Accueil | Analyse par Roger Martelli | 26 novembre 2018

Essonne : les leçons d’une élection législative partielle

En dépit d’une campagne dynamique, la candidate de La France insoumise Farida Amrani n’a pas battu le candidat de la macronie Francis Chouat. Les électeurs sont restés aux abonnés absents... et le Rassemblement national en embuscade.

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La première donnée de l’élection législative partielle, dont le deuxième tour à eu lieu dimanche 25 novembre, est la déception. En 2017, la candidate LFI n’était distancée que de 139 voix par Manuel Valls ; cette fois, l’écart en sa défaveur est d’un peu plus de 2000 voix. Son résultat n’a pourtant rien de déshonorant. À l’issue du premier tour, son réservoir théorique de voix était de 4900 voix : elle en recueille un peu plus de 4500 au second. Mais son adversaire, lui, retrouve au second tour un nombre de voix proche du total des voix de droite et d’extrême droite au premier. Un tour ne chasse pas l’autre ; la clef d’interprétation d’une élection suppose de tenir compte des deux.

 

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L’élection partielle de l’Essonne s’est déroulée en plein cœur de la colère exprimée spectaculairement par les gilets jaunes. Elle ne s’est pas traduite par une mobilisation citoyenne, mais par une poussée exceptionnelle de l’abstention. Contrairement aux habitudes, celle-ci a même été un peu plus forte au second tour – généralement qualifié de décisif – qu’au premier. La déconnexion s’accentue entre le désarroi populaire et la représentation. La crise politique grossit chaque jour un peu plus.

Législatives 1er tour 1ère circonscription de l'Essonne

Tableau en pdf à télécharger en bas de l’article

Dans ce contexte de désengagement civique, la seule force à tirer véritablement son épingle du jeu est le Rassemblement national de Marine Le Pen. Entre juin 2017 et novembre 2018, le candidat du RN a augmenté son capital électoral d’un bon tiers et dépasse même légèrement le résultat exceptionnel obtenu par le FN en 2012. Le total des gauches est resté stable en quelques mois, mais la distribution s’est resserrée : le 18 novembre, la candidate LFI a obtenu un score légèrement inférieur (17,8%) au total des alliances PC-Générations et PS-Verts (19%).

Echec de la gauche populiste et de la gauche rassemblée

Depuis plusieurs mois, le pari de LFI est de s’installer dans le mouvement des colères, de tourner le dos aux formes anciennes de l’union de la gauche (la tambouille des sigles), de souder un nous populaire par la détestation du eux des élites et de contredire ainsi la montée de l’extrême droite.

Plusieurs sondages électoraux récents (pour les prochaines élections européennes) suggéraient que l’on n’en était décidément pas là : les estimations en faveur de LFI étaient à la baisse, plus ou moins sensible, tandis que celles concernant le RN étaient sensiblement à la hausse.

Le résultat de la législative partielle s’inscrit dans une tendance voisine. Il ne suffit pas d’accompagner les colères, ni même de les attiser, pour empêcher que la colère ne se transforme en ressentiment. La stigmatisation indistincte d’un eux ne concurrence pas la dynamique de la haine et de l’exclusion. Au contraire, la colère sans l’espérance pousse au désengagement civique et aux solutions frelatées de l’extrême droite.

S’il fallait tirer une leçon globale des deux tours de scrutin, on pourrait l’exprimer en une phrase. Le premier tour montre que le populisme, même de gauche, n’enraie pas la montée de l’extrême droite ; le second tour suggère que la gauche rassemblée – mais non refondée – ne suffit pas à terrasser la macronie, surtout quand son rassemblement reste incomplet.

Si la gauche veut se relancer pour éviter le pire, il lui faut opérer à frais nouveaux ce qui a toujours fait la force des mouvements émancipateurs : accorder la lutte sociale et les constructions politiques autour de valeurs claires et de démarches démocratiques ; bâtir des ponts entre les refus et les colères et l’espérance adossée à un projet solide d’émancipation humaine.

 

Roger Martelli

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  • Belle conclusion elliptique et un peu lunaire.

    choucroute Le 26 novembre à 16:02
  •  
  • Et beh...
    c’est marrant, j’aurais plutôt dit que :
    a) l’élection présidentielle de 2018 et les législatives qui ont suivis étaient un moment privilégié que la "gauche" ne devait pas rater sous peine d’attendre la prochaine éclipse...
    Cette période unique de renouveau et d’espoir, indubitablement associés à la France Insoumise compte tenue de son score, a vu convaincre y compris ceux qui étaient fâchés et votaient FN par colère aveugle... on va pouvoir attendre longtemps que ça se représente... Probablement, faudra t’il attendre la prise de pouvoir par l’extrême droite et ses conséquences avant que cela ne puisse se représenter...
    b) la parole politique, dont ceux qui l’ont exercé en ont réduit la valeur à moins que celle des déchets recyclables, ne convainc plus personne... La confiance ne se décrète donc pas. Encore moins dans l’électorat de gauche, celui qui a été le plus lésé depuis des décennies.
    c) le climat délétère à gauche, que l’épisode des perquisitions de la FI a mis en exergue au vu de la condamnation unanime de la colère Melenchonesque (et le silence relatif sur les raisons qui l’ont suscité), n’engage pas à imaginer la fin du refrain "Tous pourris !"
    Bref, la position des "gilets jaunes" vis à vis du politique et des syndicats en dit long sur l’opinion des masses laborieuses ou, pour ceux qui contestent qu’ils en soient, de la classe moyenne en voie de paupérisation dont on se demande bien ce qui les y a conduit...

    carlos Le 26 novembre à 22:22
  •  
  • oh et pour compléter la conclusion tellement rationnelle quant à la relance de la gauche de R. Martelli, on pourra probablement lui opposer que tenter de mobiliser les abstentionnistes sans que l’éducation populaire, à défaut d’une nouvelle jacquerie, ne prépare au préalable un tant soit peu le terrain, c’est se réserver de grandes désillusions...

    carlos Le 27 novembre à 07:20
  •  
  • Le "populisme" de droite et de gauche de Martelli est lamentable pour quelqu’un qui fut marxiste et communiste. Il s’inscrit dans le vocabulaire de droite et de "gauche" de ceux qui sont ligués (mais oui !) contre la seule force politique actuelle d’opposition progressiste, constituant l’embryon d’un "rassemblement" véritablement de combat et d’espoir, pour changer le cours inexorable (si on ne l’arrête pas) vers des lendemains qui ne chanteront pas...

    Abbé Béat Le 27 novembre à 12:16
  •  
  • Bonjour
    J’en tire surtout une conclusion, cette élection devrait étre annulé, par manque d’électeur, et donc non représentative de la vrai opinion des citoyens de l’Essonne !. . On devrait au moins imposer un quorum d’électeur, cela se fait au niveau des élections syndicale dans une entreprise.
    Mais je pense, surtout , que l’’élection devrait être obligatoire, avec reconnaissance du vote blanc, comme vote exprimé.
    Tout ceux qui pleure sur les résultats du RN(ex FN), s’apercevrez de son véritable impact, jusqu’a présent le RN prospère sur l’abstention. Je me demande si cette farce électorale (dans ces modalités actuelles) , n’est pas entretenue , dans cette fin !?. Avec une élection obligatoire, on verrait les vrai rapport de force, mais peut être que nos responsables politiques on peur du score du vote blanc ?.
    Pour terminer si j’étais Mr Chouat je refuserais d’être élue , vue le peu de votant pour lui, s’il avait un peu d’honneur et d’amour propre.

    Bob Le 27 novembre à 12:29
  •  
  • Bonjour
    Suite...... Sur les analyse de mr Martelli
    Je reste sceptique
    Sa division entre gauche rassemblée et gauche populiste me pose problème.

    Bob Le 27 novembre à 13:00
  •  
  • Oui très journalistique très lisse.
    Moi j’aurai plutôt dis : la conclusion, c’est qu’il faut aller chercher les abstentionnistes par la peau des f*sses, au porte à porte, et pour cela il faut des militants unis autour d’un seul parti, facile à identifié.
    D’autre part, la france n’étant pas Evry, pour passer le 1er tour avec un fn si haut, partir avec 5 listes de gauche même "avec des idées claires" c’est du suicide !

    tartuf Le 27 novembre à 20:09
  •  
  • La principale leçon est que LFI n’aura jamais le pouvoir.

    Glycère Benoît Le 28 novembre à 08:33
       
    • du moment que le Peuple y arrive...

      carlos Le 30 novembre à 10:13
  •  
  • Les jeunes de banlieues, de gauche, issus de l’immigration ou non, sont avant tout impliqués dans un combat difficile contre l’Islam. Tant que la France Insoumise n’aura pas un discours extrêmement clair contre la Religion, le vote des jeunes de cités nous échappera.

    monKheyou Le 28 novembre à 13:39
  •  
  • ...Pour info, dans une note de blog ( ici : https://melenchon.fr/2018/11/26/evry-nous-ne-pouvons-pas-gagner-sans-le-peuple/ ) Jean-Luc Mélenchon a écrit, à l’inverse de l’analyse de Roger Martelli, le lundi 26 novembre : « La campagne de second tour, contre mon avis formellement exprimé, s’est faite sur le thème d’une soi-disant "gauche rassemblée" [...] Selon moi donc, cette ligne […] a contribué à bloquer la mobilisation qui aurait été possible en assumant d’être "l’opposition à Macron" sans obliger à montrer patte blanche. »
    Il finit par : « C’est mon devoir de dire ma conviction la plus profonde : un monde est mort et il est inutile et dangereux de vouloir faire comme si ce n’était pas le cas. »

    C’est confirmé par Adrien Quatennens le même jour : ici https://www.youtube.com/watch?v=sVFRiip7c28&t=0s&list=PLtfTNbVcqGdYqytCPelqrg377S4Cb8uRL&index=2 , à 43 mn : (Je retranscrit son analyse dans toute sa longueur pour qui serait intéressé de la lire... :)

    « On notera (...) que dans cette campagne des législatives, les partisans de l’éternel rassemblement de la gauche, ...ceux qui disent que c’est en rassemblant les étiquettes qu’on va réussir à faire venir les gens, ...se trompent !... D’abord, ils sont partisans du rassemblement seulement en théorie, puisque, alors que clairement l’accession de Farida Amrani à l’Assemblée Nationale était rendue possible (...), vous avez eu quand même au 1er tout face à elle une liste du PCF alliée à Génération-s de Benoît Hamon, en concurrents de la FI, vous aviez une liste du PS alliée avec EELV... Malgré tout ça, Farida Amrani a quand même réussi à se hisser au second tour. ...Et puis ensuite on a vu, avec stupeur, le fait que par exemple, la candidate d’EELV a choisi de ne pas choisir entre le candidat successeur de Manuel Valls, de la REM, et la candidate qui était celle du mouvement écologiste, également, Farida Amrani, puisque la FI est un mouvement écologiste. Elle a préféré les renvoyer dos à dos, participant à un renforcement de la REM, à coup sûr. De même pour les instances dirigeantes du PS, il faut le retenir ça : les instances dirigeantes du PS, entre la REM et la FI, décident de ne pas choisir, et donc de renforcer la REM ! Et... Cela, il faut pas simplement se contenter de passer l’éponge là-dessus ! Il faut s’en souvenir, dans la pratique politique au quotidien ! Et..., du coup, localement, nos amis localement ont fait le choix, dans la campagne du 2ème tour, d’essayer de rassembler ce qui était possible de rassembler des voix de « gauche », disons, qu’il y avait au premier tour, mais... nous pouvons penser que ce choix du rassemblement de la Gauche, en dernière minute, pour le deuxième tour... - bien évidemment , il fallait obtenir l’appel à voter des forces de gauche, du PCF, du PS, d’EELV- ...mais qu’il n’y avait pas besoin pour autant nécessairement de mettre absolument en scène, à ce point, un « rassemblement de la gauche ». Parce que..., si on a 83% d’abstentions, si on veut y compris un report de voix, pourquoi pas, de gens qui ne sont pas toujours convaincus par les idée de gauche, dans un sens général, en tout cas par l’étiquetage de gauche, mais qui peuvent entendre les propositions de la FI, on se dit que dans le moment, peut-être, ...peut-être, que la carte véritablement anti-Macron et ...celle de la FI, c’est-à-dire de fédérer le peuple sur d’autres bases, plutôt que de chercher à rassembler des étiquettes..., aurait pu mobiliser davantage les abstentionnistes, puisque l’abstention s’est quand même bien renforcée ...entre les 2 tours !... Bon. Voilà. Après c’est toujours facile de refaire l’histoire, après, mais on doit tirer les enseignements de la situation. D’abord sur ce que ça veut dire du paysage politique, et des positions des uns et des autres, mais aussi ce que ça veut dire, cette abstention considérable, contre laquelle il faut travailler. C’est sans doute le principal travail que nous avons à mener, et tout le reste, y compris les intrigues d’appareils et de personnes, paraissent largement secondaires, si ce n’est plus, quand on voit une abstention comme celle-ci. Et donc, la stratégie « fédérer le peuple », sur des bases claires de fond, me paraît bien plus appropriée, que toutes sortes de combines, qui veilleraient à rassembler les appareils, qui de toute façon sont discrédités par le peuple, qui décide de ne pas aller voter !... » .

    Aubert Sikirdji Le 2 décembre à 17:50
  •  
  • Les articles de Martelli sont de plus en plus sans intérêt.

    DMc Le 6 décembre à 18:53
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