Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 5 juillet 2021

ÉDITO. Zemmour 2022, meilleur espoir de Marine Le Pen

Le Rassemblement national s’est mis en ordre de marche pour faire gagner Marine Le Pen en 2022. Et, paradoxalement, une candidature du polémiste de CNews à l’élection présidentielle pourrait bien lui être favorable.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

« Dans dix petits mois, nous avons rendez-vous avec l’Histoire pour reprendre le contrôle de nos vies et rendre à la France son destin. Le compte à rebours a commencé. Nous n’avons jamais été si près du but : permettre à Marine Le Pen d’accéder à l’Élysée ». Jordan Bardella y croit. Et le nouveau vice-président du Rassemblement national va désormais piloter le parti – le temps de la campagne présidentielle –, laissant ainsi à sa candidate tout le temps de se consacrer à la conquête de l’Élysée.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
« Un duel Macron-Le Pen en 2022 n’est pas inévitable »

 

Ce week-end à Perpignan – ville dirigée par Louis Aliot (RN) – se tenait le congrès du RN. L’occasion de fixer les grandes orientations d’un parti qui prêtant s’être normalisé. Et de nommer une nouvelle équipe : ainsi retrouve-t-on les nouveaux chouchous de l’extrême droite. Ou plutôt de confirmer une équipe - pourtant défaite aux régionales : Julien Odoul au porte-parolat, Louis Aliot, Steeve Briois, Nicolas Bay, David Rachline et Sébastien Chenu respectivement deuxième jusqu’à la sixième place dans l’ordre protocolaire du mouvement. Tous désignés vice-présidents. Un bureau politique pas franchement féminin : quatre femmes sur quinze membres. Et ils seront sans doute les visages de la campagne à venir.

Après l’échec des régionales où le RN caressait l’espoir de remporter plusieurs régions – et notamment la PACA –, le parti est désormais partagé sur la stratégie de « dédiabolisation » de Marine Le Pen. Une stratégie qui lui a certes permis d’emmener derrière elle des personnalités politiques issues de la droite et de la gauche classiques – à l’instar d’un Sébastien Chenu, Jean-Paul Garreau ou d’un Thierry Mariani venus de l’UMP ou même d’un André Kotarac venu de la gauche – mais qui, au fil du temps, lui a sans doute fait perdre des soutiens historiques et des électeurs qui ont déserté les urnes. « La mobilisation est la clé des victoires à venir », avait déclaré la présidente du Rassemblement national, le soir du second tour des élections régionales et départementales. Comment (re)mobiliser ses troupes ? En assumant plus encore ce que certains observateurs appellent la « normalisation du parti » ou en renouant au contraire avec les réflexes traditionnels de l’extrême droite, à savoir une ligne plus dure et une rhétorique populiste – que semble désormais endosser Éric Zemmour, éditorialiste de CNews en campagne et probable futur candidat à l’élection présidentielle ?

On pourrait, on devrait, s’interroger sur ce que recouvre ce terme de normalisation tant, sans doute, il participe à la banalisation des idées du Rassemblement national. Si le style de Marine Le Pen n’a rien à voir avec celui de son père, Jean-Marie Le Pen, et si l’on met de côté quelques revirements programmatiques – qu’on peine à croire – sur la sortie de l’Euro ou la proposition de ramener l’âge de départ à la retraite à 60 ans « si les finances publiques le permettent » (sic), le fond du parti de Marine Le Pen n’a pas vraiment changé. Si elle se revendique écologiste, féministe, proche du peuple et prête à gouverner, son manque de crédibilité politique – bien que les enquêtes d’opinion révèlent une évolution en la matière –, la plupart de ses interventions restent les mêmes : l’immigration, la menace islamique, l’ensauvagement, la sécurité, la souveraineté étaient au coeur de son discours de clôture du congrès. Aussi, sa méconnaissance des dossiers, son absence de maîtrise des grands enjeux d’aujourd’hui ne lui permettent pas, à ce stade, d’espérer conquérir la présidence de la République. La ligne dure ayant volontairement été abandonnée, la voilà dépeinte comme faisant partie d’un système qu’elle dénonçait jusque-là. Pour nombre de sympathisants elle est le système. Une stratégie qui, sur le long terme, pourrait jeter son électorat à plébisciter un ou une autre candidate, plus prompt aux dérapages et autres outrances à l’instar de Le Pen père. Ce dernier est d’ailleurs sorti de l’ombre sur BFMTV, le 2 juillet dernier, pour dénoncer « un échec du RN imputable à une erreur de ligne ». Mais Le Pen se dit "déterminée" à ne rien changer de sa stratégie : "Nous ne reviendrons pas en arrière (...), nous ne reviendrons pas au FN", a-t-elle insisté. Elle veut mettre en en place un projet d’union national pour 2022.

Marine Le Pen n’est pas morte. Beaucoup semble l’avoir enterrée trop tôt. Elle demeure, à ce jour, le scénario le plus probable dans la perspective d’un second tour de l’élection présidentielle, face à un candidat de droite – Emmanuel Macron ou Xavier Bertrand. Si elle est son principal ennemi par sa capacité à se saborder elle-même en campagne électorale, elle pourrait tout aussi bien bénéficier d’un effet Zemmour. Car paradoxalement, une candidature du polémiste de CNews à l’élection présidentielle pourrait être favorable à Marine Le Pen. Un récent sondage Ifop pour Le Point crédite celui qui a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale de 5,5% – laissant Marine Le Pen à un niveau stable de 28%. Si Zemmour ne semble pas manger sur l’électorat de Le Pen, il fragilise les candidatures de Nicolas Dupont-Aignan (candidat de Debout la France) et du candidat des Républicains. « Cette colère entretenue par des Zemmour ou d’autres, n’est pas immédiatement récupérable par le Rassemblement national », a d’ailleurs estimé le sociologue Erwan Lecœur sur BFMTV. Selon lui, « elle aurait peut-être même besoin d’un Zemmour pour faire voter cet électorat aux alentours de 5%, maximum 10% [...] mais objectivement je ne vois Zemmour au premier tour que comme un lièvre, pour ramener des gens qui se seraient déplacés pour Zemmour au premier tour, et qui finiraient par aller du côté de Le Pen au deuxième tour ».

La stratégie du Rassemblement national est bien rodée. Elle ne doit rien au hasard. Et si l’échec de la prochaine élection présidentielle venait à se confirmer, elle pourrait sans doute être la dernière campagne politique pour Marine Le Pen – qui sera probablement poussée vers la sortie. Car dans l’ombre d’un Zemmour plane déjà la candidature de Marion Maréchal pour 2027. Preuve, s’il en est, que la bête est encore bien féconde.

 

Pierre Jacquemain

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.