Accueil | Éditorial par Clémentine Autain | 24 janvier 2020

ÉDITO. Quel souffle !

Cette journée aurait pu ressembler à un baroud d’honneur…. Ce fut un pied de nez impressionnant à la stratégie du pourrissement conduite avec acharnement et mépris par Emmanuel Macron et les siens.

Vos réactions (9)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Il y a le nombre : les chiffres de manifestants se situent dans les hautes eaux. Plus de 350.000 à Paris selon la CGT, nettement plus que les 250.000 revendiqués le 16 janvier. À Bordeaux, selon la préfecture cette fois-ci, 7.500 défilaient ce vendredi 24 janvier, contre 4.500 il y a huit jours. Au Havre, entre deux et trois fois plus de monde que la dernière fois.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
L’inattendu monsieur Martinez

 

À la hausse de la mobilisation s’ajoute la tonalité : l’amplification se traduit également par une forme de contestation joyeuse, impertinente, créative. La lutte prend une tournure visuelle détonante qui vise à marquer l’espace public et les esprits. Les flambeaux ont illuminé les rues dans toute la France contre des retraites en lambeaux. Les slogans se multiplient sur les murs des villes : « On veut des vieux jours heureux », « Tout vient à poing à qui grève ensemble », « Marre de simuler ma retraite, je veux en jouir ! », « Les miettes, c’est pour les pigeons »…

Les robes d’avocats, les blouses de médecins, les cartables se jettent et s’empilent. Les rats de l’Opéra dansent, les pompiers se couchent par terre. Les chansons parodiques se multiplient, avec le tube d’Attac qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux : « À cause de Macron ! »

 

Si les cheminots et les agents de la RATP tirent la langue après des dizaines et des dizaines de jours sans salaire, ce sont d’autres secteurs de la société qui prennent le relais. L’élan est impressionnant, le souffle de longue durée. La colère ne se tarit pas et les sondages sont bien obligés de constater qu’aujourd’hui encore, ce sont plus de 61% des Français qui rejettent la contre-réforme des retraites. Et sept Français sur dix pensent que le mouvement va continuer.

Face à une telle lame de fond, que fait le pouvoir en place ? Il fonce dans le mur, il provoque, il s’obstine. Alors que le projet de loi, déposé ce matin en Conseil des ministres, entrera en débat à l’Assemblée nationale mardi prochain, le président de la République a lancé aux récalcitrants d’aller se faire voir en dictature. Les mots d’Emmanuel Macron, dans l’avion entre Jérusalem et Paris, sonnent comme une énième provocation d’une arrogance inouïe :

« L’idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qu’il y a une forme de dictature qui s’est installée. Mais allez en dictature, une dictature c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois. »

Rien qui puisse calmer, apaiser, convaincre. Tout est en coup de force. Le pouvoir en place veut écraser la contestation, l’assécher par la force et la contrainte. Il utilise tous les leviers de la Vème République et s’appuie sur tous les réseaux du monde dominant prêts à porter main forte pour imposer son projet et affirmer sa toute-puissance. Or ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’incroyable résistance populaire. C’est déjà une première victoire. Ce qui se crie et s’invente peut-il rester sans lendemains ou surlendemains qui chantent ? Je ne le crois pas.

 

Clémentine Autain

Vos réactions (9)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Il n’y avait pas 350 000 manifestants à Paris aujourd’hui. La préfecture de police en évalue le nombre à 31 000, le cabinet Occurrence, mandaté par plusieurs médias, à 39 000. Qui croira le chiffre de la CGT ?

    Glycère Benoît Le 24 janvier à 21:56
       
    • Certainement pas vous…………..

      Dominique FILIPPI Le 27 janvier à 13:28
  •  
  • @Dominique FILIPPI. Non, je n’ai aucune raison de croire des mensonges. Y croyez-vous vous-même ? Êtes-vous un adepte de la théorie des deux chiffres, formulée par Jacques Duclos, à l’âge d’or du communisme, le chiffre arithmétique et le chiffre politique. Le premier est le nombre réel de manifestants. Le second est ‘le nombre que les manifestants ont conscience d’être… avec l’aide de leur journal de classe.’ Le journal de classe c’était l’Humanité. Peut-être Regards en a-t-il pris le relais auprès des manifestants, dans le même but.

    Glycère Benoît Le 27 janvier à 17:43
  •  
  • "Ce qui se crie et s’invente peut-il rester sans lendemains ou surlendemains qui chantent ? Je ne le crois pas."

     > ben si Clémentine... Vu que comme tu le mentionnes toi même, on est dans la croyance, l’inverse est donc possible !
    Et franchement, considérant que :

     la majorité des Français ne se sent représentée par aucun parti politique (faute de valeur accordée a la parole qui l’accompagne),

     la résignation est un poison bien installé qui se vit comme un remède pour supporter une vie devenue plus violente au fur et a mesure des reculs sociaux et du martèlement incessant de la doxa anxiogène des médias de masse,

     la tolérance et la bienveillance sont aujourd’hui les mots qui qualifient paradoxalement des actes empreints de la peur et du mépris pour l’Autre (racisme et classisme de base)...

     Au nom des valeurs et de la préservation de la République, on continue à justifier l’impensable (dérive autoritaire du pouvoir, violence sociale, etc...),

     certains français pensent étonnamment encore avoir quelque chose a perdre alors que l’humanité dont ils font eux-mêmes parti a définitivement pourri l’avenir de leurs propres enfants... Comme si l’opportunisme érigé en règle de vie par celui-là, (tellement apprécié lorsqu’on l’appelle "pragmatisme" en politique), avait définitivement éradiqué toute empathie pour sa propre progéniture... Voir tout simplement tout respect pour lui-même...

     d’aucun considèrent que la sécurité et l’argent sont des buts a atteindre qui valent mieux que la démocratie,

    Bref, pour déjà ces quelques raisons là, toutes ces mobilisations pourront n’avoir servi à rien...
    Pour ma part, je m’attends à ce que le droit de vote soit bientôt réservé a quelques uns, avec la bénédiction des "forces de gauche progressistes" (comme il y a des syndicats progressistes...). Après tout, n’a-t’on pas vu un mouvement social spontané, celui des gilets jaunes, alors qu’il revendiquait pour tous les déclassés, être ignoré (voir pire) par une majorité des partis de gauche qui reprenaient en coeur les arguments indignes d’un pouvoir corrompu ? (bourde réparée... et encore...)

    L’espoir, aujourd’hui, Clémentine, c’est de rêver que tout ce qui fait notre monde dont on ne peut qu’admettre qu’il est manifestement injuste et obscène soit balayé par une lame de fond jusqu’à n’en rien laisser... Si ce n’est quelque chose a construire.

    carlos Le 28 janvier à 04:48
  •  
  • @carlos. Votre “bref” arrive bien tard sans mettre fin au salmigondis. Mais bref, chacun son style. Vous ne citez que les partis de gauche. Il n’y aurait donc pour vous des partis qu’à gauche ? Vous êtes aveugle et sourd alors, en plus que logorrhéique. Aucun parti n’étant ni dépositaire du progrès ni confondu avec l’État ni l’émanation exclusive du peuple, tous se disputent le pouvoir à égalité de titre pour en assumer la charge. S’il s’en trouve pour s’estimer plus égaux que les autres cette extravagance en regard des principes de la démocratie traversera leur dessein. Leur action sera un levier sans point d’appui.

    Glycère Benoît Le 28 janvier à 08:44
       
    • @Glycère - Vous vous trompez... je ne parlais pas que des partis de gauche. En l’occurrence, lorsque j’évoquais l’"opportunisme" érrigée en règle de vie et l’illusion qu’ont encore certains d’avoir quelques chose à perdre, ça regroupait une bonne partie des électeurs qui votent pour les partis de droite. :)
      Alors ?! ça coule moins longtemps qu’une diarrhé mais ça éclabousse pareil, non ?

      carlos Le 7 février à 13:44
  •  
  • Il y avait comme depuis plus d’un an des gilets jaunes.
    Jadis l’Humanité ne voyait rien dans les manifs à part le PCF, la CGT et JCF. Jamais l’extrême-gauche n’était citée !
    Aujourd’hui Regards ne voit pas les Gilets Jaunes !
    Et pourtant tous les samedi n’en déplaisent à Macron et à Regards on est là !!
    Merci à Emmanuel Todd (tiens il est interdit sur Regards ?) pour son dernier bouquin, parler de lutte de classes en France, ça change des ringards de l’union de la goche et de la pêche aux logos. En parlant de ringard, votre copain Braouzec qui est fier d’avoir voté Macron au 1 tour. Vous avez oublié de lui dire que gràce à lui et son copain Hue, j’ai vu des yeux explosés à coté de moi.
    De quel coté est Regards du coté de Braouzec-Macron, les éborgneurs ou celui du peuple ?

    Cyrano78 Le 31 janvier à 21:29
  •  
  • @carlos. La politique se réduirait-elle à un choix entre la compromission et le rêve ? Se rendre compte que le socialisme est une imposture n’implique pourtant pas de se résigner à un sort faisandé, mais de rejeter calmement les deux termes d’un choix aussi contraint. Le rêve n’a rien à faire en politique. Il est la ressource des démagogues, c’est une denrée qu’ils vendent à une clientèle aussi peu regardante sur cette camelote que frugale dans son équilibre nutritif. L’ombre du grand soir suffit à lui rassasier le cœur, à défaut de l’estomac.

    Clémentine Autain fait partie de ces démagogues. Sa carrière se fait là-dessus, elle vit bien, parfaitement intégrée à un système qu’elle se dit par ailleurs missionnée pour abolir. Sur la scène politique, encombrée de matamores et de clowns, son spectacle n’a rien de particulièrement choquant. Elle n’est pas de ceux qui suscitent les haines recuites ou les aigreurs envieuses. Qui la regarde avec sympathie n’est pas un hurluberlu, qui ne goûte pas ses salades n’est pas un monstre. Personne n’est obligé d’entrer dans sa boutique et ceux qui s’y refusent ne rasent pas les murs.

    Glycère Benoît Le 7 février à 22:08
       
    • @glycère - faire de la politique, c’est avoir une grille de lecture du monde... Tout projet politique se propose de le penser dans sa complexité, certains de manière simpliste, d’autre plus élaborée, mais sans jamais s’en accomoder : trop de taxes, pas assez de libertés, etc... A ce titre, le "rêve" constitue l’essence même de la politique. D’ailleurs, "I have a dream" raisonna lontemps dans les oreilles de ceux qui trouvaient que les mots "injustice", "inégalité" et "racisme" prenaient trop place dans le grand livre du monde.

      carlos Le 11 février à 14:42
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.