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Accueil | Par Guillaume Liégard | 11 juillet 2019

Emmanuel Macron, ce génie de l’auto-publicité

Macron champion de l’écologie, Macron champion de la démocratie, Macron l’anti-capitaliste ou encore Macron le rempart au fascisme... C’est fou tout ce qu’est Macron (dans sa tête) quand il quitte l’hexagone !

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On savait déjà que la flagornerie en version XXL est une marque de fabrique déposée et certifiée de ce quinquennat. Il y eut d’abord, en toute modestie, l’autoproclamé « pouvoir jupitérien » énoncé par le Président lui-même, on est jamais aussi bien servi que par soi-même. L’enjeu ? Affirmer urbi et orbi que désormais le pouvoir aurait de la hauteur, fini les petites phrases, et qu’on allait voir ce qu’on allait voir ! Loin des cimes de l’Olympe, le président a pourtant assez vite rampé dans la boue des affaires. Du feuilleton Benalla/Crase, en passant par les nominations clés dans l’appareil judiciaire notamment au Parquet National Financier, les grandes envolées ont fini en rase-motte.

 

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Mais Jupiter, pour un tel phare de la pensée, c’était presque mesquin, il ne pouvait pas se contenter des cieux. Qu’à cela ne tienne, le voilà, en plus, comparé à Atlas le Dieu qui supporte la voûte terrestre dans la mythologie grecque. L’auteure de cette perle ? La première dame elle-même... Pour que le tableau soit complet, il faudrait extraire quelques fines sorties de Marlène Schiappa véritable Déroulède de la brosse à reluire. On épargnera ici le lecteur.

Ce dieu de tous les dieux qui nous tient lieu de président de la République, qui illumine le monde entier de sa seule présence, renvoyant Râ à la pâleur d’un néon blafard et fatigué, se devait de faire quelques miracles dans une presse souvent complaisante. Car Emmanuel Macron – que la seule évocation de ce nom me porte chance pour huit générations ! –, c’est un chevalier du Bien planétaire.

Great again, green never

« Make our planet great again », tels sont les propos qu’avaient tenus Emmanuel Macron à peine élu, pour dénoncer la volonté de Donald Trump de sortir des accords de Paris. Jamais en reste dès lors qu’il faut attirer les projecteurs sur lui, le président a en revanche quelques soucis de concrétisations en ce qui concerne le volet écologiste de sa politique. Il est incontestable que son ministre de l’Écologie étudie avec beaucoup d’attention la biodiversité des crustacés de grande taille. C’est un fait. Mais pour le reste, au-delà des leçons données à la terre entière, la France est à la traîne, incapable de respecter les engagements pourtant modestes qu’elle s’est elle-même fixée (ici par exemple).

Pour apprécier la politique écologiste d’Emmanuel Macron, le mieux est encore de rappeler les propos de Nicolas Hulot pour justifier son départ du gouvernement :

« Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est non. Est ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à se mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non. Par contre, on s’évertue à entretenir et réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres. »

Macron bienfaiteur de l’humanité

Au cours de la campagne des européennes, Emmanuel Macron s’est érigé en rempart contre l’extrême droite. Inutile de barguigner, notre Président est un progressiste. La preuve ? C’est qu’il le dit ! Certes le choix d’une tête de liste issue elle-même de l’extrême droite aurait pu décontenancer. Le savoureux lapsus de Nathalie Loiseau chez Jean-Pierre Elkabbach restera un must de cette campagne : « Si j’avais voulu rester à l’extrême droite… » (à voir et à revoir là).

Mais il le dit et redit, le locataire de l’Elysée est un adversaire implacable des nationalistes à la sauce Salvini. Il faut dire que le couple formé par le ministre de l’Intérieur italien et le Président français fonctionne à merveille : aussi utile à l’un qu’à l’autre. Que le premier nous délivre une sortie immonde sur les migrants et le second arrive la main sur le cœur pour fustiger les ravages du nationalisme. De là à accueillir des migrants faudrait pas exagérer non plus ! D’ailleurs, lorsque Carola Rackete, la capitaine du navire humanitaire Sea Watch 3, a demandé à accoster à Marseille (c’est ici), les autorités françaises se sont bien gardées de répondre. En somme la vraie différence en Salvini et Macron, c’est l’hypocrisie du second.

Lénine de l’Elysée

Non content de trouver du travail en traversant la rue – c’est dire si les millions de chômeurs sont d’une crasse fainéantise, à moins qu’ils ne veuillent juste nuire au grand homme – nous venons d’apprendre qu’il allait affronter les inégalités dans le monde. Ainsi lors des commémorations à Genève des 100 ans de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), il a dénoncé tel un Lénine glabre : « Quelque chose ne fonctionne plus dans ce capitalisme qui profite de plus en plus à quelques-uns. Je ne veux plus que nous considérions que le sujet d’ajustement économique et de la dette prévaut sur les droits sociaux. »

Frappé par l’audace de son discours, ou plutôt de l’ampleur de son double langage, il s’est défendu d’être un « crypto-marxiste ». Là, reconnaissons tout de même que le doute ne s’était guère immiscé. Certes un esprit chagrin et suspicieux pourrait s’étonner d’une telle sortie. Après tout pourquoi vouloir diminuer les inégalités dans le monde, là où il a si peu de pouvoir, et faire strictement l’inverse en France en menant une politique de dérégulation sociale, de restrictions budgétaires pour la grande majorité des Français et une politique de câlinothérapie fiscale pour les plus riches. Mais l’important pour la macronie, c’est l’effet d’affichage et s’il y a des médias complaisants pour relayer, c’est tout bonus.

Emmanuel Macron s’aime, c’en est presque dégoulinant, et aime qu’on lui exprime des débordements d’enthousiasme, quasi de dévotions. Ajoutons qu’il fait des émules et que dans le bal des prétentieux qui occupent les écrans, rien ne nous sera épargné. On se rappellera le patron des députés LREM, Gilles Le Gendre, reconnaître une erreur dans la crise des gilets jaune : le fait d’avoir probablement été « trop intelligents, trop subtils ». Le déroulé publicitaire de la politique d’Emmanuel Macron est trop éloigné d’une réalité bien plus terre-à-terre : celle d’une politique au service des nantis, d’une politique vis-à-vis des migrants qui n’envie pas grand-chose à celle de Salvini et celle d’une réduction des droits démocratiques tout azimut. Le voile se déchire, tant mieux.

 

Guillaume Liégard

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