Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 6 janvier 2020

ÉDITO. Il se passe quelque chose

Plus d’un mois de grève. Du jamais-vu depuis longtemps. Plusieurs secteurs sont concernés. Privés comme publics. La mobilisation sera longue. La semaine s’annonce « chaude » mais décisive. Bon début d’année à vous !

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Il se passe quelque chose. Et ça ne plaît pas à tout le monde. À commencer par le gouvernement. Mais ça, on le savait déjà. Ces grévistes qui ont pris les Français « en otage ». Salauds de gauchistes. On connaît la musique. Ça ne plaît visiblement pas non plus à ce jeune producteur d’humoristes, Benjamy Demay, qui découvre que son quotidien est fait de milliers de petites mains invisibles qui rythment pourtant ses journées, grâce aux services publics. À commencer par le service public des transports. Le jeune producteur a pris la plume dans Le Parisien ce dimanche 5 janvier pour écrire à sa « chère grève RATP » : « Je vais t’expliquer comment tu as réussi à nous mettre à genoux avec un canon sur la tempe en moins de vingt jours ». Rien de moins. Et de s’indigner que les voyageurs du métro ne puissent plus voir les publicités du métro qui semblent attirer la foule à « ses » spectacles : « Toutes les entreprises misent sur ton affichage car tu vois passer du monde chaque jour […] la salle est vide ». Et de conclure (avec classe, élégance et humanité) : « Tu ne m’en veux pas, je ne t’embrasse pas et je ne te souhaite pas non plus une merveilleuse année, tu viens de ruiner la mienne avant même d’y être ». Grande classe. Au diable les conditions de travail des agents de la RATP et balayée l’histoire sociale de l’entreprise – ses luttes et conquêtes – c’est le business de la culture qui semble le plus important.

 

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Aux côtés des pas contents, il y a ceux qui, ce week-end, leur donnent du grain à moudre. Je l’aime bien Bruno Jeudy – notamment pour toutes les raisons qui m’ont conduit à débattre avec lui à de nombreuses reprises, de manière respectueuse. Mais ce tweet. Non mais ce tweet ! Qu’est-ce qui t’a pris Bruno ? Ça commence à se voir... Non, ça se voit d’ailleurs. Alors que les Français soutiennent encore majoritaire la mobilisation en cours, le journaliste de Paris Match écrit : « Au 31ème jour du conflit, le ras-le-bol des Français semble prendre le dessus face aux grévistes selon la dernière mesure IFOP. Le gouvernement en passe de remporter sa guerre d’usure ? » Pourtant, la leçon du sondage telle que Match le résume, indique ceci : « La grève moins soutenue, la réforme toujours majoritairement rejetée par les Français ». Pourquoi Bruno Jeudy ne retient-il que l’hypothèse selon laquelle la grève serait moins soutenue – même si toujours majoritairement soutenue par les Français – et pas l’information essentielle : selon un sondage Odoxa, les trois-quarts des Français demandent au gouvernement de modifier fondamentalement, voire de renoncer au projet ? Je vous laisse l’objectivité de la réponse à cette question.

Circulez, y’a rien à négocier !

Il se passe quelque chose, disais-je. Plus d’un mois de grève. Du jamais-vu depuis longtemps. Plusieurs secteurs sont concernés. Privés comme publics. Dès demain, les actions de blocage des installations pétrolières à l’appel de la CGT devraient contribuer à amplifier la mobilisation. Et ainsi semer le trouble au sein du gouvernement. Un gouvernement qui ne semble pourtant pas prêt à céder. Ni même à négocier. En témoigne ce petit extrait d’interview du secrétaire d’Etat chargé de la réforme des retraites, publié hier dans Le Parisien. À la question du quotidien : « Allez-vous établir une nouvelle liste de critères objectifs de pénibilité ? », la réponse de Laurent Pietraszewski commence par : « On entre dans une concertation ». Bien. Mais voici la chute : « On ne va pas remettre des critères purement formels qui ne fonctionnaient pas ». Comprendre : il n’y aura pas de négociation puisque tout est déjà acté. Circulez, y’a rien à négocier.

Enfin, il se passe quelque chose aussi, du côté de la gauche. Et c’est une bonne nouvelle. Cette fois, la gauche politique, sociale, intellectuelle, syndicale s’unit dans sa plus large diversité pour exiger le retrait du texte en lançant cette pétition. N’hésitez pas à la partager très largement.

La chanteuse et compositrice Juliette raconte dans Il s’est passé quelque chose l’histoire d’un train fou qui mène ses voyageurs vers un désastre dont ils ignorent tout. Il est encore temps de nous épargner le désastre. La mobilisation sera longue. Il se passe quelque chose doit rester au présent. La semaine s’annonce « chaude » mais décisive. Bon début d’année à vous.

 

Pierre Jacquemain

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