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Accueil | Par Loïc Le Clerc | 26 mai 2021

Emmanuel Macron, le Président sans Histoire

Un président de la République française peut-il ne pas « entrer dans l’Histoire » ? Peut-il, après un septennat ou un quinquennat, ne laisser aucune trace de son passage au pouvoir ? Que dira-t-on d’eux dans les manuels scolaires, dans 100 ans ? On a posé ces questions aux historiens (qui sont, c’est bien connu, très très forts pour parler du futur).

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Les Présidents sont des bâtisseurs. Tous. Que vous le vouliez ou non, ils bâtissent notre société : ils édifient de grands monuments, ils rédigent de grandes lois ou participent à de grands événements. Chaque chef de l’État se succédant tout du long de la Vème République a, chacun à sa manière, pris une part de l’histoire du pays – parfois bien malgré lui. C’est ce qu’il reste, avec le temps, de leur passage au pouvoir.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Dans cent ans, s’ils sont toujours cités dans les livres d’histoire, enseignés à l’école et présents dans la mémoire collective, pour quoi sera-ce ? Du moins, comment est-ce que Stéphane Bern en parlera en 2121 ? Parce que c’est sûr que les Mathilde Larrère et Ludivine Bantigny du siècle prochain nous parleront toujours des luttes sociales et écologistes !

 

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De Gaulle, l’aéroport ? Pompidou, le musée ?

Non, assurément, de Charles de Gaulle, il ne restera pas qu’un nom d’aéroport. Pas plus que JFK. C’est l’évidence même. Il est déjà dans le Top 4 des personnages français les plus connus aux côtés de Louis 14, Napoléon Bonaparte et Zinédine Zidane. Il va sans dire que son implication dans la Seconde guerre mondiale, son rôle dans l’avènement de la Vème République, sa « gestion » de la guerre d’Algérie ou encore, dans une moindre mesure, de Mai-68, feront date.

Et Pompidou ? Il est déjà oublié. Demandez à vos enfants. « Pompi-qui ? » Il n’est plus que le musée éponyme. Quoiqu’on l’appelle plus volontiers... Beaubourg.

Giscard et Mitterrand ? Pas tant de choses que ça

Ringardisé pendant de longues années, Valéry Giscard-d’Estaing a opéré un retour en grâce dans la mémoire collective ces dernières années. En 2018 lors de la panthéonisation de Simone Veil et en 2020, à sa mort, on a (re)découvert un Giscard par le biais de ses grandes mesures sociétales, prises à l’encontre de ceux qui l’ont porté au pouvoir : la dépénalisation de l’avortement en tête de proue. Tradition monarcho-républicaine oblige, les musées d’Orsay et de l’Orangerie porteront bientôt son nom.

François Mitterrand, au final, c’est un peu la même chose. Si son élection a marqué une génération, il y a fort à parier que son nom ne soit, in fine, plus associé qu’à une grande loi – l’abolition de la peine de mort – et à un grand bâtiment – la Bibliothèque nationale de France. D’ici cent ans, plus personne ne se souviendra qu’il inaugura la pyramide du Louvre ou qu’il fut à l’Élysée pendant le génocide rwandais.

Chirac, prix Nobel de la paix

Deux dates feront clairement référence à Jacques Chirac (trois, si on compte la première victoire des Bleus à la coupe du monde 98 !) : 1995, lorsqu’il reconnaît la responsabilité de la France dans la Shoah ; 2003, lorsqu’il dit non à la guerre en Irak. De quoi lui donner l’image d’un Président pacifiste – et non pas Pacifique... « L’histoire, c’est la rencontre d’un grand politique avec un grand discours sur une grande mémoire douloureuse et un basculement que tout le monde peut identifier », nous a dit Pascal Blanchard. Peut-être qu’il restera cela de « Chi-chi ». À moins qu’il ne soit plus que le nom du musée du Quai Branly...

Sarkozy ? Rien. Hollande ? Presque rien.

Nicolas Sarkozy et François Hollande partagent au moins ceci en commun : ils passeront aux oubliettes de l’Histoire. Le premier verra-t-il son nom associé à la crise de 2008 ? Qui se rappelle aujourd’hui du nom du chef de l’État lors de la crise de 1929 ? [1] Quant au second, on pourrait penser qu’il marquerait l’histoire grâce à la loi sur le mariage pour tous. Mais, dans cent ans, ce moment de bascule sera tout bonnement noyé dans une normalité générationnelle. Au mieux, François Hollande se verra associé aux attentats de 2015 qui, eux, marqueront l’histoire, feront ruptures, comme le 11-Septembre pour les États-Unis.

Et Macron ?

Sur la mémoire coloniale de la France, Emmanuel Macron aura, au moins, marqué sa génération en ouvrant plusieurs boîtes de Pandore : candidat, il déclare la colonisation de l’Algérie « crime contre l’humanité » ; Président, il fait avancer les dossiers sur le Rwanda et l’Algérie comme personne auparavant – personne, en bien. Au passage, il continue sa politique de désintégration du paysage politique français : sur ces deux dossiers, Emmanuel Macron frappe à droite et, « en même temps », à gauche. Mais est-ce que ça, ça fait l’Histoire ? Pas sûr.

Alors quoi ? Emmanuel Macron n’a pas fait voter de grandes lois. Emmanuel Macron n’a pas de grands bâtiments à son actif – l’incendie de Notre-Dame ? Emmanuel Macron sera peut-être évoqué simplement parce qu’il fut Président en pleine crise du covid. Ou bien… Ou bien Emmanuel Macron marquera l’humanité pour un exploit politique, un doublé historique : être élu sans que personne ne le connaisse, être réélu alors que tout le monde le déteste. Mais à ce stade, ce n’est pas tant dans les livres d’histoire que dans le Guinness des records qu’on parlera de lui dans cent ans.

 

Loïc Le Clerc

Merci à Roger Martelli, à Pascal Blanchard, à Guillaume Mazeau, à Mathilde Larrère et à Laurence de Cock pour leur aide précieuse à la rédaction de cet article.

Notes

[1Le krach boursier américain a lieu en octobre 1929 et, en France, Gaston Doumergue est président de la République et André Tardieu président du Conseil.

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Vos réactions

  • et Mélenchon, quel héritage laissera-t-il ?

    milhac Le 26 mai à 17:20
       
    • Espérons qu’il laissera l’héritage du Président qui succédera à Macron, afin d’éviter une fachisation semblant inévitable de notre société...

      Ayant été un membre du seul mouvement politique national qui a refusé clairement de se rendre à la manif du 19 mai, ce symbole de ce phénomène.

      L’espérance est le viatique de la vie comme l’exprimait Quitard.

      Ne vous inquiétez point, je ne me fais guère d’espoir... Mais qui sait...

      Sinon...

      Si c’est Le Pen, nous aurons un racisme d’État, ouvert, affiché : non plus seulement systémique, comme il l’est déjà, mais institutionnel, comprendre : explicitement formalisé dans des textes, nommément dirigés contre les musulmans (une pente que le macronisme a déjà commencé d’emprunter). Différence avec les années 30 : les racisés ne se laisseront pas faire. Ils l’ont déjà prouvé en 2005, à l’occasion de ce qu’on a appelé les « émeutes », terme choisi tout exprès à des fins de déqualification politique. On imagine déjà ce que donnera cette réaction dans un pays chauffé à blanc de racisme (sans mauvais jeu de mots – ou avec), avec des médias déchaînés hurlant leur racisme en continu, avec des forces de police enfin entièrement libres de laisser leur racisme exulter, avec des forces armées à leur tour emportées, où certains doivent bien rêver de rejouer la guerre d’Algérie, pour la gagner cette fois, et tant pis si la nouvelle Casbah est à La Courneuve – et au milieu de tout ça des populations entre affolées et hystérisées par le spectacle général. À ce moment-là on mesurera la hauteur du tsunami de merde.

      Si c’est Macron, nous suivrons une trajectoire semblable mais au ralenti, différence de rythme qui fait des différences de cours. En l’occurrence qui ouvre la possibilité d’un événement insurrectionnel, mais d’une insurrection « boueuse » en effet car, à côté des forces qui se sont déjà manifestées avec les « gilets jaunes », et que pourraient rejoindre de nombreux secteurs progressistes de la société, jeunesse en lutte, salariés révoltés, précarisés de toutes natures, on trouvera du séditieux à la Zemmour-De Villiers, du général signataire de tribunes, du policier d’extrême droite putschiste, et du bloc identitaire reconstitué. Autant dire qu’elle aura une gueule contrastée l’« insurrection », une gueule à nous faire passer les bouffées de romantisme politique, et à nous donner de fameuses migraines quand il s’agira de penser les moyens d’en organiser les issues – si possible les bonnes, contre la probabilité d’un débouché Le Pen, avec retour à l’hypothèse n°1.
      (Frederic Lordon)

      Antoine Le 29 mai à 19:43
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  • A six pour écrire un tel article !!!

    dan93 Le 27 mai à 11:00
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  • À l’aube de la 6 ème république !?
    Les peuples font ils l’histoire !

    Dropsit Jean Pierre Le 27 mai à 22:02
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  • À l’aube de la 6 ème république !?
    Les peuples font ils l’histoire !

    Jean Pierre dropsit le 27 mai à 22:00

    Dropsit Jean Pierre Le 27 mai à 22:02
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