Accueil | Par Marie-Pierre Vieu | 23 avril 2018

Macron à la conquête de l’Europe

Alors que le président français passait son grand oral la semaine dernière devant les parlementaires européens, Marie-Pierre Vieu, eurodéputée membre de la Gauche unie européenne, nous livre son analyse du phénomène Emmanuel Macron en marche à l’échelle continentale.

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Sans surprise, Emmanuel Macron a été chaleureusement reçu, mardi 17 avril, au Parlement européen. L’objectif était clair : légitimer sa démarche politique auprès de ses pairs de l’Union européenne, et cela alors même qu’il se heurte, en France, aux premières grandes résistances sur le terrain social et qu’il est contesté quant à sa décision des frappes militaires en Syrie.

Après le 13 heures de Jean-Pierre Pernault et l’interview putching-ball de Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel où il jouait sa remise en scène au plan de la politique intérieure, Strasbourg lui a offert la possibilité de se positionner en leader de la classe Europe - pour user d’une expression consacrée. Dans sa déclinaison d’une relance néolibérale d’une Union européenne en crise, deux formules ont appuyé son allocution : "l’autorité de la démocratie" et "la nouvelle souveraineté européenne".

Sur la première, il veut en faire une marque de fabrique de l’Europe et le décliner, pour la zone euro par exemple, sous la forme de consultations qu’il pense comme le premier acte de la campagne des élections européennes de 2019. Dans les faits, depuis un an qu’il a été élu avec 18% des inscrits au premier tour, le même n’a de cesse d’annihiler toute marge de manoeuvre pour l’intervention citoyenne, de saper toute base démocratique, comme le décrit fort bien la philosophe Sandra Logier dan Antidémocratie.

"Autorité de la démocratie" et "nouvelle souveraineté européenne"

Ce 27 avril, face à la contradiction qui a été portée dans l’hémicycle par Patrick Le Hyaric de la GUE et par l’écologiste Philippe Lamberts, tant sur la question de la Syrie, des migrants ou de la verticalité de sa politique, la réponse est sans ambiguïté : l’homme concentre les pouvoirs, l’assume et le théorise même manageant la fonction présidentielle comme une entreprise du CAC 40. Il fait alors fi du dialogue parlementaire voire institutionnel, balaie d’un revers de manche toute négociation sociale, use de violence dans les universités et à Notre-Dame-des-Landes - car pour lui, toutes ces luttes se situent hors du cadre du pacte républicain.

Quant à la question de la souveraineté européenne, comment imaginer qu’elle puisse protéger les peuples si elle exclut une redistribution sociale et s’inscrit dans la poursuite des choix du libre-échange et du productivisme ? C’est pourtant, là encore, le créneau qu’a choisi Emmanuel Macron. Et il a ses arguments : pour lui, développer la richesse de l’Europe, c’est developper celle des Européen-nes, parvenir à cette richesse implique de vrais choix fiscaux (comprenez : unilatéralement bénéfiques aux plus puissants), d’accélérer les libéralisations à tout crin et de fouler au pied les propres engagements écologiques et climatiques de la France. Et cette dernière question n’est pas des moindres car la libéralisation des énergies renouvelables, le tout-camions, le parti pris de l’agro-industrie comme la poursuite des traités de libre-échange, vont à rebours de tous les engagements de la COP 21. Bien sûr, les néolibéraux vont proposer, en parallèle, la mise en place d’une taxe environnementale mais ce n’est que pour mieux faire passer le reste, une mesurette à la marge qui n’inverse pas les logiques d’ensemble...

La France selon Macron, prémisse d’une Europe selon Macron

La réalité française du mouvement social et le rejet grandissant de sa politique ne semblent pas non plus entamer la détermination du Président. Il en fait même de simples obstacles à surmonter, sans quoi l’Union européenne serait vouée aux surenchères extrémistes. Sur ce dernier point, on voit le coeur de sa rhétorique : sanctuariser le fait que l’alternative se résumerait à accepter sa vision de l’Europe ou se replier dans un ultra-nationalisme qui ouvre grand les portes à la barbarie.

Ce qu’il y a de neuf dans cette dialectique, c’est que Macron la met en place en France, un peu finalement comme si notre pays était le laboratoire de ce qu’il compte faire demain à l’échelle de l’Union européenne. Cela peut enflammer une Assemblée européenne largement acquise à la cause du libéralisme et qui ne voit plus en Merkel, la championne qu’elle a pu être. Mais cela n’est pas de nature à répondre aux colères sociales et aux exigences populaires, comme en ont encore témoigné les huées et les prises-à-partie lors de sa sortie quelques heures plus tard à Epinal.

Reste que si la solution à ce mal passe par la mise en mouvement des peuples, encore faut-il se mettre à leur service et en capacité de les fédérer autour d’un autre projet, radical et ambitieux, pour l’Union européenne. Pour une autre Europe. Dans les semaines qui viennent, nous aurons ici en France une série de rendez vous sociaux et citoyens qui sont d’une grande importance à court terme mais aussi afin de faire grandir la perspective d’une vraie alternative à Macron comme au diktat de la Banque centrale européenne. Sachons ne pas passer à côté de ces rendez-vous !

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  • Très bien ce texte. Il n’y a donc pas que la FI qui réfléchit et agit ?
    Je suis rassuré...

    pierre93 Le 24 avril à 15:49
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