Accueil | Éditorial par Loïc Le Clerc | 14 septembre 2020

ÉDITO. Faire cela un 11 septembre, il fallait oser

C’était la polémique Twitter de la semaine dernière. Une des pires que ce réseau social ait connue, de mémoire de journaliste politique. Et elle nous a fait honte.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Twitter est un monde semi-parallèle. Un monde où les polémiques pleuvent les unes sur les autres, où la fange se déverse sans filtre droit dans les égouts des internets. Dans ce réseau assez prisé des politiques et des journalistes, il s’est passé un événement d’une ignominie suffisamment rare pour être relaté.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
Ils parlent d’ensauvagement et rien ne vous choque ?

 

Nous sommes vendredi 11 septembre 2020. Judith Waintraub, du Figaro Magazine, passe son temps à tweeter. À 15h46, elle dégaine, relayant un tweet de BFMTV. On y voit une étudiante de 21 ans, Imane, présentant ses « bons plans » pour cuisiner sans four et à petit prix. Seulement voilà, Imane porte un voile. D’où ce seul commentaire de Judith Waintraub : « 11 septembre. »

Pas besoin de vous faire un dessin.

La polémique explose. Imane assiste impuissante au déferlement de haine à son encontre. Judith Waintraub également. Cette dernière sera même menacée de mort. C’est grave.

Les choses s’emballent donc. Un tweet faisant très nettement référence à la tuerie de Charlie Hebdo est rapidement mis en avant. Selon cette journaliste, les proches de l’internaute incriminé cherche désespérément à contacter Judith Waintraub pour qu’il lui présente ses excuses. Seule allusion à cet utilisateur de Twitter de la part de Judith Waintraub, un « c’est en cours » concernant des poursuites judiciaires.

Arrive alors la cavalerie. De Manuel Valls et ses derniers soutiens français jusqu’à la droite et l’extrême droite, c’est l’arc politique coutumier de ces polémiques qui vient au secours de Judith Waintraub. Même le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est fendu de son petit tweet :

« Quels que soient les désaccords, parfois profonds, que j’ai avec Judith Waintraub, je condamne vivement les menaces de mort qu’elle reçoit. »

Réponse de Judith Waintraub : « Merci. Au moins on est d’accord sur l’essentiel. »

En si peu de mots, difficile de dire quels sont leurs désaccords et quel est l’essentiel. À noter que tout le monde semble s’accorder sur l’emploi du pluriel pour évoquer « les menaces de mort », sans qu’on en ait connaissance de plusieurs.

Dans cette flopée de messages de soutien, pas un mot pour Imane qui, rappelons-le, n’avait rien demandé. Pas un mot pour cette jeune femme dans le communiqué de la Société des journalistes du Figaro. Pas un mot du côté de BFMTV… C’est qu’il n’y a « pas de "mais" qui vaille », comme le tweete la députée LREM Aurore Bergé. Certains ont même l’audace crasse d’aller déterrer les cadavres de Charlie Hebdo pour défendre Judith Waintraub. En plein procès. Il n’y a pas de mot assez fort pour qualifier cela.

Que les choses soient bien claires : nul ne mérite d’être menacé de mort. Mais il y a bien un « mais » dans cette histoire, que résume Maxime Tailleb‎ois, responsable de la communication numérique au ministère des Sports : « Une "journaliste" tient un propos rance et devient une victime parce qu’il y a des individus indignes sur ce réseau ? Et la jeune femme qu’elle a jetée en pâture, n’a-t-elle pas reçu des menaces ? »

Tout s’est inversé. Judith Waintraub peut tranquillement aller sur le chemin de l’incitation à la haine car, ce qui compte, c’est la deuxième pierre jetée. Et derrière l’agresseur agressé, ils font bloc. Quoi qu’il en coûte. Il faut écouter la manière dont ils se défendent. Deux exemples :

  • Zohra Bitan, ex-porte-parole de Manuel Valls, ne voit dans le tweet de Judith Waintraub «  aucune assimilation au terrorisme mais une allusion à l’islamisme »
  • Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement national : « Il n’est plus possible d’émettre la moindre remarque sur le communautarisme islamiste [...] Liberté d’expression ! »

Le 11-Septembre n’est donc pas une référence au terrorisme, mais à l’islamisme. Et l’islamisme, c’est une jeune femme voilée sur BFMTV. Voilà ce qu’ils combattent. Tout est dit. Avec la subtilité intellectuelle d’un Dieudonné chantant « Shoah-nanas » en feignant de ne rien y voir d’antisémite. Ils vont même plus loin : l’islamophobie, ça n’existe pas. Un point c’est tout. Un jour, cette gauche-là passera le pas. Il n’est rien de pire pour eux que les musulmans. Partant de là, toute alliance sera permise.

En attendant, les voilà qui se drape des vertues de la « liberté d’expression ». Mais laquelle ? Est-ce la même liberté d’expression que revendique Nicolas Sarkozy quand il souhaite pouvoir qualifier les Noirs de « singes » ? Certainement. D’autant plus que Judith Waintraub avait déjà fait le rapprochement entre le livre Dix petits nègres d’Agatha Christie et le film La planète des singes. Nous voilà plus proche de l’absolutisme étatsunien que de la loi de 1881. Plus proche de l’extrême droite que de Charlie Hebdo.

Peu importe que des personnes comme Rokhaya Diallo soit menacée de mort sur le site même de Valeurs actuelles. Peu importe qu’Imane ait supprimé son compte Twitter tant les insultes se sont faites insupportables. Tant que leur liberté d’expression est maintenue.

De toute façon, leur rhétorique sera victorieuse. Judith Waintraub le dit elle-même : « Il y a les vrais adversaires de l’islamisme et… les autres », comprenez les complices, les collabos. Comme l’écrit Emmanuel Domenach, rescapé du Bataclan : « C’est le piège. Ceux qui condamnent légitimement les menaces de mort sont assimilés à la "journaliste" ; ceux qui condamnent les mêmes menaces mais rappellent les assimilations honteuses de la "journaliste" sont accusés de soutenir les terroristes. [...] Les attentats djihadistes nous enferment dans une logique manichéenne terrible qui chaque jour fonctionne un peu plus. »

Il faut encore choisir son camp. Et au milieu, comme toujours, il y aura les simples citoyens, croyants ou non, voilées ou pas. Ceux-là comptent leurs morts. Les deux camps en question, eux, se battent pour que les femmes voilées n’aient pas voix au chapitre. C’est le même combat, n’en doutez pas. Celui de la censure, celui de la lutte contre l’émancipation, contre la liberté. C’est Ben Laden qui doit bien rigoler.

 

Loïc Le Clerc

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Regard, c’est un torchon désespérément vide de contenu, qui noircit son papier comme il peut, c’est à dire essentiellement avec des couillonneries ...

    Encore plus vide de contenu que la moyenne des autres torchons......

    Les sujets comme celui-ci par exemple, il les passe à la trappe. :
    http://www.assassinat-karine-decombe-annonay.legal/

    Bernard Décombe Le 16 septembre à 23:11
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.