Accueil | Tribune par Danielle Simonnet | 9 novembre 2018

En vert mais dans le rouge

Rue des Envierges dans le 20ème arrondissement de Paris, on se mobilise : deux luttes différentes, sociale et écologique, mais un seul et même combat, pour la conseillère de Paris du Parti de Gauche, Danielle Simonnet.

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Rue des Envierges, dans le 20ème arrondissement. On surplombe tout Paris, non loin du belvédère du jardin de Belleville. Des habitant-e-s se mobilisent. Ils rêvaient de revégétaliser leur rue avec des plantations en pleine terre. Ils y croyaient. Leur projet Envierges en vert avait été retenu par la démarche du budget participatif et des moyens conséquents lui avaient été accordés. Créer des plantations nouvelles en pleine terre avec des arbres est important pour le climat en terme de puits de carbone et de limitation des îlots de chaleur.

Car même si le quartier bénéficie d’un grand parc, sur Paris, on compte à peine 5m2 d’espaces vert par habitant sans les bois : Paris est la ville la plus dense d’Europe ! Mais voilà, au moment de sa réalisation, ils ont découvert qu’il ne s’agira finalement que de quelques bacs et jardinières. Pourtant, le budget alloué reste le même. Pourquoi ? Parce que la ville a décidé de puiser dedans pour financer des travaux de voiries, virer l’asphalte bourrée d’amiante et recouvrir la chaussée pavée avec des tonnes de bitume. Austérité oblige. Pourtant les habitant-e-s avaient voté. Mais leur vote n’a pas été respecté.

Deux luttes, un même combat

Au bout de la même rue, d’autres habitant-e-s, une autre lutte : ils sont résidents du parc social Paris Habitat, ils viennent enfin d’obtenir la réalisation de travaux de rénovation thermique de leurs vieux immeubles qu’ils exigeaient depuis si longtemps. Mais voilà, ils pétitionnent et sont furax - pourquoi ? Le bailleur social de la ville Paris Habitat conditionne ces travaux en partie financés par le plan climat de la ville à une augmentation de 9% des loyers ! L’augmentation prévue des loyers est quantifée alors que le gain en consommation énergétique n’est qu’une prévision et en deçà des hausses imposées. Les locataires ont payé leur loyer depuis plus de 15 ans, le bâtiment est remboursé et le bailleur depuis n’a fait aucun travaux : c’est pourtant à lui de payer, pas aux locataires ! Cette décision sera soumise à une procédure de vote fin novembre des habitants. Mais ce n’est pas un vote démocratique, c’est un chantage !

Dans une même rue, des habitant-e-s aux revenus et statuts sociaux différents. Et deux luttes qui se déroulent en parallèle en lien avec le climat. Les premiers ont tout simplement plus de temps, de liberté de repenser leur ville en vert. Les autres tentent, eux, de boucler leurs fins de mois, ils sont dans le rouge ! Et dans l’immédiat, ils rêvent de payer moins de charge mais sans voir leur loyer exploser.

Dans tout le pays, c’est pareil. Elles étaient belles les dernières grandes marches pour le climat, impressionnantes les mobilisations autour d’Alternatiba. Mais on aurait tort d’y opposer la colère de celles et ceux qui installent leurs gilets jaunes sur leur pare-brise. A la veille du 17 novembre, journée d’organisation spontanée de contestation des taxes sur les carburants, sachons fédérer les colères, qu’elles enrichissent les consciences, sociale comme écologique. Les deux batailles doivent aller de pair, comme les deux faces d’une même pièce.

Ils polluent, nous payons, ça suffit !

Le gouvernement aurait pu récolter 3 milliards en supprimant la niche fiscale kérozène, 1,1 milliard supplémentaires sur le transport routier, financer des alternatives à la voiture individuelle pour les personnes qui y sont contraintes pour leur distance domicile-travail. Mais non : il préfère poursuivre la casse de la SNCF. Ces taxes, que ne supporteront que les particuliers, rapporteront plus de 37 milliards d’€ et seulement 19% de cette somme sera consacrée à la transition écologique, contre 21 en 2018. Scandale ! Il va où le reste ? Dans les caisses de l’Etat pour financer le CICE ou les cadeaux comme la suppression de l’ISF, pour le bonheur des gros actionnaires, lobbys du CAC 40, ceux là-même qui sont responsables de notre mode de développement antiécologique et antisocial !

Les deux luttes de la rue des Envierge, je les soutiens et les relayerai au prochain conseil de Paris. Car elles sont légitimes, et doivent être toutes deux menées. Du local au global, réinventons nos communs et ses usages par une orientation liant clairement l’écologique et le social.Fédérer ainsi le peuple est une urgence absolue c’est notre intérêt général le plus fondamental . Rappelons-nous le dernier rapport du GIEC. Il nous reste 12 ans pour sauver notre écosystème. Après le 17 novembre, préparons la marche pour le climat du 8 décembre car il est encore temps.

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