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Accueil | Par Guillaume Liégard | 31 mai 2018

Elections européennes : grandes manoeuvres, petites pratiques

Les élections européennes n’auront lieu que dans un an mais, coup sur coup, deux sondages viennent de paraître, largement contradictoires. Le premier a été réalisé par Ifop pour Valeurs Actuelles, le second, très surprenant, par Viavoice pour EELV.

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Avec plus ou moins de coquetterie, il est d’usage d’annoncer la plus grande prudence devant ce type d’enquêtes si loin de l’échéance, avant de se précipiter avec gourmandise dans l’exégèse des chiffres fournis. S’agissant des élections européennes, la plus grande méfiance s’impose pourtant pour au moins deux raisons.

La première tient à la taille des échantillons au regard de l’abstention massive que rencontre cette échéance électorale : en 2014, seul 42,43% de l’électorat s’était déplacé, et si on décompte les votes blancs, il n’y eut que 40,72% d’exprimés. Sur cette base et au regard du nombre de sondés, 1003 pour l’Ifop et 1506 pour Viavoice, il n’y aurait donc que 408 électeurs pour l’un et 613 pour l’autre si les chiffres de la participation rééditaient la situation de 2014. Avec un si faible étiage, c’est peu dire que la crédibilité des chiffres est pour le moins assez faible.

Le deuxième élément sujet à caution porte sur les propositions soumises aux sondés. Par exemple, Viavoice, dans ses deux hypothèses, indique qu’une liste NPA conduite par Olivier Besancenot recueillerait autour de 2% des suffrages. Problème, il est de notoriété publique que le NPA n’a pas les moyens financiers de se présenter aux élections européennes et que sauf très hypothétique accord avec Lutte Ouvrière, cette organisation sera absente du scrutin.

Deuxième interrogation, l’existence ou non d’une liste indépendante du PCF qui dans les deux sondages est crédité de 2%, synonyme d’élimination du Parlement européen doublé de l’assurance de difficultés financières. Le choix final des communistes dépendra à coup sûr des choix politiques opérés lors du congrès qui doit se tenir à l’automne, mais il ne faut pas non plus mésestimer le pragmatisme d’un appareil soucieux de ne pas disparaître. Cela passera-t-il par la recherche d’un accord avec Générations de Benoît Hamon, malgré d’évidentes divergences sur les questions européennes ou plutôt avec La France insoumise, c’est aujourd’hui difficile à dire.

Flash back sur les élections de 2014

Les évolutions n’ont de sens que si on compare des élections équivalentes, en l’occurrence les européennes de 2014. Avec un problème évident, ni La République en Marche, ni LFI n’existaient alors. Mais il n’est pas inutile de rappeler les résultats de cette élection pour apprécier les évolutions en cours.

Avec 24,86% des voix et 24 des 74 sièges, le Front national fut le grand vainqueur des précédentes élections européennes. L’UMP avec 20,81% des voix paraissait déjà à la peine, incapable de profiter du mécontentement que suscitait la présidence Hollande. Le Parti socialiste en net affaiblissement culminait à 13,98% quand EELV perdait la moitié de ses sièges avec 8,95%.

Du côté de l’opposition de gauche au gouvernement, le défunt Front de Gauche se révélait incapable de capitaliser le mécontentement populaire en réunissant 6,61% des voix.

Tendances lourdes

À la peine depuis l’entre deux tours, le FN qui devrait tout prochainement changer de nom semble incapable de rééditer sa performance de 2014. Crédité de 12% selon Viavoice mais tout de même de 17% par Ipsos, le parti de Marine Le Pen apparaît en difficulté à cette étape. La fourchette entre les deux instituts est cependant très large. À 17% ce serait une baisse sensible mais qui laisse un espace pour rebondir, à 12% la crise à l’extrême-droite paraît certaine.

Les deux instituts s’accordent également pour enregistrer la déconfiture des deux forces centrales que furent le Parti socialiste et LR. Crédité de 6 à 8% des intentions de vote, le Parti socialiste demeure en état de mort clinique. Avec de 11 à 15% des sondés, LR apparaît en grande difficulté. L’alliance LREM/MoDem semble tout à la fois avoir atomisé le PS et asphyxié la droite traditionnelle et retrouve ses résultats des élections législatives avec 27 à 33% suivant les instituts et les hypothèses.

Comme LREM, LFI est donnée à des niveaux comparables aux résultats des législatives entre 9 et 14%. Évidemment, cela n’aurait pas le même sens politique suivant que le résultat soit proche de la fourchette basse ou de la fourchette haute, mais c’est là qu’interviennent quelques bizarreries dans l’étude de Viavoice très, très favorable à son commanditaire, EELV.

Quelques bizarreries

Si les deux instituts convergeaient largement sur les grandes forces qui précèdent, Viavoice produit des chiffres étonnants pour Génération.s et le vote écologiste. La formation de Benoît Hamon qui ne recueille que 3% pour Ipsos (2% pour Harris Interactive) se voit ainsi créditée de 7%. Quant aux écologistes qui n’obtenaient que 4% selon Ipsos et chez Harris Interactive, les voilà propulsés à 9% dans le sondage qu’ils ont commandé et même à 13% dans une alliance avec Génération.s mais sous leadership écologiste.

Sans remettre en cause la déontologie de l’institut, on peut toutefois constater que le résultat est tout de même largement construit. D’une part en faisant artificiellement baisser le score de LFI en testant dans les deux hypothèses deux listes d’extrême gauche (LO et NPA) et une liste PCF qui cumulent de 5 à 7% des suffrages, ce qui est étonnant au regard des scores récents et alors que seule la présence d’une liste LO relève de la certitude. De même, on se demande bien pourquoi la liste Génération.s est dirigée par Hamon, la liste LREM par Edouard Philippe mais le nom de Jean-Luc Mélenchon n’est pas cité pour la liste LFI, une manière de jouer sur la notoriété à 12 mois du scrutin sans doute.

Plus amusant, ou volonté de se couvrir devant des chiffres farfelus, est la réponse à la question « êtes-vous sûr de votre choix ». Si 86% des sondés en faveur de LFI indiquent qu’ils ne changeront pas d’avis, de même que 57% des électeurs LREM, ils ne sont plus que 38% pour les sympathisants EELV et un tout petit 24% pour ceux de Benoît Hamon. Notons que 24% de 7%, cela fait un socle à 1,7% de quoi nourrir quelques inquiétudes tout de même.

Certes, le scrutin européen n’est pas le plus défavorable aux écologistes, mais on se demande si l’ambition d’un tel sondage ne relève pas d’une partie de poker menteur entre EELV et Génération.s : l’objectif pour les écologistes étant d’affirmer leurs dispositions à un accord, mais sous leur direction. Il est vrai aussi que Yannick Jadot avait affirmé que sa candidature à la présidentielle irait jusqu’au bout… On connaît la suite de l’histoire.

A VOIR AUSSI SUR REGARDS.FR >> Pierre Laurent : « Il faudra nécessairement rassembler toutes les forces de la gauche européenne »

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  • On demandera à Occurrence de compter les électeurs.

    choucroute Le 31 mai à 19:05
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  • Interessant article, avec des remarques de prudence tres pertinentes sur des sondages a un an des élections mais... pourquoi, entre 2 resultats différents, faites vous plus confiance a un sondage financé par valeurs actuelles aupres de 1000 personnes (plus favorable a LR et au FN) qu’à un autre financé par EELV auprès de 1500 personnes (plus favorable a EELV) ? Vous l’expliquez essentiellement par le fait de mettre Besancenot et pas Mélenchon parmi les têtes de liste, ou de mettre le PCF ou non, mais cela n’explique pas les autres écarts (LR et FN). Bref le choix des listes ou des têtes de liste se discute (d’ailleurs il est de notoriété publique que Jean Luc Mélenchon est député a l’assemblée nationale, et il est peu probable qu’il abandonne son mandat pour mener la liste LFI aux européennes et devenir député européen, mais c’est un autre débat) , quoi qu’il en soit c’est un peu court pour utiliser des données publiées par valeurs actuelles pour dire que celles diffusees par EELV sont "farfelues"... Doit-on en conclure que les premiers sont des observateurs neutres et désintéressés de la vie politique, la déontologie journalistique chevillée au corps, quand les seconds seraient d’affreux complotistes ? Je ne pense pas qu’il faut prendre au pied de la lettre les affirmations issues de la gauche ni rejeter systématiquement celles qui viendraient de la droite, mais faire l’inverse est particulièrement étonnant dans Regards... j’espère que sur les statistiques migratoires vous n’allez pas cherchez vos données dans Minute pour remettre en cause celles des formations et associations de gauche... je vous l’assure les chiffres sont très différents.
    PS : un sondage Elabe récent met EELV a 8 et LFI a 10 (https://www.ouest-france.fr/politique/elections/elections-europeennes/europeennes-2019-lrem-en-tete-des-intentions-de-vote-devant-le-fn-5792359) mais c’est pour BFM, un affreux média libéral qui doit avoir des intérêts cachés avec les écolos. Décidément ils sont partout : mieux vaut retourner sur valeurs actuelles

    pierre Le 1er juin à 18:23
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