sain du débat public. Quand on fait de la politique, c’est parce qu’on aime les gens. On ne les déteste pas a priori. Quand on est un représentant de la nation, a fortiori de gauche, il n’est pas admissible de « vomir » la tête d’une jeune femme qui défend chaque jour les plus faibles et les plus précaires parmi les jeunes. Leur haine est aussi à l’image de leur ignorance, c’est-à-dire coupée de la réalité sociale du pays et du débat intellectuel foisonnant dont ils feraient bien de s’inspirer. Leur ressentiment – parce qu’il s’agit bien là de ressentiment – est aussi le reflet de leur paresse intellectuelle en refusant la complexité du débat d’idées et en lui préférant la caricature. En témoigne, par exemple, l’obsession que génère chez eux l’approche intersectionnelle.

« Tout commence par un sentiment d’oppression. Il fallait nommer cette évidence. Dans les controverses publiques comme dans les discussions entre amis, chacun est désormais sommé de rejoindre tel ou tel camp, les arguments sont de plus en plus manichéens, la polarisation idéologique annule d’emblée la possibilité même d’une position nuancée. "Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison", disait naguère Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd’hui, tant l’air est irrespirable. » Ainsi commence le nouvel ouvrage de Jean Birnbaum, Le courage de la nuance [1]. Haineux de tous poils, lisez-le ! Place au doute. Place à la nuance.

 

Pierre Jacquemain

 

Notes

[1Éditions du Seuil

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Vos réactions

  • Si aujourd’hui ces questions concernant l’UNEF sont sur le devant de la scène , c’est suite à ce qui s’est passé à Grenoble .
    Mettre une cible sur des universitaires qui ne questionnent que la pertinence de mettre une égalité enter antisémitisme, racisme, et islamophobie est une grande violence, et grave.
    c’est la preuve d’une dérive.
    l’approche intersectionnelle est un poison pour la gauche.
    elle est génératrice d’une société communautaire.
    le néolibéralisme pour se perpétuer à besoin de diviser , que ces idées progressent ne le gêne pas au contraire.
    il faut que la gauche mène ce débat pour combattre ces dérives
    mortifères.
    il faut revenir aux combats qui unissent.
    PS : Mr Jacquemin, votre édito est d’une grande violence et d’un grand mépris

    dan93 Le 21 mars à 22:00
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  • Pierre Jacquemain fait un plaidoyer pro domo selon une logique catégorielle. Dans ce genre il ne se place pas dans le débat d’idées et il ne fait pas dans la nuance, au rebours de son invitation à l’adresse des commentateurs : il bétonne.

    Faire bloc, dit-il. Mais à cela il n’y a aucun devoir moral. Il faut au contraire voir la situation sans se voiler la face : la France est en train de devenir une société multiraciale, avec des minorités raciales de plus en plus importantes et qui agissent en tant que telles. En principe ce n’est pas possible en politique, où on se bat pour des idées, non pour des races.

    Elles le font pourtant, sans se soucier de se mettre alors en dehors de la logique démocratique. Selon cette logique, qu’on l’approuve ou non, on parle de majorité et de minorité, l’une légitimant le pouvoir, l’autre protégeant l’opposition. Mais il s’agit toujours de la majorité d’opinion, non de la majorité raciale. Idem pour la minorité. Une race n’est pas une opinion, non plus une religion.

    De l’avoir méconnu l’UNEF a commis une faute, et il ne sert à rien d’attiser les réflexes syndicaux pour la nier. Il faut au contraire la sanctionner comme elle le mérite, en la dénonçant absolument, sans plus, mais sans moins.

    Glycère BENOIT Le 22 mars à 08:48
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  • " Quand on fait de la politique, c’est parce qu’on aime les gens. On ne les déteste pas a priori. Quand on est un représentant de la nation, a fortiori de gauche, il n’est pas admissible de « vomir » la tête d’une jeune femme qui défend chaque jour les plus faibles et les plus précaires parmi les jeunes. Leur haine est aussi à l’image de leur ignorance..." Quand les instances dirigeantes de l’UNEF écrivent avec un Français pitoyable "vous aimez trop l’identité Française alors qu’on s’en balek... c’est votre délire de petit blanc" ou "on devrait gazer tous les blancs cette sous race" c’est quoi ? leur haine n’est donc pas dans ces cas la à l’image de leur ignorance ? aucune sanction par ailleurs en interne à l’UNEF pas de problème... il faut arrêter de se poser en victime et se regarder dans la glace.

    Tom Le 22 mars à 14:09
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  • Ce discours où la logique est ; "ce comportement est odieux et inacceptable mais il faut l’accepter car d’autres font pareil" est franchement incompréhensible.

    Tendre vers la justice et l’égalité, ce n’est pas promouvoir l’inégalité et l’injustice quand cela nous arrange.
    Un peu de grandeur, un peu d’envergure, ce n’est que comme cela que la gauche pourra revenir sur le devant de la scène
    La médiocrité n’est pas la solution.

    Epaulardon Le 23 mars à 10:24
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  • Tous les combats politiques sont des combats universels. Il n’y a donc pas lieu de stigmatiser tel ou tel combat, mais d’en comprendre les racines.
    Or les racines sont à rechercher dans la domination d’une classe sociale sur une autre classe sociale. Féminisme, inégalités, racisme, pacifisme, laïcité, écologie, etc...résultent de cette domination.
    Il n’est donc pas compréhensible de se rassembler, quel qu’en soit le but politique, sous une forme étriquée, racisée, ou genré pour avancer. Le débat doit supporter l’expression contradictoire et démocratique, sans quoi il n’a pas de sens.

    lucien matron Le 25 mars à 04:08
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  • A lire tous les commentaires ici, c’est justement la question. Nier la douleur de l’Autre ne la fera pas disparaître. Lui demander d’arreter de hurler non plus... D’autant qu’elle fut déjà muette à une autre époque, pour le résultat qu’on connait.

    carlos Le 25 mars à 17:42
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  • Défendre l’UNEF contre les visées de ceux qui demandent sa dissolution est un combat juste. Les étudiants ont des droits de nature syndicale, corporative et politique. Ils peuvent se rassembler et se constituer librement en association. L’UNEF est une de ces associations.
    Mais il est tout aussi juste, y compris de l’extérieur, de commenter voire de porter jugement sur les formes d’expression des mouvements étudiants. De mon point de vue, les réunions " racisées" ou " genrées" ou....sont des erreurs. Mais en toute humilité, je n’ai pas forcément raison.

    lucien matron Le 26 mars à 05:27
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  • Cet épisode mérite réflexion. Notre société est devenue multiraciale et cette réalité nouvelle exige des efforts d’adaptation, de la part des citoyens et des corps constitués, partis, syndicats, associations, afin d’aboutir à une situation saine.

    Elle ne l’est pas encore. On ne traite pas le racisme antiblanc comme le racisme antinoir, et on ne traite pas le racialisme pro blanc comme le racialisme pro noir. On dit le contraire pourtant, on adopte un langage incohérent : on dit que les races n’existent pas, mais on parle de Blancs et de Noirs. Il y a là une discordance, au moins sémantique.

    Glycère BENOIT Le 26 mars à 09:24
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